Premier Forum du Théâtre Européen à Nice, pouvoir et théâtre sous les feux de la rampe

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Sous la présidence d’honneur de Jorge Semprun, quatre journées de réflexion du 11 au 14 décembre 2008, se sont déroulées à Nice sur le thème ‘pouvoir, théâtre, théâtre du pouvoir’. Une centaine de représentants politiques et culturels européens, des comédiens, des directeurs de théâtre, de télévision, de festivals, des journalistes ont travaillé sur ce thème et instruit de leurs expériences.

 

Daniel Benoin, Directeur du Théâtre National de Nice et initiateur de ce forum avait envoyé à 33 grands journalistes des pays d’Europe, un questionnaire sur la situation du théâtre dans leurs pays. En ouverture, Bernard Henri Lévy en a fait une synthèse enlevée et dynamique, un morceau de bravoure.

Temps forts de ces journées, chaque soir des spectacles venant de pays extra-européens, Géorgie, Israël, Ouzbékistan, ont été présentés pour la première fois en Europe. Le soldat, l’amour, le garde du corps … et le président, comédie de Lacha Bugadzé n’a pas manqué de soulever la question vivement réprouvée sur le sujet délicat et l’opportunité d’une programmation si humoristique et bouffonne en France. Le second spectacle, Nostalgie, a fait intervenir des comédiens arabes et juifs, parlé d’entente, et entremêlé des souvenirs d’expatriés, chanté l’envie de retour au pays et l’espoir de terre promise.

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L’Orestie mis en scène par Mark Weil, fondateur de la première compagnie privée en ex union soviétique fut une soirée particulièrement émouvante. Ce grand metteur en scène a été assassiné en 2007en Ouzbékistan pour des raisons que l’on imagine politiques la veille de la première de ce spectacle. La troupe du Théâtre llhkom concertée n’explique pas le meurtre, ne lie pas la mort de Mark Weil au spectacle, une enquête se poursuit. La trilogie d’Eschyle, tragédies représentées aux Dionysies d’Athènes, fut lumineuse et poétique, forte et sanglante, vibrante des rumeurs et des actualités télévisées. La troupe poursuit son travail de théâtre indépendant, travaille à la recette. L’actuel directeur artistique a précisé au cours d’une rencontre que Mark Weil voulait donner une fin heureuse à son spectacle, mais aux dernières répétitions, il a décidé qu’Oreste ne devait pas vivre, la société ne lui pardonnerait jamais ses deux meurtres et la foule le tue.

Quatre tables rondes se sont succédées parmi les intervenants citons Jean Louis Martinelli, Bernard Murat, François Mathouret, Bernard Faivre d’Arcier, Marek Halter, Sophie Duez, Daniel Sibony, Jacques Toubon, Robert Abirached, Emmanuel Wallon, Frédéric Ferney, des critiques Peter von Becker, Marina Davydova, Georges Banu. Tous ont parlé de leur expérience, et il en découle que les liens entre théâtre et pouvoir sont assez tendus, c’est un sujet délicat en cette période de crise. Toutefois l’Allemagne semble faire exception, là bas le Théâtre est considéré comme un besoin de base et le gouvernement parle d’investissements nécessaires. A Berlin les artistes vivent assez bien, a expliqué Torsten Mass, directeur de différents festivals dont celui de Berlin et du Theater der Welt (théâtre du monde)de 2007 à 2008. Ce 11ièmefestival international du théâtre, le plus important et le prestigieux d’Allemagne a eu lieu cette année à Halle, une petite ville de Saxonie de 200.000 habitants avec 20% de chômage. La stratégie développée pour en faire une réussite et ouvrir les habitants au théâtre, a été présentée avec trois arguments. N’accepter que des créations internationales, avec uniquement des premières, ensuite chaque production devait être exclusive pendant une année à Halle, et enfin créer un lien entre les productions et les habitants qui n’avaient pas l’habitude d’un théâtre étranger en faisant intervenir les professionnels et les amateurs ; Et puis aussi convaincre la presse, créer une forme nouvelle, penser globalement et agir localement… Pour lui ce principe est valable pour n’importe quelle ville, j’imagine d’Allemagne.

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Il a fallu attendre beaucoup pour entendre une note optimiste, l’exception est venue du théâtre privé français avec Bernard Murat, directeur du théâtre Edouard VII. Ici à l’inverse du théâtre public, pas de prince mais un public; produire une pièce c’est la mettre debout avec tout ce que cela incombe et avec le prix des places plus élevé et des sponsors. D’abord comédien puis metteur en scène, il a dirigé les grandes vedettes du théâtre et du cinéma, et réalisé des mises en scènes à La Comédie française, avant d’être directeur du théâtre Edouard VII. Actuellement il a établi une liaison privilégiée avec France Télévision, pour le théâtre en direct, car les prestations techniques correspondent à celles de la télévision. Il a exprimé le regret que le théâtre ne soit pas enseigné dans les écoles, et insisté sur le droit à la poésie. Pour lui il est urgent de corriger les erreurs du théâtre public et de prendre modèle sur le théâtre privé.

Au cours des différentes tables rondes il a été beaucoup question de la nature et du rôle du théâtre dans la cité, de divertissement et aussi du mélanges des genres et comme le dit avec sagesse en conclusion du colloque Jorge Semprun, « nous avons souvent entendu une expression de désir de faire la révolution dans le théâtre et par le théâtre, mais ce n’est pas le lieu pour promouvoir les révolutions », d’ailleurs pourquoi pas parfois un divertissement mais « …nous avons été très timides ici sur le nouveau pouvoir en France…nous sommes à un moment de délitement de l’échange entre état, société civile et artistes. »

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Bonne nouvelle pour finir, le forum européen du théâtre s’est achevé avec l’espoir d’une suite l’année prochaine et Daniel Benoin a annoncé qu’une Déclaration de Nice, alors en cours de rédaction sera envoyée à tous les Ministres de la Culture européens.


Brigitte Chéry