Opéra de Monte-Carlo : UN FANTASTIQUE MEFISTOFELE

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Dans le cadre de la fête nationale monégasque, l’opéra de Monte-Carlo a créé l’événement en proposant deux somptueuses représentations de Mefistofele d’Arrigo Boito : applaudissements et acclamations d’enthousiasme à l’infini !

 

Compositeur, romancier et poète italien, Arrigo Boito est surtout connu pour ce Mefistofele, un drame lyrique dont il a écrit à la fois la musique et le livret. Tout en suivant le texte du Faust de Goethe, il effectue une relecture du mythe et donne deux opéras en un seul, puisque, pour la deuxième partie, l’action semble soudainement se briser : après l’histoire, succincte mais intense, de Faust et de Marguerite, Mefistofele entraîne Faust dans la Grèce Antique où il s’éprend cette fois de la sublime Hélène de Troie.

Au début de l’œuvre, le chœur se tient dans des régions nébuleuses de l’espace où semblent flotter anges et chérubins pour un hymne au Maître de l’univers. Le public reste pétrifié d’admiration - visuelle et auditive – devant la somptuosité des chœurs. Voulant vaincre les forces du Bien, Méfistofele cherche à entraîner Faust vers le Mal afin d’obtenir la destruction de son âme. Pour une simple heure de paix, Faust cède, avant d’être conduit au sommet du Mont Broken : tandis que Méfistofele contemple la Terre dans une immense boule de cristal, Faust est témoin du Sabbat des sorciers et sorcières aux corps divisés par leurs originaux costumes mi-noir, mi-blanc. Les sept péchés capitaux sont aussi convoqués à se joindre à la fête dans l’éblouissante et contemporaine mise en scène de Jean-Louis Grinda. L’implacable ordinateur de cet « enfer » souligne la facture poétique de cette sulfureuse histoire qui attise les élans incendiaires du désespoir et le romantisme le plus noir.

Le Diable est un rôle en or à l’opéra. Le baryton Erwin Schrott fut machiavélique, déployant ses sortilèges les plus malins. La soprano Oksana Dyka interpréta une Marguerite au désespoir généreux. Toutefois, dans Faust, la voix chaude du ténor Fabio Armiliato sembla manquer d’ampleur. La « star » du spectacle fut le chœur somptueusement mis en valeur par le Chœur de l’Opéra de Monte-carlo, celui de l’Opéra de Nice et la Chorale de l’Académie de musique Rainier III. Au lever de rideau, tous réunis dans des costumes et des masques blancs et enveloppés d’une fumée céleste, ils dégageaient un kaléidoscope de sensations, d’émotions et de frissons qui transportait vers une élévation religieuse avant les chaleurs de l’enfer.

L’envoyé du Diable piège ses victimes passionnées, les enferme dans leurs tourments en une exaltation brûlante qui justifie la longueur de cette œuvre hybride dont les fièvres rugissent sous des drapés mélodiques. L’intensité des sentiments, d’amour comme de haine, dégage un puissant élan de musique aux expressions passionnées. Les décors et les costumes alternent entre couleurs chatoyantes (le sabbat-carnaval des sorciers, par exemple) ou camaïeu de tons ocres (l’antre studieux de Faust) ou encore de gris (la prison où croupit Marguerite). Loin d’encombrer le plateau, la présence du chœur renforce l’impression accablante de solitude de certains tableaux

Avant d’expirer, Marguerite répudie Faust qui alors lui fait horreur, ainsi son âme sera-t-elle sauvée. Faust blâmera l’œuvre du Diable et son repentir fera échouer Méfistofele. Le chœur des anges louera à nouveau le Seigneur, tandis que les chérubins feront tomber une pluie de roses sur le corps de Faust, avant une multitude de flocons de neige en papier sur le public qui participe ainsi à cet époustouflant spectacle.


Caroline Boudet-Lefort