Dossier Nice Jazz Festival 2008 par Bernard Dupuis

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Nice Jazz Festival : le renouveau

Du 19 au 26 juillet 2008


Les festivals de jazz de la Côte d'Azur obéissent au principe des vases communicants. Au cours des dernières années, tandis que Nice affichait un programme tristounet où le jazz tenait une place réduite, Antibes continuait à proposer une affiche, sans grande invention mais de bonne tenue. Aujourd'hui, le mouvement est inversé. Alors que Jazz à Juan s'en tient à une sélection plutôt réduite (1), la nouvelle équipe du Nice Jazz Festival offre une programmation riche d'événements médiatiques et de quelques choix audacieux (2).

 

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Commençons par les audaces.

Donner au vieil Archie Shepp l'ouverture du festival (19 juillet) aux arènes de Cimiez confine à l'acte militant qu'il convient de saluer. Ce musicien, de ses début en 1960 comme sax free à aujourd'hui, où sa musique se teinte de blues, n'a jamais cessé d'être un artiste engagé. Ainsi, le Nice Jazz Festival rend justice à un militant de la négritude qui semblait n'intéresser plus aucun programmateur de Festival. s aluons donc le retour au premier plan de ce rugueux sax ténor et chanteur.

La venue du groupe Bad Plus, le 22 juillet, (Reid Anderson à la contrebasse, Ethan Iverson au piano et David King à la batterie) qui remue le monde trop policé des trios de jazz est, là encore, une manière de proposer une approche du trio piano – bass - batterie fondée à la fois sur la modernisation du répertoire et une nouvelle distribution des rôles à l'intérieur du groupe. Bad Plus constituera pour beaucoup une découverte et peut être une révélation.

Inviter un grand orchestre est en soi un choix artistique et économique audacieux. Il l'est d'autant plus quand il s'agit de Maria Schneider (le 22 juillet) qui se situe très loin de la tradition des big bands « à répertoire ». Cette disciple de Gil Evans travaille sur la matière et la couleur sonore à partir de ses propres compositions. Là encore, il s'agira pour de nombreux spectateurs d'une découverte car ses derniers disques ne sont commercialisés qu'à travers son propre site (www.mariaschneider.com)

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Programmer des musiciens européens dans un grand festival relève également d'une certaine originalité par les temps qui courent. Ainsi Nice accueillera le sax ténor Stefano Di Battista (le 21 juillet) et également Michel Portal, (le 24 juillet) accompagné de Daniel Humair et Bruno Chevillon.

On ne présente pas ces derniers musiciens qui depuis un demi siècle participent à toutes les aventures du jazz français avec, pour constante, la volonté de nous surprendre et de se surprendre.

Le Nice Jazz Festival dont la notoriété s'était effondrée depuis 10 ans ressent la nécessité de créer des événements, même si ces derniers sont largement préfabriqués par quelques officines qui désormais contrôlent une grande part de la programmation des festivals.

Le premier événement est la venue de Léonard Cohen (le 22 juillet) qui, après des années de retraite spirituelle et quelques déboires financiers, vient d'entamer une tournée mondiale. Nice sera une des deux deux dates françaises. Il sera accompagné par 6 musiciens et 3 choristes dont Sharon Robinson qui fut co auteur de son antépénultième album Ten New songs, en 2001. D'après les échos de ses premières prestations, il n'a pas perdu son charisme, sa voix est toujours aussi grave et sensuelle, son orchestre nappe ses textes de ce qu'il faut de moelleux pour que ses fans soient aux anges. Dommage que le temps alloué à son concert soit seulement d'une heure et demie. Après 14 ans d'absence, Leonard Cohen aurait mérité une soirée entière.


Autre événement, moins spectaculaire mais tout aussi important pour les amateurs est la venue du San Francisco Jazz Collective (le 24 juillet). Ce nom un peu passe partout est celui d'un all stars qui rassemble la fine fleur des jazz men actuels : Stefon Harris (vibraphone, marimba), Miguel Zenón (sax alto), Joe Lovano (sax ténor), Robin Eubanks (trombone), Matt Penman (basse), Dave Douglas (trompette), Renee Rosnes (piano), et Eric Harland (batterie). L'orchestre formé en 2004 s'est donné pour objectif la célébration de l'œuvre d'un grand compositeur de jazz. Après Ornette Coleman et John Coltrane, c'est à Wayne Shorter que le San Francisco Jazz Collective a décidé de consacrer son répertoire.

Enfin la venue du Gary Burton Quartet Revisited (le 25 juillet), composé de Gary Burton (vibraphone), Pat Metheny (Guitare), Steve Swallow (basse) et Antonio Sanchez (batterie) constituera l'un des événement majeurs de ce Festival pour les nombreux admirateurs de ces quatre virtuoses.

De même, les amateurs de jazz fusion auront droit à leur moment de nostalgie avec la venue de Return to Forever (le 23 juillet) qui réunira Chick Corea (claviers), Al Di Meola (guitare), Staney Clarke (basse) et Lenny White (batterie).Ce retour du groupe à sa formule des années 74 - 76 est une des curiosités de ce festival parmi de nombreuses autres, dont la venue de John Baez (le 26 juillet), celle du groupe Oregon (le 23 juillet).

C'est grâce à ces nouveautés que l'équipe du Nice Jazz festival compte réconcilier les Niçois avec leur festival.


