ŒUVRES RARES DE NICOLAS DE STAËL

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L’exposition du Musée Picasso, à Antibes, s’intitule La Rencontre Nicolas de Staël Jeannine Guillou : la vie dure. Elle présente la quête d’un couple d’artistes en montrant plusieurs œuvres de Nicolas De Staël, réalisées entre 1939 et 1946 et, pour la première fois, une sélection de tableaux et de dessins de Jeannine Guillou, dans un contexte créatif qui a favorisé leur éclosion, grâce à des échanges avec d’autres artistes réfugiés à Grasse et fréquentés par le couple durant son séjour à Nice entre 1941 et 1943 et plus tard à Paris.

 

C’est en 1937, lors d’un voyage au Maroc, que Nicolas de Staël fait la connaissance de Jeannine Guillou, peintre comme lui. L’attirance réciproque de leurs personnalités fascinantes est immédiate. Jeannine Guillou décide d’accompagner De Staël dans la suite de son périple qui les ramène en France l’année suivante. Jusqu’à sa mort en 1946, ce compagnonnage conjugal et artistique nourrira leurs œuvres respectives à un moment où le jeune Nicolas de Staël est encore dans sa période de formation. Il trouve peu à peu sa voie au contact quotidien de cette artiste. La profondeur des couleurs et la forte expressivité des thèmes abordés prouvent la puissance imaginative et lyrique du peintre qui libère sa vision intérieure. Tous deux imposent une nouvelle dimension abstraite avec une surenchère de signes colorés d’une richesse inventive. La lumière surgissant de la matière colorée et épaisse donne une idée du regard qu’ils portaient sur le monde et ses sensations, quelles que soient les difficultés matérielles de l’époque.

L’exposition d’œuvres de Nicolas de Staël et de Jeannine Guillou que présente le Musée Picasso ajoute à son titre « La Vie dure ». Mais s’agit-il de la difficulté de vivre qu’ont connu les deux artistes ou de la durée de la vie ? Celle de Nicolas de Staël n’a pas duré longtemps : il a 41 ans lorsqu’il disparaît tragiquement le 16 mars 1955 en se défenestrant de son atelier d’Antibes. La vie de sa compagne tant aimée fut plus brève encore. Elle est morte en février 1946 sans avoir atteint 37 ans. La vie avait été difficile pendant la guerre et, malade, elle avait du subir un avortement thérapeutique que son cœur n’a pas supporté.

Cependant leur vie dure et dure encore à travers leurs considérables et magnifiques œuvres qu’on peut admirer sur les cimaises du Musée Picasso. Le conservateur Jean-Louis Andral a découvert, grâce à la famille du peintre, des toiles inédites ou rares appartenant à des collectionneurs du monde entier.

La rétrospective de ce couple mythique est magnifiquement présentée d’autant qu’elle s’enrichit d’œuvres de peintres qui ont influencé l’univers exceptionnel de ces artistes, entre autres de Sonia Delaunay, de Jean Arp, de Sophie Taueber-Arp, de Jean Deyrolle, de Kandinsky, de César Domela, d’Alberto Magnelli... Au-delà des simples influences, l’exposition témoigne des nombreuses correspondances d’une œuvre à l’autre, au sein de ce petit groupe d’amis, liés par des recherches communes vers une certaine abstraction et la grande éthique de leur art.


Caroline Boudet-Lefort