Clôture du 21ème Festival de Musique Ancienne à Callas

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Le festival de Musique Ancienne de Callas (Var) qui a vu le jour il y a un peu plus de 20 ans sous l'impulsion de Françoise Barre (maire du village), rassemble un public de plus en plus varié et nombreux.

 

Au cours de cinq concerts, cette 21ème édition a déployé les couleurs de la musique baroque en proposant à chaque fois un thème particulier s'inscrivant dans une thématique plus générale : cette année, le Baroque au Féminin. Cette manifestation présente en outre la particularité d'être itinérante et incite de cette manière à découvrir le patrimoine architectural du haut pays dracénien puisque chaque soirée investit un lieu et un village différents (autour de Callas).


CallasC'est à Callas, dans une chapelle du XIIe siècle, Notre Dame de Ponafort (à l'acoustique extraordinaire), que se déroula le concert de clôture. Le festival nous invitait, lors de cette soirée, à nous laisser emporter par Les Sirènes baroques, convoquées par Céladon, un ensemble à géométrie variable, dirigé par Paulin Bündgen. Les voix de la soprano Dorothée Lorthiois et du contre ténor Paulin Bündgen (dans des rôles autrefois incarnés par les castrats) trouvaient un écrin de choix dans l'accompagnement d'Anabelle Luis au violoncelle, Wanda Kozyra à l'archiluth et Caroline Huynh-Van-Xuan au clavecin.

Le programme consistait en un choix d'environ huit pièces qui mettaient en scène quelques figures féminines exaltées de l'imaginaire baroque et dépeignaient les affres de l'amour. Il comportait, entre autres, trois œuvres de Haendel Conservate, raddopiate (duo), la cantate pour alto et clavecin Lungi da me, pensier tiranno et Langue, geme, qui invoquaient les « foudres du Dieu de l'Amour » ou s'attardaient, de manière raffinée, sur ses délices.

Nous avons pu également découvrir des compositeurs un peu moins connus, pour les non initiés du moins, tels que Francesco Durante (1684-1755) avec un duo sublime alto / soprano témoignant des douleurs liées à l'amour de loin et à l'incapacité de révéler ses sentiments ; ou bien encore Nicolas-Antonio Porpora (1686-1768) avec Rigate Lagrimis où se profilait, à travers l'évocation de la Passion du Christ, la figure émouvante de Marie-Madeleine. La brûlante et tourmentée Eurydice fut également de la partie dans Euridice dall'Inferno de Scarlatti. Nous avons pu apprécier par ailleurs une autre œuvre de ce compositeur, à l'esprit plus guerrier, mettant en scène la relation entre Cléopâtre et Marc-Antoine et leurs derniers échanges face à une mort imminente. Cette Cantate pour soprano, alto et continuo fait partie, comme nous l'a expliqué Paulin Büngen, de ces pièces que « les compositeurs baroques écrivaient en marge de leurs grandes œuvres lyriques reprenant en modèle réduit le principe de l'opéra : alternance d'airs et récitatifs et dans le cas d'une cantate à plusieurs voix, dialogues. »

Callas

Quoi qu'il en soit, l'intitulé de la soirée (Les Sirènes baroques) nous apparut particulièrement bien choisi tant la sensualité étaient de mise dans ces interprétations. Nous avons été saisis par la clarté des voix ainsi que par la profondeur qui caractérisaient l'approche de chacune de ces œuvres. Le sens de la dramaturgie baroque y trouvaient assurément une incarnation des plus justes.


Géraldine Martin