Molière au Théâtre national de Nice : Lorsque L’Impromptu de Versailles donne le ton de la comédie moderne

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Paul Chariéras, metteur en scène de L’impromptu de Versailles, règle les derniers détails pratiques de sa mise en scène, qui sera présentée au Théâtre National de Nice(1).

Il se prépare à interpréter Molière dans cette pièce / testament écrite et jouée en 1663 à Versailles pour le roi, en réponse aux énormes attaques suscitées par le succès de L’École des femmes. Pièce atypique et pour ainsi dire jamais jouée où Molière apparait comme l’inventeur de la comédie moderne.

 

Molière

Dans le contexte historique, Molière vient d’obtenir une première pension du roi, il a le soutien de Monsieur, frère du roi et il cherche à obtenir le statut de troupe du roi. L’ascension de ce jeune, arrivé depuis seulement quatre ans à Paris inquiète les comédiens de la troupe de l’Hôtel de Bourgogne, dite troupe royale. A la demande de Louis XIV, il relève le défi de répondre à leurs calomnies et choisit l’impromptu, forme assez rapide d’écriture et d’expression. Bien qu’il cherche à plaire au roi, car sans argent il n’y a pas de théâtre, il manifeste ici une certaine impertinence vis-à-vis des grands. Il répond aux attaques à sa manière et expose ses principes sur l’art de la comédie. La pièce propose une répétition de la troupe où il demande aux comédiens d’avoir un jeu naturel et de jouer leur propre rôle. Répétition ou création ? C’est une véritable révolution, car au XVIIième siècle, la tragédie est synonyme de déclamation, d’emphase et de pompeux. Sans Molière, Marivaux n’existerait pas ! Le naturalisme de la fin du XIXième et du début du XXième siècle ne fait que suivre ce qu’a préconisé Molière, ramener le personnage au plus proche de l’être humain.

Pour sa mise en scène, Paul Chariéras place le spectateur derrière la scène, endroit où il n’a pas accès habituellement, où il pourra voir la vie d’un théâtre et rebondissement, théâtre dans le théâtre, il assistera à L’impromptu de Versailles pendant une représentation de L’Ecole des Femmes. Molière joue Arnolphe et, dès qu’il le peut, répète L’Impromptu, car le roi arrive dans deux heures pour assister à sa nouvelle pièce : Urgence, effervescence, contraintes de la vie d’une troupe avec des comédiens qui ne savent pas leur texte. Le public découvrira la construction du spectacle par l’envers du décor, suivra ce côté un peu magique de la création sous plusieurs angles, avec les ouvriers du théâtre qui manipulent la machinerie théâtrale, moteur du spectacle. Spectacle riche en anecdotes, bombardé de références historiques avec une chanson dite de la Coquille et nourri des attaques dirigées contre l’auteur, l’acteur, l’homme Molière. Cabale qui commence avec l’Ecole des femmes qui ira jusqu’à l’interdiction de Tartuffe. Paul Chariéras réserve bien des surprises, dont l’intervention du jeune Baron qui deviendra le plus grand comédien du XVIIIième siècle. Personnage charismatique et essentiel, fils spirituel de Molière qu’il formera et qui deviendra avec La Grange légataire testamentaire. Il veillera à l’édition de ses œuvres et à la préservation de l’esprit de Molière dans la Grande maison, afin que La Comédie française soit construite selon son éthique.

Visage creusé par la fatigue des veillées, en pleine passion créatrice, Paul Charieras, pense à la troupe qu’il a constituée pour ce spectacle, explique son intérêt pour la pièce, pour Molière son maître, dont il se sent si proche dans la manière de jouer, de faire son métier et sa notion de troupe. « Je m’identifie fondamentalement à Molière, je suis Molière aujourd’hui, je revendique ce travail de troupe, la troupe de la pièce est la troupe de Molière. J’ai passé toute ma vie d’acteur dans une troupe où je fais mon travail de comédien » avec une réflexion fondamentale sur ce qu’est le travail d’un comédien aujourd’hui, ce qu’est le théâtre, ce que va devenir l’art vivant, ce que ne peut pas faire un acteur free-lance qui doit assurer sa survie. Les théâtres sont devenus trop pauvres pour entretenir une troupe. Il n’y a plus que trois comédiens dans celle du théâtre de Nice. Par chance, il est encore possible de monter un spectacle avec 14 comédiens, de faire appel à une distribution locale, des comédiens familiers du TNN. S’il y a pour cette création comme dans L’impromptu de Versailles un travail en urgence, avec moins de jours de répétitions que nécessaire, un temps réduit de plateau, c’est pour s’insérer dans le système d’économie actuel. La crise, la dette, réduisent l’aide de l’état, favorisent le one man show. Le rapport au prince continue, les formes sont les mêmes, le théâtre ne vit que s’il a des subsides publics, la culture est subventionnée… les musées, le théâtre public ou privé, le cinéma sont subventionnés, « il a une culture élitiste et moi je revendique une culture populaire accessible à tous comme dirait Jean Vilar, un théâtre élitiste pour tous », conclue- il avec passion, en véritable profession de foi.


Brigitte Chéry



 

Création mise en scène Paul Chariéras

Avec Paul Chariéras, Samuel Chariéras, Cyril Cotinaut, Catherine Marques, Marc Olinger, Laurent Prévot, Laetitia Rosier, Sarah Vernette, Cyrielle Voguet

et Matthieu Astre, Laura Ollandini, Julie Henderyckx, Oualid Abdessatar, Jean Sacchehetti.

Décor et costumes Jean-Pierre Laporte, assisté de Béatrice Alunni pour les costumes*

Dramaturgie Chrystelle Rinardi

Assistante à la mise en scène Léa Galano

Production Théâtre national de Nice

(1) La pièce sera jouée du 2 au 19 novembre 2011

TNN salle Michel Simon

CDN Nice Cote d’Azur Promenade des Arts. 06300 Nice

T 04 93 13 90 90