Le festival de Cannes de Peter Hermes

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La gare de train locale, je revenais de l’ouverture du festival du film et attendais le train Cannes-Nice. On peut se sentir un peu découragé en rentrant en train, la nuit et seul, avec comme seul compagnon mon doux Maltais. Après tout le glamour, les riches, la tentation d’être ‘in’ est aussi humaine que de transpirer dans la chaleur de la Côte d’Azur.

Et puis la rencontre avec Alex, dirigeant d’une importante société de production à succès, n’a pas réellement aidé. ‘Journaliste, ah, c’est très bien, très bien’. Nous étudions ensemble à la Sorbonne en Lettres Modernes, j’avais de bien meilleures notes et faveurs de mes professeurs. Mais Alex vient d’une vieille famille et bien qu’il ait supprimé la particule ‘de’ après son prénom, c’était tout dans son attitude, ses vêtements élégants, ses week-end à la campagne et surtout sa garçonnière en plein centre du Quartier. ‘Journaliste, ah, c’est très bien, très bien’. J’aimerais vous proposer un diner au palace mais c’est un diner assis avec Hupper, De Niro, Schwartzenneger’. ‘Je t’emmerde’ ais-je pensé. Désolé, j’ai un diner avec Puccini (mon Maltais), de la famille Opéra. Je suppose que vous allez parler musique hm ???’

 

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La gare de Cannes est une sombre affaire, indigne du festival du film le plus glorieux au monde. Quelques jeunes attendaient avec moi et il y avait une place de libre près d’un jeune couple asiatique ? Elle avait la petite trentaine ? Difficile de donner un âge aux pales traits asiatiques. Elle attendait patiemment et avait un sourire enfantin, comme si elle connaissait une meilleure blague. Nous nous installâmes à une banquette quatre places. Sous son chapeau prolétaire en coton il y avait un visage commun, seul son sourire donnait vie à ses traits délicats et alors on pouvait dire qu’elle était attirante. Elle portait un imperméable sur un tee-shirt, une paire de jeans et des tong. C’était remarquable que malgré ses habits bon marché elle arborait une parfaite pédicure, chaque millimètre de ses jolis ongles était magistralement peint. Nous avons eu peu de temps pour discuter comme mon téléphone sonnait souvent et son anglais très limité. Que faites vous à Cannes lui demandais-je finalement. Elle comprit immédiatement. ‘Je suis une actrice japonaise’ Elle prit un petit carnet et déchira une vignette avec le nom de sa compagnie. ‘Venez voir mon film demain4 J’acceptais et nous nous séparâmes à Nice nous assurant qu’il savaient comment retrouver leur hôtel.

A 14h le jour suivant j’étais à Cannes cherchant le cinéma. ‘La Croisette’ est une salle réputée. Elle a changé de nom et est difficile à trouver. Arrivé dans la désormais sombre salle de cinéma et fus dirigé vers le balcon où je trouvais une place juste à temps pour voir Yuko (Yuko Nakamura est son nom) sortir des toilettes et réajustant sa tenue. Suivit une scène avec une camarade de chambrée ivre exhibant sa nudité potelée à laquelle je ne suis pas du tout familier, connaissant seulement les grands films japonais où même de nos jours les couples se tiennent à peine la main (et toujours à l’écran de nos jours en France). Puis le film démarra, c’est une bonne histoire de stripteaseuse (Yuko) qui tombe amoureuse de l’Antonio Banderas japonais. Striptease est peut-être une exagération, Yuko ne fait en fait qu’une danse érotique sur scène. ‘Mais j’écarte mes jambes sur scène’ dit-elle à Banderas lors d’une confrontation digne de Virginia Wolff. Cet échange poignant où elle se dévoile nous introduit à une grande actrice frémissant d’émotions sous des manières retenues héritage de centaines d’années de saluts agenouillés. Il est à la hauteur du défi et la scène d’amour est poignante d’érotisme et de poésie à l’écran. Une petite bougie donne une couleur à la Rembrandt à ces corps entrelacés dans une étreinte éreintante et dont la frénésie vous entraine. Yuko et Banderas ont alors un autre échange charmant et léger lors duquel ils se jettent une bouteille de Coca-Cola pour savoir qui va la finir. Le film est sinon chargé de kitch, de déjà-vus, d’interminable striptease japonais, une scène ridicule où la productrice de film (en âge d’être grand-mère) jette son soutien-gorge dans une fontaine sous les applaudissements d’une jeune foule et la désapprobation silencieuse de la foule cannoise qui a vu mieux, spécialement à cette période de l’année, spécialement à Cannes. Le voyage à son lieu d’origine familial après une absence de dix ans pour découvrir la mort de sa mère ‘hier’. Elle veut dire ‘hier’ avant l’ouverture du Festival ?? C’est puérile, le paysage est magnifique, luxuriant et japonais est bien japonais. Ce film a besoin d’être remonté ; le transformant en un court-métrage sur Yuko Nakamura et l’Antonio Banderas japonais. Ce sera un régal et un régal court.

Peter Hermes


 

Toujours a Cannes « 3ème jour »

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Aujourd'hui Pucci (mon maltais) est très agité ; ça gémit, ça tiraille, ça pousse... il doit avoir vu une Star majeure Sandrine Bonnaire peut-être? ou peut-être un autre maltais? Ça y est, c'est un bichon frisé! Oh le bonheur, vous avez vu ,vous, un coup de foudre entre petits chiens ?? Bon, passons aux carnivores évolués...

