CRUELLES INNOCENCES

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Lapins embusqués, perchés sur des étagères, tiroirs à secrets, Françoise Pétrovitch nous convie à un véritable jeu de cache-cache dans le Musée de la Chasse et de la Nature.

 

 

Françoise Pétrovitch

Il faut ouvrir les yeux, scruter, fouiller, débusquer pour découvrir les œuvres que l’artiste a parsemé parmi les différentes pièces du musée. Certaines sont facilement trouvables, d’autres moins. Chacune d’entre elles y occupe une place précise, soigneusement choisie par l’artiste, sans laisser aucune place au hasard. Elles y possèdent en effet leurs propres intégrations et entament un dialogue avec leurs environnements. Par exemple, certaines entrent en résonance avec les tapisseries qui les entourent, reprennent les mêmes couleurs, jouent sur l’adaptation à l’environnement, à l’aptitude au camouflage, au mimétisme. D’autres nous observent de haut, à l’affut, aux aguets ou bienveillantes ? D’autres se cachent dans des tiroirs...

Françoise Pétrovitch

De quoi nous parlent ces œuvres ? D’innocence ? Comme ces petits lapins veilleurs fabriqués spécialement en porcelaine de Sèvres qui semblent bien frêles entre les pattes des ours ou autres fauves empaillés du musée. Ils semblent si naïfs, si fragiles. Détrompons-nous ! Françoise Pétrovitch nous parle du rapport que nous entretenons avec l’animalité, de notre propre animalité, de cette relation ambigüe, s’il en faut, de l’homme et de la nature. De cette sauvagerie de l’homme, comme dans cette superbe vidéo réalisée à partir de dessins de l’artiste aux dominantes rouge sang et où un chasseur se retrouve soudain traqué par sa proie, un loup. Quand cette série de vanités, exposée avec intelligence dans la pièce attenante à la vidéo, elles viennent nous avertir que l’on ne domine qu’un temps. Les superbes cages en verre soufflé et argenture de Meisenthal emprisonnant animaux, parties de corps démembrées ou cœurs rappellent à notre mémoire, cette tentative vaine de domination de la nature. Ces objets de porcelaines évoquent aussi la fragilité de la nature, à l’équilibre que nous devons entretenir avec elle, bref d’écologie car ne l’oublions pas, nous sommes dans le musée de la chasse mais aussi de la nature. Mais rassurons-nous, Françoise Pétrovitch ne joue pas dans son exposition du spectaculaire. Laissons-nous nous emporter, petits et grands, comme dans un conte de Perrault ou encore à la recherche de trésor cachés dans la grande finesse des œuvres de l’artiste.

Françoise Pétrovitch

Valéry Poulet