BUSTAMANTE : HOMMAGE A LA COULEUR ?

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Bustamante, reconnu en tant que photographe l’un des premiers d’ailleurs à donner ses lettres de noblesse et une reconnaissance à la photographie plasticienne n’en est pas moins peintre et sculpteur. La galerie Thaddeus Ropac Paris nous propose une nouvelle série de peintures Colorito-Colorado, exécutées par Jean-Marc Bustamante.

 

Bustamante

D’abord assistant de William Klein, Jean-Marc Bustamante, dans les années 80, se rapproche de l’art conceptuel par le truchement de Bernard Bazile, avec qui il cosigna quelques installations sous le nom de BazileBustamante. Son travail photographique porte les traces de cette influence. Le choix du format, photographies sous formes-tableaux, le travail sériel, des sujets en apparence anodins, immobiles, répétitifs, telle la série Les cyprès, une vingtaine de photographies sous forme-tableau. Une répétition du sujet, sorte de All-Over où seules se perçoivent les variations de lumières, d’ombres, d'où se dégage une impression de lenteur que recherche justement Bustamante.

Une série que l’on pourrait comparer aux nymphéas de Monet...

Bustamante

De ce travail photographique à la peinture, Bustamante franchit vite le pas. Ces répétitions, ce travail sur la lumière, l’ombre, le motif, l’amènent à cette série intitulée à juste titre Les lumières, des sérigraphies imprimées sur plexiglas, accrochées à quelque centimètres de murs blancs qui font office de réflecteur, de caissons lumineux sans la technologie. Ce travail peut se rapprocher du vitrail, ou encore de la diapositive. Un jeu de transparence, de réflexion, d’opacité, de saturation et de dé saturation des couleurs s’organise, le reflet du regardeur vient aussi s’intégrer sur la surface réfléchissante du plexiglas. L’une caractéristiques fondamentale du travail de Bustamante est de chercher à offrir dans ses œuvres photographiques et sculpturales des rapports physiques concrets au spectateur. La photographie n’est jamais loin, le blanc du mur comme révélateur ?

Louis Cane, après Support-surface, expérimenta aussi ce procédé, peignant des séries de bâches plastiques transparentes et suspendues.

Bustamante

Dans la série présentée à la galerie Thaddaeus Ropac, Bustamante modifie quelque peu le dispositif : Il garde le principe de la sérigraphie sur plexiglas, procédé auquel il est fidèle depuis près d’une trentaine d’années. Ici, des formes préconçues sur papier puis retranscrites sur photoshop et sérigraphiées sur plexiglas. Il nous propose ici la déclinaison d’une série de formes abstraites colorées. Les plaques que Bustamante applique directement sur les murs diffèrent, changent notre perception. Bustamante manipule, travaille la matière, la lumière de façon différente, tout en gardant cet aspect sériel. Mais par rapport à la série Les Lumières, les effets différent, les transparences s’opacifient, les parties non-peintes deviennent blanches et surtout, la profondeur est sacrifiée, le regard se heurte à cette surface blanche, pourtant là aussi utilisée comme réflecteur. Bustamante induit ainsi un questionnement sur la notion de profondeur de champ en photographie. Pas d’effet expressionniste ; les hésitations, les repentirs, la patte de l’artiste sont éliminés par la chaine de traitement ; d’abord Photoshop, puis par le principe de sérigraphie. Un côté industriel et répétitif apparait à l’instar de Warhol ou de Kline.

Colorito-Colorado se réfère aux coloristes vénitiens de la Renaissance qui, à l’opposé des florentins, apposaient directement la peinture sur la toile.

Alors, Bustamante, un vénitien qui s’ignore ?


Valéry Poulet


JEAN-MARC BUSTAMANTE

PEINTURES CARREES

10 janvier – 25 février 2012

Galerie Thaddeus Ropac7 rue Debelleyme 75003 Paris