La galerie Brigitte Helenbeck s’autorise le désir

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Galerie Helenbeck

 

« Il est interdit d’interdire ». Et que se passerait-il si... ? Serait-ce le paradis ? L’enfer ? Nous mourrions sans doute d’épuisement, sens et neurones en proie aux plus grands vertiges. Le célèbre slogan renvoie avant tout au rêve de l’état édénique. Ô licences fantasmées de l’utopie ! On le sait maintenant : il n’y avait là, rue Gay-Lussac, qu’éruption acnéique de la petite bourgeoisie intellectuelle en pleine expansion. Qui parlait de briser les chaînes de l’Histoire en ne brisant que celles qui empêchent l’ascension sociale. Ce n’était pas le vieux monde qui était derrière eux mais seulement Guy Mollet, la guerre d’Algérie au souvenir déjà palissant, de Gaulle et le rationnement. L’heure était venue. Dans les AG, on se sentait des ailes. Intelligents, ils le savaient : même être moderne était dépassé. On visait l’après, on visait la carrière, une classe voulait sa place.

 

De toute façon, les hommes ne veulent pas du paradis ou de quoi que ce soit qui y ressemble. Trop de temps tue le plaisir. L’éternité est le pire enfer. Les Papous, les Aztèques ou les Indiens du Brésil - sidérés, c'est-à-dire sans Histoire, sans Histoire réelle, c'est-à-dire prométhéenne - sont peut-être morts autant d’ennui que des coups des conquérants. Le bon sauvage, accordé au cosmos, aux saisons et aux plantes, ne fait que bailler. Et le fantasme amazonien de la cité idéale est mort.

 

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Tant il faudrait de vertu, de sagesse et de conscience pour accepter de l’habiter. « De l’extrême liberté naît la servitude la plus complète et la plus atroce » écrit Platon. Qui aurait certainement douté des bienfaits de l’état « naturel » de la société que décrira Zénon quelques années plus tard : « Il n'y avait qu'une seule patrie, le monde lui-même; il n'y avait pas de lois, puisque la raison du sage suffit à lui prescrire ce qu'il doit faire;  pas de tribunaux, puisqu'il ne commet pas de fautes;  pas de temples, puisque les dieux n'en ont pas besoin et que c'est un non-sens de tenir pour sacrés des ouvrages faits de main d'homme; pas d'argent, pas de loi sur le mariage mais la liberté de s'unir avec qui l'on veut, même d'une manière incestueuse, pas de loi sur la sépulture des morts. »

 

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« La loi est illégale », photographie Silvio Magaglio. D’une certaine façon, il faut être fou pour écrire cela. Ou penser que l’anarcho-mercantilisme est le fin du fin de l’Histoire. Ou - et c’est peut-être là que la solution se dessine - avoir une vision poétique de l’Histoire. Euréka. Car c’est bien en art, et seulement en art, que la phrase célèbre est prononçable sans ridicule. Insensée ailleurs, naïve de toute façon, ce n’est que dans une conception de l’Histoire comme projet artistique qu’elle prend tout son sens, le seul sens possible. Déréguler les flux n’est réalisable - et souhaitable - que là. Et disposer librement de soi. Que le capital n’engendre que du capital, on en voit les conséquences. Mais que de l’art naisse de l’art, il n’y a guère à craindre que l’arrivisme puéril de ses faiseurs. C’est mal mineur.

 

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La question de l’interdiction, au demeurant, est bien plutôt celle de la censure intérieure que celle de la censure extérieure. L’élan créateur est moins bridé par les ciseaux des bureaucrates que par l’autorité du Surmoi. Interdire ? Interdire quoi ? C’est la forme réfléchie qui convient : il est interdit de s’interdire. De s’interdire le désir.

 

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L’art au bout du désir, c’est ce dont nous parle l’exposition « Il est interdit d’interdire» à la galerie Brigitte Helenbeck où on remarquera plus particulièrement les grilles façon mots-croisés de Fabio Cenna ou les portraits de Barak Obama et Mao par Fabrice Medina : La voie étincelante de l’avenir radieux ou Yes, we can qui disent la perdurante proximité de la politique et du sexe. Sans oublier les grattages de Claude Guénard, déjà vus au même endroit en réjouissant grand nombre.


par Martin T.

« Il est interdit d’interdire »
Exposition du 19 mars au 18 avril 2009
Galerie Helenbeck, 6 rue Defly 06000 Nice. Tél. 04 93 54 22 82

Artistes:
Arglove, Blade, J. Borinski, F. Cenna, Crash, L. Gérard, N. Gérard, C. Guénard, J. Haines, Ikon, Jonone, S. Magaglio, F. Medina, T. Pelletier, Quik, Sharp.