Martin Miguel – Raphaël Monticelli Des couleurs, un bonheur, en béton.

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Celui qui écrit ces lignes n’est pas un critique d’art, mais un simple passant émerveillé, une sorte de Paysan de Paris, dont les yeux auraient été arrêtés par une vitrine, et qui aurait poussé une porte lumineuse et mystérieuse.

 

L’aventure qui s’offre à nos yeux tient dans la présentation de l’exposition : Martin Miguel nous offre « une feuille de béton » sur un texte de Raphaël Monticelli.


La phrase se révèle sobre et délirante à la fois.

« Feuille », « Texte », on comprend.

Feuille de béton ??? Qu’est-ce à dire ?

Miguel

Martin Miguel aime le béton, depuis longtemps. Pour lui la peinture doit devenir plastique, gagner en épaisseur, la toile doit être expansée, pour déborder tous les cadres établis. Le béton est la matière qui donne de la densité à la feuille ; dans cette opération il acquiert en retour une étonnante légèreté et devient source de création et d’interrogations, de percées noires et de floraisons radieuses.

Ecoutons Raphaël Monticelli : « imaginer faire un livre, des livres, avec un artiste qui travaille le béton, même s’il se dit peintre avant tout, et peintre avec ses bétons mêmes, semble être une drôle d’idée, c’est en tous cas une belle gageure. Mais la balle était plutôt dans le camp de Martin Miguel que dans le mien, et j’attendais, perplexe et impatient, de voir comment il transformerait l’essai ».

En fait la balle a circulé, bel et bien. Les textes de Raphaël Monticelli ont été écrits à l’envers, le béton a été coulé sur eux. En émergent des bribes faites de rondeurs et offertes comme éclats de clarté, comme amorces de départs. « Tu » « Pas.. » « Mor… » les mots sombrent dans la splendeur des lisières, et il revient au lecteur de ces mystérieuses toiles d’imaginer des fins de paroles, des débuts de textes.

Et l’accouchement se fera dans la couleur. Au centre de chaque feuille de béton, un trou, une béance. Le vide et l’attrait des origines, de l’origine du monde. Ce vide est ciselé par la suie, le noir qui ronge comme lèvres de volcans. Le chemin pourrait être mortifère. Martin Miguel le sait bien qui affirme vouloir « lutter contre la force symbolique du noir ». Le contrepoint s’installe dans du bleu, du rouge et jaune. Le peintre précise : « la couleur est l’outil de sa propre mise en forme ». Quand on découvre l’exposition ces mots prennent la force de l’évidence. Evider et donner aux couleurs les forces de l’expansion, de l’irradié, de la dilatation heureuse. On se promène d’une feuille l’autre avec le sentiment de découvrir un épanouissement floral qui rassérène nos pupilles, à chaque pas, intensément. Poussées par la gamme des tons, les formes naissent dans la sérénité. Les traits qui pourraient se présenter comme risque de séparation deviennent ici attraits, désirs de proximité.

Laissons une nouvelle fois la parole à Raphaël Monticelli, elle s’offre comme une découverte heureuse, elle dit ce qui se noue dans une création qui ne peut que tonifier notre regard terni par la grisaille des jours et du quotidien. « Pour dire le travail de Miguel, nous devons croiser le vocabulaire des bâtisseurs et celui des artistes ; mais nous sommes obligés de donner à chacun de ces mots un sens nouveau ; en cela l’œuvre de Miguel est source de poésie : elle crée, à l’intérieur de nos discours habituels, des trouées, des absences ou des pertes, que nous devons apprendre à combler ».


Yves Ughes.


Du 21 octobre au 19 novembre.

Galerie Quadrige,

14, rue Pauliani, 06000 Nice.

Tel : 04 93 87 74 40