La comédie et Molière au TNN : Paul Chariéras chef de troupe

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Paul Chariéras présentait au TNN la saison dernière un triptyque, « Le théâtre est la poésie de l’espace »où il mettait en scène et jouait plusieurs aspects de la folie avec beaucoup de recherche et de finesse.

 

Cette année il nous propose l’Impromptu de Versailles dans la salle Michel Simon agencée spécialement pour l’occasion. Pour sa mise en scène, il a choisi de placer les spectateurs derrière le rideau de scène, dans les coulisses, dans cette ambiance chargée de mystère et d’activité afin de bien pénétrer dans l’intimité de la troupe.

Demi obscurité, des panneaux se déplacent au dessus du public qui s’installe à peine, ici on plante des décors, on cloue, on démonte…là chuchotements, on se concerte au milieu du bruit sourds des marteaux… rires étouffés, coulisses…. isolé au dessus d’un escalier, Molière, à la lueur d’un chandelier, une plume d’oie à la main écrit, rature s’impatiente.

La pièce ? C’est une commande de Louis XIV. Molière écrit et monte cet impromptu en une semaine pour distraire le roi. Dans cette pièce particulière, testament avant l’heure, il répond à sa manière aux venimeuses attaques de la troupe de l’Hôtel de Bourgogne, troupe officielle du roi, il y expose ses principes sur l’art de la comédie. Des principes tout à fait révolutionnaires au XVII siècle où l’emphase et la tragédie règnent.

Au cours de cette comédie, création /répétition, Molière demande aux comédiens de sa troupe nommément cités, d’être les personnages de l’Impromptu et donne une leçon de comédie : Il les incite à prendre un ton simple, à avoir un jeu naturel. A être bien dans leur rôle et leur personnage et petit à petit à égratigner l’emphase les tragédiens qui ont monté une cabale contre lui. Mais huit jours pour écrire et monter un spectacle, c’est court et les treize comédiens autour de Molière ne savent pas leurs rôles. Urgence, panique et revendication.

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La jeune troupe constituée par Paul Chariéras s’empare du jeu avec allégresse. Le spectacle est riche en anecdotes, bombardé de références historiques. On assiste derrière le rideau de scène aux échos de L’Ecole des femmes, aux applaudissements de la salle, et au moment de pause, aux répétitions de L’impromptu dans les coulisses, on vit avec eux.

On ne s’ennuie pas, il y a de nombreuses trouvailles, des gags, de l’humour, les costumes sont beaux. Le public est sans cesse sollicité par les rebondissements et le double jeu des personnages joués ou parodiés, entre la déclamation ou l’art de bien interpréter.

Théâtre art vivant, ce spectacle est ouvert, les comédiens s’expriment dans plusieurs registres. Ici les masques, les échasses, la vielle à roue, le chant, là la poésie slamée. Paul Chariéras joue Arnolphe et répète le rôle de Molière dans l’Impromptu. Perruque vole suivant le personnage. On distribue les rôles mais on joue Médée !

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Il en ressort un spectacle généreux, documenté, créatif, et coloré, où on peut apprécier le jeu de Cyril Cotinaut / de la Grange et marquis ridicule, et aussi Laurent Prévot, Marc Olinger /Marquis fâcheux, Sarah Vernette /Mlle du parc, Cyrielle Voquet / Mlle Molière, Catherine Marques, dans le rôle de Mlle Béjart, Laetitia Rosier… Rêve d’être comédien. Une place particulière est donnée à un jeune balayeur, interprété par Samuel Chariéras qui ébauche ici un ton nouveau. Nait alors le personnage Baron, à l’aube de sa carrière, fils spirituel de Molière qui veillera sur son œuvre.

Paul Chariéras, dans le rôle de chef de troupe est remarquable. Ah !les étranges animaux à conduire que les comédiens ! cite-t-il une deuxième fois en conclusion de sa mise en scène. C’est bien la Troupe de Molière qu’il nous présente, soudée autour de lui, oubliant leurs rivalités lorsqu’intervient la perfide et malsaine  «  chanson de la coquille » Chanson qui attaque la personne, l’acteur et le créateur jusqu’à la calomnie de l’inceste !

C’est une troupe encore qu’il nous a présentée tout au long d’une belle soirée, avec les aléas, les restrictions de temps, les égratignures des rivalités, l’art de la comédie était bien là, avec sa richesse de création.


Brigitte Chéry


TNN promenade des Arts 06300 Nice

Tel 04 93 13 90 90

A voir jusqu’au 19 novembre au TNN et en tournée.


Dans la même salle et les mêmes décors

Lecture organisée par le cercle de lecture samedi 19 novembre à 15 heures

Sujet : A quoi joue l’acteur ?

Avec Magali Maria, Jacques Bellay, Pierre Blain, Jonathan Gensburger

Laurent Prévot .