L’art des Cyclades une modernité mise en lumière grâce au Musée Zervos.

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L’exposition Zervos et l’art des Cyclades se tient du 24 juin au 15 novembre 2011 au Musée d’art moderne de Zervos à Vézelay, en Bourgogne. L’occasion unique de découvrir une collection majestueuse d’idoles vieilles pour certaines de 5000 ans, façonnées dans le marbre du monde antique grec.

 

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Une soixantaine de pièces rares, sculptées dans le marbre, sont réunies à l’occasion de cette exposition. Cette sélection issue, du fonds de l’éditeur Christian Zervos, féru d’archéologie grecque et de collections privées venues des quatre coins du monde, met en exergue un art qui a prospéré en mer Égée du 5e au 3e millénaire avant JC., contemporain des pyramides égyptiennes. Ces œuvres sont à découvrir dans la Maison du jardinier, annexe réservée aux expositions temporaires du Musée Zervos (lire l’encadré), ouvrant sur les contreforts du Morvan.

Annie Caubet, archéologue du Proche-Orient antique et commissaire de l’exposition, s’est appuyée sur les avis de l’expert en ce domaine, le Dr Pat Gentle pour accomplir un travail d’orfèvre. Trois ans de recherche et de négociations tenaces auront été nécessaires pour réunir un choix de 56 pièces significatives (et symboliques ! L’archipel qui encercle Délos compte 56 îles). A. Caubet plante le décor : « La civilisation cycladique prospéra au cours du premier âge de bronze grâce à des échanges commerciaux entre l’Anatolie et l’Europe, jusqu’à son déclin à la fin IIIe millénaire avant notre ère. » Les artisans se transmettaient leur savoir-faire de père en fils. Deux matériaux dominaient l’archipel : l’obsidienne était utilisée pour la fabrication des outils qui servaient au travail du marbre pour façonner les célèbres idoles féminines mais aussi des vases et coupelles. La pierre ponce de Santorin apportait la dernière touche pour un fini parfait. Les statuettes étaient complétées de pigments bleu (azurite) et rouge (mine de fer) pour souligner des yeux ou scarifications, « leur apportant un aspect vivant ».

cyclades

Idoles et vases seraient associés à des rites religieux mais aucun écrit ne l’atteste. A l’inverse des civilisations mésopotamiennes qui laissèrent de nombreuses traces écrites, celle des Cyclades reste en partie mystérieuse, lui accordant le double prestige de laisser des œuvres à la beauté universelle et au secret bien gardé. On peut toutefois associer les statuettes féminines au thème de la Déesse-mère et de la fertilité, vénérée par de nombreux peuples de la préhistoire. Les plus anciennes — issues du Néolithique — arborent des formes plantureuses ; les idoles-violons de la période intermédiaire sont plus schématiques ; quant aux dernières — provenant pour la plupart de l’île de Kéros (où fut trouvé le fameux Trésor), — elles se distinguent par des têtes lisses dont seul le nez est mis en relief. Quelle que soit leur taille, les lignes sont épurées, les formes stylisées, géométriques. Ce canon de beauté influença nombre d’artistes modernes.

A l’origine de cette exposition majeure décentralisée, Christian Derouet, commissaire du musée Zervos, souhaitait justement remettre en lumière le lien plastique existant entre les artistes des années 1930 et les artisans de cet art cycladique… en écho au travail du pionnier en la matière, Zervos, éditeur germanopratin d’origine grecque, qui considérait la statuaire cycladique comme œuvre d’art. Ce dernier publia un ouvrage en 1957, considéré encore à ce jour comme la Bible en image. Ce fut une véritable source d’inspiration pour ses amis peintres et sculpteurs avant-gardistes à qui il ouvrait les pages de sa revue Cahiers d’art — LA référence du monde de l’art des années 30-50 — et qui en retour lui faisaient cadeau de leurs œuvres. Ainsi Picasso, Matisse et Braque ont-ils pu redessiner à leur manière les liens étroits entre l’art et le sacré. C’est toute la richesse de ce musée que de nous permettre de côtoyer dans un même espace les plus grands talents d’époques aussi éloignées et de tenter à notre tour de jouer aux Correspondances, tels des Baudelaire inspirés…


Installé en famille durant la seconde guerre mondiale dans une ferme à la Goulotte, un hameau avoisinant Vézelay, Christian Zervos (1889-1970) n’eut pas loisir de rencontrer son contemporain Romain-Rolland qui habitait une maison dans l’artère principale de la ville. Il a semblé toutefois opportun de mettre en valeur le legs du collectionneur à la ville de Vézelay dans l’habitation bourgeoise et au charme fou de l’écrivain. Couvrant quatre niveaux, des souterrains aux combles, elle a été réaménagée en 2005 par l’architecte Crémonini et propose des œuvres du fonds Zervos, constitué d’art moderne et antique, enrichi au fil des années d’achats et de prêts d’institutions privées et publiques. Après la découverte de tableaux, gravures, sculptures, savamment choisis pour leur lien avec les lieux ou l’éditeur, le visiteur poursuit dans les combles la deuxième partie de l’exposition actuelle avec quelques pièces majeures de la Haute Antiquité, qui sont, quant à elles, intégrées à la collection permanente du musée.

 

Zervos et l’art des Cyclades, jusqu'au 15 novembre 2011

Maison Romain Rolland

Rue Saint-Etienne

89450 VEZELAY

http://www.musee-zervos.fr/


Aurèle M.