 

(1) : du 10 au 20 juillet avec entre autres :

John Mac Laughlin & the 4th Dimension (13 juillet), Roy Hargrove / Marcus Miller (16 juillet), Keith Jarret trio (18 juillet).

(2) : du 19 au 26 juillet :

Samedi 19 juillet 2008 : The Boogiemen, DB Clifford, Archie Shepp Quartet, Avishaï Cohen Trio, Rufus Wainwright, Stacey Kent.

Dimanche 20 juillet 2008: Isotop, Till Brönner, Ibrahim Maalouf, Barbara Hendricks & The Magnus Lindgren Quartet, Hocus Pocus, George Benson

Lundi 21 juillet 2008 : Oustlouba, Eol Trio, Sanseverino, Stephano di Battista, Peter von Poehl, Diana Krall.

Mardi 22 juillet 2008 : Seb Chaumont, Marcin Wasilewski Trio, The Bad Plus, Maria Schneider Orchestra, Leonard Cohen, Maceo Parker & WDR Band Cologne.

Mercredi 23 juillet 2008 : Manouchka, Latches, The Nigel Kennedy Quintet, Jean-Luc Ponty Band, Oregon, Return to Forever.

Jeudi 24 juillet 2008 : Katia Goldmann, Federico Aubele, Hubert-Félix Thiéphaine & Paul Personne, Michel Portal Trio, The San Francisco Jazz Collective, Alain Bashung.

Vendredi 25 juillet 2008 : Frédéric Viale, Melody Gardot, Gary Burton Quartet Revisited, John Mayal & The Bluesbreakers, Aaron, Yael Naïm & David Donatien.

Samedi 26 juillet 2008 : Gagnant Tremplin off, Morley, Bonobo, Pink Martini, Joan Baez, Craig Adams & The Voices of New Orleans.

 


 

Quand Cohen apparût au jardin des oliviers...

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Le concert qu'a donné Leonard Cohen au Nice jazz Festival a été, pour beaucoup l'événement de cette manifestation. Les 7000 spectateurs qui se pressaient dans le jardin des oliviers étaient venus pour communier avec un un artiste que l'on avait pas vu sur scène depuis 1993. Même si les échos de ses prestations précédentes, à Montréal et Lyon, étaient très favorables, nul ne pouvait, en définitive, évaluer l'impact de ce show tant attendu.

Dès l'arrivée sur scène des six musiciens et trois choristes en tenue de concertistes, on savait que le débraillé et l'à peu prés ne seraient pas de mise. Quand la star apparût en costume sombre et chapeau assorti, il devint évident que le chanteur de 74 ans avait choisi d'assumer son âge, sans doute pour mieux souligner l'intemporalité de son oeuvre. Suprême élégance, il débuta son concert par « Dance Me To The End Of Love », après avoir donnée la traduction française du couplet. Précaution sans doute superflue car le public fredonnait la chanson en même temps que lui. De fait l'ensemble récital fut une revue de tubes que le public connaissait sans nécessairement savoir qui en est l'auteur. Ainsi, offrit -il au public, parmi une douzaine de titres : « Everybody Knows », « Bird On A Wire », « Ain’t No Cure For Love”, «Hallelujah» «So Long Marianne», «First We Take Manhattan», «I’m Your Man», «Closing Time» etc. De «Suzan» où Cohen s'accompagne de sa seule guitare avec le soutien des choristes à «Democraty», plus symphonique, le rôle de l'orchestre et même du chanteur est avant tout de servir le texte. Les musiciens : Roscoe Beck (basse et direction musicale et vieux complice de Cohen), Neil Larsen (claviers), Bob Metzger (guitare), Rafael Gayol (percussions), Javier Mas (guitare 12 cordes et luth), Dino Soldo (saxophone, clarinette électrique, harmonica, claviers) et les choristes, Sharon Robinson et les Webb Sisters ne cherchent jamais à se mettre en avant. Ils se bornent à démontrer leur savoir faire en donnant aux différents morceaux la couleur sonore appropriée : un tempo reggae, un climat gospel, un solo de saxo et même une introduction au luth dans un style andalou ainsi que quelques touches de clarinette klezmer.

Quant à Léonard Cohen qui interprète toute ses chansons dans un tempo médium, non seulement, il prouve que sa voix de basse a gardé toute sa sensualité mais encore, il chante d'une manière telle que l'on puisse comprendre chaque mot de ses textes.

Le concert achevé nombreux étaient ceux qui repartaient en chantonnant pour eux même ou leur moitié :

«Dance me to your beauty with a burning violin

Dance me through the panic 'til I'm gathered safely in

Lift me like an olive branch and be my homeward dove

Dance me to the end of love...»

Si l'on doit souligner que la technique (sono, respect de l'horaire) fut à la hauteur du concert, il faut malheureusement déplorer que le site des oliviers est et restera inadapté à ce type de concert : dans une foule de 7000 personnes debout, on ne voit rien, que l'on soit proche ou éloigné de la scène. Rappelons simplement, qu'à l'origine, du temps de la Grande Parade, il n'y avait pas un tel distinguo entre les artistes «du jardin», «des arènes» et «de Matisse», chaque groupe fréquentait les trois scènes.

Il serait peut être temps que l'on pose le problème de l'adaptation du site de Cimiez à la programmation actuelle du Nice Jazz Festival.


Bernard Dupuis