Ballets de Monte-Carlo : LE SONGE

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Cette année, le traditionnel spectacle estival des Ballets de Monte-Carlo n’a pas été présenté sur les terrasses du Casino, mais dans la jolie salle Garnier construite au cours du Second Empire, sur le modèle du fameux Opéra de Paris.

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Jean-Christophe Maillot a choisi la reprise du Songe qu’il avait chorégraphié en 2005 en s’inspirant du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Le rêve est un thème central dans l’œuvre du dramaturge anglais. S’il tourne parfois au cauchemar (Macbeth...), dans Le Songe d’une nuit d’été, le rêve se confond avec la magie, le temps d’une chaude nuit estivale et permet à un monde de tous les possibles de se révéler dans un lieu propice aux enchantements : fées, elfes et humains se croisent dans la moiteur de désirs contrariés.

Le texte est déroutant, foisonnant. Aussi pour transposer la pièce en ballet, Jean-Christophe Maillot a dû juxtaposer plusieurs univers : celui des fées où domine Titania interprétée par la merveilleuse Bernice Coppieters ; celui des Athéniens et celui des artisans. Dès le début l’attention du spectateur est captée par un sourd et profond murmure qui le plonge dans de mystérieux secrets et des sphères surnaturelles. Le charme ensorcelant de la féerie shakespearienne est admirablement traduit, transcendé, par le génie musical de Mendelssohn.

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Puck, le lutin malicieux, fait le lien entre le monde réel et celui des songes. Tel un somnambule, il traverse une zone mystérieuse d’avant le monde des rêves, une zone qui échappe aux lois. Le monde de la nuit, du sommeil, des rêves, celui de la forêt sauvage et sombre qui a une fonction initiatique avec la nature symbole de mystère. L’œuvre de Shakespeare évoque les sortilèges et les périls qui pesaient sur la forêt païenne au milieu de l’été, lorsque la chaleur provoque toutes sortes de réactions exacerbées. Des couples d’amants en fuite arrivent dans la forêt enchantée du songe et leurs amours contrariées dessinent de fascinants « fragments d’un discours amoureux ». Une plante magique, destinée à la reine des fées Titiana, permet toutes les audaces et les échanges de regards langoureux. Titania s’éprendra d’un tisserand à tête d’âne, manière de suggérer le mystère de la rencontre et le fait que le choix amoureux est subjectif et intime.

Tout le côté mystérieux ou mystique de la nature se retrouve dans la magie de l’instrumentation de la musique de Mendelssohn qui exprime aussi le trouble exercé par l’attrait pour l’autre, l’ivresse du désir et la magie des songes. Par un jeu d’équivalences chorégraphiques, Jean-Christophe Maillot a magnifié la pièce de Shakespeare par des visions irréelles et en associant à la partition du grand compositeur classique les musiques de Daniel Teruggi et Bertrand Maillot. Ernest Pignon-Ernest a assuré la scénographie et Philippe Guillotel a imaginé de merveilleux costumes pour ce conte pour enfants et vieillards.

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Finalement on peut choisir de rire de la tragédie de l’amour impossible. «We are such stuff As dream are made on », déclare Prospero dans La Tempête ». « Nous sommes faits de l’étoffe des songes»!


Caroline Boudet-Lefort