Je suis assis près de l'écran géant , la foule française regorge, c'est samedi et le public étranger s'amincit. Il en reste toujours des Anglo-saxes (lire Américains) et Chinois. Les premiers gesticulant, nerveux, «That way, this way», les Chinois par contre étudient sagement en groupe les cartes de Cannes. Les années à venir M. Gilles Jacob devrait demander d'installer des panneaux en anglais, chinois et en russe, pour ceux derniers uniquement pour les hôtels à 1000 Euro et plus la nuit. La Crise ?? ça se trouve aussi... Monsieur plus si jeune avec pancarte sur le dos : « Loue studio vue mer, la conforte avec le même message , Rent studio see water »

On dit que Alain Ducasse a songé installer un stand, haute-gastronomie Monegasque, à l'entrée du palais du Festival. La direction aurait dit: « d'accord mais 10000 € le cm² ». Le temps de réfléchir « MacDo » a emporté la proposition, apparemment pression du lobby Américain qui aurait dit « Who is this Alan Dewkas...? »

Qui est là aujourd'hui ?? Pas vu des Tamil fighters en pleine fuite apparemment, quelque contras Tibetains, des Africains mais ils parlent argot parisien.

Le trio des jeunes, près de moi, sont en pleine discussion animée : vous êtes scandinaves ? dis-je au meneur, il me sourit de toutes ses molécules blondes, la grande fille, l'actrice, acquiesce aussi. En plus vous êtes Finlandais ! Là j'ai le droit à une invitation d'un thriller musical. C'est exactement ce que je cherche et aime. De plus, « Vaakalaudalla », c'est très bien me rassure le régisseur de toute sa compétence de ses 25 ans. En tout ce trio ne doit pas avoir ensemble, mon age biologique. Donc, je verrai pas le Copolla (scorsese?°, je verrai le thriller finlandais.

C'est l'heure de déjeuner, les gens sont souriants, bien disposés, se tiennent par les mains, ici et là un baiser furtif, sur l'écran géant un baiser, à la française, la foule reste cool on connait ça.

..Moult gens assis sur les remparts guettant l'entrée du palais du festival, des dizaines de photographes avec accréditations sérieuses et non pas comme la mienne concoctée par mon cordonnier .

Où sont les gens importants ? bronzant sur les plages privés ou les piscines privées du Martinez ou Carlton , Business drink, apéro pour plaisir, coiffeur deuxième business plus rapportant après hôtel et sexe...

Un mot sur le trafic de la chaire. Il y en a et ça fait atmosphère « Madeleine, carnaval de Rio » en modus élégant.

En regardant ces demoiselles, on perd son nord. Je dis demoiselles sans aucune certitude, quelques unes ont subis des transformations extraterrestres, on ne reconnaît plus le produit d'origine. Sur le trottoir en face du palais, en position stratégiques, deux mademoiselle à la chasse... Elles sont statuesques, tailles parfaites, par main ce leste ou humaine, bronzées de façon savantes (arrière de la nuque et des mains y compris), inclus les mamelons dont un fait sa sortie, discrètement tout juste, on parle millimètres, en contravention des lois de la Vième République. La camarade moins osée, a rabaissé la chemise mais juste, on est récompensé par son bourrique érotique qui est marqué: « Je suis à toi » (marque deposée). Nonchalante, une dame maquillée couverte de sharia en bonne musulmane passe regardant tout droit, elle est au bras de ses deux filles maquillées sur 99 % de leur anatomie toute découverte. Voilà ce qu'on appelle le progrès.

Une autre mademoiselle, un peu plus loin passe disant « hallo » aux locaux. La robe transparente à mi -cuisse, elle tire là-dessus pour la rabaisser, à la déchirer, des bottes blanches en cuir lui monte jusqu'aux mi-cuisses. Enfin deux jeunes courtisanes, chaussure haut talon, des Yankees hot renverses, marchent au long des magasins... Tout à coup, il y a une ruée devant les boutiques Diesel, des centaines, des jeunes, des photographes montent sur des photographes, des jeunes filles hurlant, un accident? des blessés ? Pensez-vous! C'est young Machin, ah bon qu'est ce qu'il fait ? Vous connaissez pas Young Machin?? c'est un rappeur très cool tout le monde le connait !!

Une dame indienne m'arrête dans la rue : « You know Debussy ? Yes I do, I like him a lot.

Ok, but you know where it is ? Madame he died many years ago, I mean the movie house Debussy .

Vous connaissez la Silicon Valley en Californie?? Et bien il y en a, au festival de Cannes une petite succursale, ce n'est donc pas la peine de voyager 9 0000 km. Ici le Silicon n'est pas usé dans les chips des ordinateurs et dans les machines high tech mais plutôt pour arrondir la machine humaine. Allons d'en haut en bas, les participants : le front, les paupières, les joues, les lèvres, puis bien sûr, le reste de l'anatomie humaine sans oublier les seins dépositoires de toutes les inventions de produits synthétiques modernes.

Par ailleurs, il suffit de regarder Isabelle Adjani pour se rendre compte des merveilles de l'industrie du silicon ; elle a par ailleurs la primauté d'avoir entre au mus de wax de son vivant.

Dans cette foule colore vivante cosmopolite trépidante, je cherche désespérément Yoki Nakamura, cette jeune pseudo étudiante, qui m'avait dit avant-hier dans le train, à la fin de notre voyage « Cannes Nice » 2 ème classe : I am japanese actress, et que j'ai découvert le lendemain dans le film Japonais Hotaru, une bouleversante nouvelle star.

Peter Hermes