Villa Arson, « Acclimatation »

PDFImprimerEnvoyer

P. MalphettesN’entrons pas dans la fragmentation des chapitres qui n’est guère évidente au fil les salles d’exposition ... Le thème est assez ouvert pour autoriser un grand éventail  de propositions (37, selon catalogue). Sur l’environnement, la réflexion pourrait être propice à la projection de tous les fantasmes. S’y côtoient l’installation très ouverte, très scénographique mais bien maîtrisée « Un arbre, un rocher, une source » (Pierre Malphettes), la bulle bien close sur sa poussière finalement bien propre de « écosystème » de Miguel Palma, le paradoxal « Billon » en polystyrène et résine (Vincent Kohler) qui reconstitue le modèle de découpe en planches d’un tronc.

 

Quelques photos, fort plates. Et d’autres propositions variées, dont une des constantes remarquables (et surprenante tant le thème évoquerait dégradations, terre et feuilles mortes) est la technicité et la grande propreté des œuvres : même l’huile de vidange de BP donne des objets impeccables. Diversification sans prolifération. On n’y préfère pas l’impair. Ici, tout est clair et bien rangé, ni taches, ni débordements.

 

« Arboriculture, une pépinière d’espèces greffées. 2008 , cyprès, cerisier, marronnier, laurier, olivier… » de Gabriela Albergaria n’éclate pas, dans son arborescence, sur le baroque qu’évoque la nature. Il s’agit bien d’arbres, mais dépouillés, reconstruits, à partir d’espèces in situ (dans le présent, mais aussi dans un passé réinventé probablement) qui monte en greffons une généalogie botanique. Généalogie un peu mythique sans doute – ainsi l’indiquent les reflets– comme le sont toutes les généalogies, surtout aux sources. Gabriela Albergaria travaille sur le temps, sur un lieu, une histoire. Il est bien question d’arbres, mais dans une perspective fortement symbolique, qui met en jeu dans les dures structures du présent l’angoisse des origines et du devenir.


Gabriela Albergaria

D'une autre exposante dont le travail m’intriguait, on me dit: "elle ne fait plus ça". Maladie d'époque : s’il est quelques persistants évolutifs, beaucoup de jeunes artistes sautillent, ils veulent tout faire... Ce qui est aussi façon de rester en surface, de ne jamais pénétrer le vif du sujet, trois petits tours et puis s’en vont : ils sont comme des écrivains qui donneraient les titres, peut-être la première phrase, et oublieraient d'écrire les livres. Les artistes seraient-ils aussi devenus Bling-bling ? La phrase « Longtemps je me suis couché de bonne heure » n’est célèbre que pour avoir été enrichie de sens tout au long de « Du côté de chez Swann », et prolongée de plusieurs volumes. La recherche du temps perdu se paye comptant, mais longtemps.

L’ensemble du panorama fonctionne, questionne, mais, peut-être, un peu trop gentiment …

par Marcel Alocco

Exposition du 31 octobre 08 au 3 mai 09