UNE ANNÉE A L’OPÉRA DE NICE

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Pour la saison 2011-2012, l’Opéra de Nice offre une programmation lyrique éclectique de haut niveau. L’Italie est bien sûr à l’honneur avec Bellini, Verdi, Puccini, Scarlatti, cependant en ajoutant Hector Berlioz, Richard Wagner, Mozart, Francis Poulenc, Béla Bartok, le choix est totalement diversifié.

 

Dès septembre, l’année lyrique a commencé avec tout le romantisme d’Hector Berlioz dans la version concert, connue pour être la meilleure, de La Damnation de Faust, car la musique est somptueuse, malgré une certaine incohérence de la composition qui donne un caractère hybride à l’œuvre. L’épilogue macabre s’éloigne du Faust de Goethe puisque le héros est damné. La mezzo-soprano biélorusse Oksana Volkova, une grande voix du futur, a comblé le public dans le rôle de Marguerite.

En un seul spectacle, deux œuvres lyriques en un acte du XXe siècle ont été mises en scène par René Kœring : La Voix humaine de Poulenc, sur un texte de Jean Cocteau, et Le Château de Barbe bleue de Béla Bartok. La première présente une scène de rupture amoureuse au téléphone avec un rôle unique tenu par la soprano Barbara Haveman. La deuxième est un épisode du fameux conte de Perrault où deux très renommés interprètes hongrois, Andrea Melàth et Istvan Kovàcs, ont prêté leur voix.

Une des étapes principales de l’histoire de l’opéra, La Norma sera donnée en version concert. Le chef d’œuvre incontesté de Bellini est l’apothéose du chant dans toute sa pureté et son expression tour à tour lyrique et tragique. La diva incomparable du bel canto, la soprano Edita Guberova, interprétera le rôle fétiche de la Callas.

Après onze ans d’absence, L’Enlèvement au sérail de Mozart revient à Nice avec une magnifique distribution internationale : le ténor russe Maxim Mironov, la soprano finnoise Anna Kristina Kaapola, la basse islandaise Kristinn Sigmundsson,et d’autres encore. Pour cette nouvelle production de l’Opéra de Nice, Ron Daniels propose sa vision lumineuse du chef d’œuvre que Mozart écrivit dans une période de parfait bonheur conjugal, trouvant le ton juste pour ce conte qui fonde, en une admirable synthèse, des éléments comiques, tragiques et merveilleux.

Avec le maître d’œuvre Lorenzo Mariani, Le Trouvère de Verdi sera une autre production de l’Opéra de Nice. Si l’intrigue est assez conventionnelle, la musique, par contre, est d’une rare beauté et d’une verve extrême. Une brillante distribution réunira Walter Fraccaro, Dimitri Tiliakos, Dolora Zajick et Kristin Lewis, nouvelle étoile au firmament des divas verdiennes.

Présentée dans des décors et des costumes de Folon, La Bohême de Puccini est d’un équilibre parfait entre tristesse et gaieté, entre réalisme et impressionnisme, entre lyrisme et description minutieuse des caractères. Un chef d’œuvre ! La grande soprano italienne Amarilli Nizza sera Mimi et Lorenzo DeCaro interprétera Rodolfo.

Après un concert lyrique de La Walkyrie de Wagner en septembre, le compositeur allemand est à nouveau programmé avec Tristan et Isolde, poème à l’amour transcendé par la mort, l’union des amants s’accomplissant dans le non-être. Tristan sera sans doute magnifiquement interprété par Jon Fredric West, un ténor de la pure tradition wagnérienne et Catherine Foster sera Isolde. Par contre, l’amour triomphe en dépit des intrigues et des calomnies, dans Il Tigrane, une des œuvres les plus réussies d’Alessandro Scarlatti. Sous la houlette de Gilbert Bezzina, grand spécialiste de la musique baroque, une distribution de choix réunira de grandes voix et l’Ensemble baroque de Nice. Cette nouvelle production de l’Opéra de Nice clôturera la saison lyrique début juin.

Cette excellente programmation est enrichie de concerts symphoniques et de récitals de musique de chambre dans divers lieux de la ville dont l’Auditorium du Musée Chagall. A Acropolis pour commencer, Hollywood in Nice proposait, en hommage à John Williams, des musiques de films hollywoodiens sous la direction de Philippe Auguin.

Danse

Nommé depuis deux ans Maître de Ballets Nice Méditerranée, Eric Vu-An a prodigué un heureux métissage de la danse classique et de la danse contemporaine aux Ballets de l’Opéra. Ainsi la saison chorégraphique a-t-elle merveilleusement débuté avec Chorus in Spiritus(1) qui réunissait l’univers de trois grands noms de la danse contemporaine. Sur une musique de Jean-Sébastien Bach, Cantate 51 appartient à la lignée la plus épurée et spirituelle des chorégraphies de Maurice Béjart ; la simplicité de la scénographie et les costumes s’effacent devant la danse. En création mondiale, Oceana de l’américaine Lucinda Childs offre une forme de grâce et de plénitude avec une danse fluide et hypnotique, évoquant le mouvement perpétuel des vagues. Mais notre enthousiasme va à la sensualité de Por vos Muero (Pour vous je meure), une chorégraphie fiévreuse et espiègle de Nacho Duato sur une sélection de musiques espagnoles du XVIe et du XVIIe siècle. Une danse festive et enjouée avec mains qui claquent et robes qui volent pour évoquer l’Espagne baroque.

Durant les fêtes de fin d’année, on pourra admirer un spectacle festif dans les rouges et les ors de l’Opéra, Coppélia ou la fille aux yeux d’émail d’après un conte d’Hoffmann sur une partition de Léo Delibes. Ne doutons pas que la chorégraphie d’Eric Vu-An, en implacable ordonnateur, apportera tout le fantastique souhaité à ce ballet qui a le charme particulier d’un univers d’automates et de poupées sans âme.

Au printemps, sur des musiques de Gluck et Tchaïkovski, une nouvelle production intitulée Deux Russes à Paris permettra d’apprécier le talent fougueux de deux grands chorégraphes, élevés dans le sein des Ballets Russes, que sont George Balanchine et Serge Lifar.


Caroline Boudet-Lefort


(1) Ce spectacle sera repris au Théâtre National de Nice les 13 et 14 janvier 2012.