Le Retour de Carmen de Bizet à Avignon nous conduit sur les chemins du bonheur !

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Pour cette nouvelle production avignonnaise, Nadine Duffaut s'entoure de la même équipe technique qu’aux Chorégies d’Orange, lors de l’été 2008. Nadine Duffaut aime nous raconter des histoires. Sa mise en scène se révèle très cinématographique.

La vie est constamment présente sur scène et on ne connaît jamais l’ennui. S'y diffuse une atmosphère proche du temps des gitans d’Émir Kusturica, s’appuyant sur les décors réussis d’Emmanuelle Favre, les costumes efficaces de Katia Duflot fort bien éclairés par Marc Delamézière. Sa Carmen évolue dans un camps de gitans composé d’une caravane, d’une Trabant, transposition poétique dans une époque peu lointaine, restituant la dimension atemporelle et universelle de ce drame… La version choisie ici s’appuie sur les dialogues originaux et les numéros musicaux ne sont pas coupés. Nadine Duffaut réussit à faire vivre chaque personnage de façon individuelle. Les tableaux se succèdent avec force et réalisme. Comme à Orange, on retrouve un Don José résolument tourné vers sa mère, toujours aussi présente. C’est d’ailleurs elle qui offre la lettre à une Micaëla qui incarne l’innocence et la pudeur, dans un monde violent et cynique, avide de sexe. Si à Orange, Micaëla armait le bras de Don José dans la scène finale, ici c’est elle-même qui tue Carmen à l’acte IV comme un geste sacrificiel, manifestation de l’Amour absolu qu’elle porte à son bien-aimé. Dans la fosse, Alain Guingal fait des merveilles et restitue toutes les beautés d’une partition tellement riche sur les plans harmonique et mélodique. Sa direction précise et habitée est un exemple rare de nos jours. Chœurs et orchestre se révèlent en excellente forme.

Carmen

 

On tient là l’un des meilleurs chefs lyriques de sa génération !

Carmen

Comme à Orange, on retrouve la superbe prestation du danseur de flamenco José-Manuel Huertas, ancien élève d’Antonio Gadès. Béatrice Uria-Monzon ne cesse de surprendre en Carmen, donnant l’impression d’un renouvellement perpétuel. Superbe vocalement et scéniquement, elle souffle un vent de liberté sur la scène avignonnaise qui naît de la Mort, offre la Mort et choisit la Mort comme preuve irréfutable de la vie. Elle offre une voix saine et intacte au timbre toujours aussi envoûtant. Elle demeure toujours une Carmen humaine qui ne connaît pas de certitudes, portée par une tragédie fatale sans épouser les traits d’une femme fatale. Face à elle, le Don José un tantinet naïf en soldat, puis meurtri et transi d’amour du ténor Jean-Pierre Furlan est impressionnant de santé vocale et de musicalité épousant toutes les caractéristiques du profil vocal requis pour le rôle. Rarement j’aurai entendu et vu un duo final aussi bouleversant, transcendant cette scène d’extrême déchirure et de passion !!!

Carmen

Fragile et ravissante, la Micaëla de Sophie Marin Dégor est d’une sincérité rare à laquelle elle prête des aigus aériens… Pierre Doyen offre une belle incarnation scénique à Escamillo. Il est vaillant vocalement et devrait se bonifier avec le temps.

Carmen

Hadhoum Tunc (Frasquita) et Julie Roblard-Gendre (Mercédès) comblent nos yeux et nos oreilles…

Saluons enfin les prestations exemplaires de Christophe Gay en Moralès, Christian Helmer dont la voix de basse singulière offre un supplément d’âme au personnage de Zuniga…

Cette distribution exemplaire se singularise par une diction parfaite essentielle à la compréhension de l’ouvrage.

Cette Carmen-là est un spectacle magnifique, intelligent qui demeurera dans nos mémoires…

On retrouvera à Avignon Béatrice Uria-Monzon dans sa première Tosca en mai 2012 !

Carmen

Cette production sera proposée prochainement à l’Opéra-Théâtre de Massy et à l’Opéra de Reims… Courez-y !


Serge Alexandre

 

Extrait de la production et de la mise en scène de Nadine Duffaut lors de la reprise à l'Opéra-Théâtre de Reims

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