CHILLIDA Eduardo

PDFImprimerEnvoyer

Du 26 juin au 13 novembre 2011, la Fondation Maeght présente une exposition d’environ 60 œuvres sur papier et surtout 80 sculptures de l’artiste espagnol, dont quelques-unes monumentales dans la cour d’ordinaire dédiées aux marcheurs de Giacometti.

Les espaces de la Fondation fonctionnent bien avec ce type d’œuvres qui jouent principalement avec les vides, les circulations internes, la distribution d’ombres et de lumières sur des surfaces faussement géométriques. Les parties qui apparaissent au premier coup d’œil comme plans, angles droits, portions de sphères, se révèlent à l’observation toujours un peu biaisées. Ces assemblages de matières, blocs d’acier compact, bois lourd, albâtre pesant, jouent régulièrement sur un équilibre qui, bien que fortement assuré par son centre de gravité bien calculé, paraît toujours menacé.

chillida

Nous sommes encore dans un art qui s’établit au milieu du vingtième siècle, pour lequel la vibration contrebalance et enveloppe le concept, alors que les générations suivantes auxquelles nous pouvons penser (comme Serra ou Venet) s’efforceront littéralement de dépouiller l’objet pour le rapprocher au mieux d’une idée. Le rapport de Chillida aux matériaux n’est jamais froid. Et l’acier devient couleur de rouille sombre. L’albâtre est d’une découpe rigoureuse et polie, mais contraste avec une coque pareille à l’écorce craquelée d’un pin, blanc presque translucide marqué de fractures, de bruns et de noirs. Le bois est fait d’un montage complexe de tenons et mortaises, et révèle ses nœuds. Les terres chamottées, comme le travail du béton, donnent des objets originaux et, avec les « gravitations », Chillida passe du collage à de petites sculptures découpées dans des papiers superposés et suspendus dans l’espace, qui évoquent, minces et fragiles, les matières traditionnelles dans le traitement des circulations d’espaces.

Chillida

Chillida reste l’artisan qui manipule sa production et l’artiste tiendra à ce que ses sculptures ne soient pas multipliées, gardant ainsi un émouvant rapport intime avec ses productions, ce qui le sépare aussi des générations suivantes multiplicatrices et industrielles. Bien sûr les sculptures publiques, enracinées in situ, sont physiquement absentes de l’exposition, mais à voir la réalité des matériaux traités à Saint-Paul de Vence, le visiteur peut mieux imaginer en volume celles que livre l’image. Loin des grandiloquences de certains artistes en recherche de records, « Eloge de l’horizon » et « Peigne du vent » justifient leurs titres par leurs dimensions aux justes mesures des paysages qu’elles transforment.

Chillida

 

Dans cette exposition, dont le commissaire est Ignacio Chillida, le visiteur découvrira ou redécouvrira une œuvre rigoureuse et cohérente dans sa diversité.

Marcel Alocco