Médée dans sa magnificence au TNN

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Je vous donne Médée, toute méchante qu’elle est, et ne vous dirai rien pour sa justification

Les paroles de Corneille défilent sur l’écran avec la voix off de Paulo Correia.

 

 

Médée

L’action démarre dans une ambiance lourde, au milieu d’un vol lugubre d’oiseaux dans une atmosphère fantastique. Nous sommes à Corinthe où Médée et Jason se sont réfugiés avec leurs enfants après l’enlèvement de la Toison d’or ; Jason, poussé par l’ambition, décide de s’unir avec Créuse, fille du roi de Corinthe et d’abandonner Médée qui a commis de nombreux crimes par amour pour lui. C’est compter sans les pouvoirs de cette magicienne ! Cela pourrait être un récit de science fiction, pourtant il s’agit d’une tragédie issue de l’Antiquité, nourrie de la légende et de la mythologie, une des premières tragédies de Corneille, inspirée d’Euripide et de Sénèque.

Médée

Paulo Correia dans cette mise en scène poursuit ses liens entre le théâtre et les arts multimédia. Nous entrons immédiatement dans un décor noir et lumière qui enveloppe les comédiens. Médée apparait dans sa magnificence. Dans le rôle titre, Gaëlle Boghossian, nous tient sous son charme tout au long du spectacle, elle incarne avec passion et rigueur ce rôle de magicienne et de fille du soleil. Elle évolue dans un monde virtuel. Par sa gestuelle particulière et son maintien, l’actrice exprime la différence : Médée issue d’un autre monde, est étrangère aux manigances humaines. Son jeu tout en retenue s’intensifie alors que ses attributs humains d’épouse, mère, princesse, ses enfants, sa robe même lui sont retirés. Les pouvoirs de cette magicienne conjugués aux effets produits par les dessins de Gustave Doré, images travaillées en 3D, participent à créer l’ambiance si particulière de la fantaisie héroïque. Cette atmosphère où miroitent les nuances de noir, convient à la tragédie de cette femme bafouée, qui va jusqu’à tuer ses propres enfants par amour et pour se venger de Jason, alors que des tractations non moins innocentes se trament autour d’elle. Seule mais ayant avec elle « et le fer et la flamme, et la terre, et la mer, et l’enfer et les cieux, et le sceptre des rois, et la foudre des dieux » divine, mais aussi terriblement humaine et contemporaine.

Gaëlle Boghossian est bouleversante.

Médée

Tous les comédiens sont enveloppés dans cet espace virtuel, les conflits, les combats entremêlés d’images numériques sont joués avec une grande rigueur. Dans cet univers qui enrobe ces héros finalement intemporels, le texte de Corneille est bien là et les alexandrins dans leur jus. Dans un monde de lumière et d’obscurité, ils amènent à réfléchir sur cette tragédie où les royaumes se font et se défont.

Paulo Correia et Gaële Boghossian aiment raconter des histoires issues du répertoire classique, les amateurs de théâtre et leurs fidèles ne doivent pas manquer cette dernière réalisation. Après Antigone puis L’îles des esclaves, ils réussissent ici un spectacle remarquable où la dramaturgie, la vidéo, la lumière, la musique, les comédiens sont en pleine osmose.

Une pièce accessible à tous publics, gardant la rythmique bien particulière de la tragédie cornélienne.

Cette Médée, on vous le dit, est magnifique.


Brigitte Chéry



 

Adaptation : Collectif 8

Mise en scène Paulo Carreia Avec :

Gaële Boghossian : Médée, dramaturgie et costumes.

Laurent Chouteau : Créon, Stéphane Kordylas : Pollux

Stéphane Naigeon : Egée, Fabrice Pierre : Jason, Amandine Pudlo : Créuse

Musique : Fabrice Albanese, scénographie : Jean-Pierre Laporte

Video: Paulo Correia, Thomas Cottenet, Olivier Coucke

Lumière : Alexandre Toscani

La robe de Médée est de Bibian Blue

Au Théâtre National de Nice du 6 au 28 janvier 2012 salle Michel Simon

tel 04 93 13 90 90 Promenade des arts Nice 06300