AFRIQUE DENSE AU PAVILLON NOIR PRELJOCAJ

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Le chorégraphe Angelin Preljocaj invite les lauréats de la Biennale « Danse l’Afrique Danse ! » où il a, par ailleurs, instauré un prix pour la contribution des femmes à l’évolution de la danse contemporaine africaine.

 

 

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« J’ai été très surpris par ce que j’ai vu. J’étais venu en Afrique assister à des plateformes de danse, il y a cinq ou six ans. Il n’y avait pas de véritable discours sur le quotidien, sur la contemporanéité. Parce que la création était liée à des organismes situés hors du continent. On appelait ça de la danse africaine contemporaine, c'est-à-dire en fait un peu adaptée au goût des programmateurs européens. Ce qui m’a vraiment ému dernièrement à Bamako, c’est de voir l’émergence d’une vraie proposition de danse contemporaine qui est africaine par nature, tout simplement, une vraie « danse contemporaine africaine». Le glissement sémantique est important. De même que l’on parle de danse contemporaine française et non pas de danse française contemporaine ».

Angelin Preljocaj présidait la biennale africaine de danse qui s’est tenue du 29 octobre au 4 novembre 2010 à Bamako. « J’ai pu découvrir tout un panel de chorégraphes du continent africain qui m’ont absolument bouleversé et j’ai eu envie de les inviter ». Nouvelles esthétiques, nouveaux talents, contenu des pièces, formes, composition chorégraphique, qualité de l’interprétation. « Cette danse contemporaine africaine est réellement contemporaine. Elle s’intéresse aux questions sociales, au politique, à l’économique, au quotidien, même si elle part de la tradition. Mais ce n’est plus comme auparavant du recyclage de la tradition maquillée de modernité ». A Aix en Provence, au Pavillon Noir, plusieurs chorégraphes africains sont donc au programme de la saison 2011-2012. « Ce que j’ai trouvé passionnant c’est de voir comment l’idée de modernité n’occultait en rien l’identité. C’est ce qui ressort des programmes présentés. »

Ne peut-on comprendre que des danseurs et chorégraphes africains n’aient pas forcément envie de puiser dans l’identité africaine ?

« Il y avait effectivement dans cette biennale à Bamako des propositions que je trouvais plus conformes, dans l’air du temps de ce que l’on fait en Europe, mais que je trouvais moins intéressantes. De la même manière que je trouve affligeant de voir une danse contemporaine européenne qui s’académise et où l’on voit, même s’il s’agit de compagnies différentes, les mêmes mouvements, les mêmes gestuelles, les mêmes partis pris que l’on soit à Londres, Berlin, Paris, Madrid ou Rome. Et, ça c’est décevant. Le sang neuf, celui de cette danse contemporaine africaine, est bénéfique aussi pour nous, artistes européens, pour faire évoluer la danse contemporaine. On voit quelque chose de nouveau, de différent. Une mondialisation uniforme de la danse contemporaine, ça ne m’intéresse pas ».

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En termes d’identité, cette danse contemporaine africaine est-elle représentative des composantes masculines et féminines de la société ?

« C’est ce que j’ai constaté aussi : une sorte de désertification au fil des années de la présence des femmes dans le champ de la danse contemporaine africaine. Ca m’a vraiment troublé. J’en ai parlé avec des femmes chorégraphes de Bamako, et de toute l’Afrique en fait. Toutes m’ont dit qu’il y avait une sorte de monopole qui commençait à se mettre en place où l’on écartait progressivement les jeunes filles de l’exercice de la danse contemporaine. Pour des raisons, je pense, économiques car il y a un réseau qui s’est créé. Pour des raisons peut être aussi religieuses. Mais, ça c’est une autre question que je ne maîtrise pas du tout. En tous cas, ce qui est sûr, c’est qu’il avait plus de filles dans la danse contemporaine en Afrique il y a 5 ou 10 ans qu’aujourd’hui. A ce titre là, avec le partenaire sponsor de cette biennale « Danse, l’Afrique Danse » qui est Puma, j’ai instauré un prix pour la contribution des femmes à l’évolution de la danse contemporaine africaine. Un prix qui va rester pérenne et que l’on retrouvera à chaque année ».

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Ici en France, par ailleurs, vous allez participer en 2012 à une création hip-hop au festival Suresnes Cités Danses, alors que vous aviez toujours refusé cette proposition. Pourquoi ?

La danse hip-hop est extrêmement riche, articulée, intelligente, dynamique, puissante. Elle n’a rien à envier en cela aux autres techniques, que ce soient celles de la danse contemporaine ou classique. Mais, je trouvais un peu bizarre l’idée que, pour que cette danse existe, il fallait qu’il y ait une caution de chorégraphes contemporains. Comme si ces danseurs n’avaient pas une vision du monde, une éthique, une puissance créatrice. C’est la raison pour laquelle, je répondais « pourquoi me demander de participer ? Ce sont des gens qui sont extrêmement riches, qui ont énormément de talent, une histoire, des fantasmes, des idées. Pourquoi faudrait-il que nous, danseurs contemporains, venions ? ». Mais bon, en même temps, c’est juste une réflexion qui n’est pas inflexible. Olivier Meyer, directeur de ce festival Suresnes Cités Danses, évoque depuis 20 ans l’idée que je participe. Et là, il m’a dit « pour les 20 ans, ça serait bien que tu laches et que viennes nous voir ». Et, j’ai accepté. Chaque rencontre est une richesse pour un artiste.

La danse hip-hop est également très masculine, le plus souvent.

J’ai choisi 4 jeunes danseuses, des filles ici aussi, des hip-hoppeuses et non pas des hip-hoppeurs. J’aime bien l’idée de ce quatuor de filles ».


Geneviève Chapdeville Philbert


ANGELIN PRELJOCAJ interview exclusif Performarts

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Pavillon Noir – saison 2011 - 12

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