CRIME ET CHATIMENT

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L’exposition du Musée d’Orsay, Crime et châtiment, qui emprunte son titre au roman de Dostoïevski, ne ménage pas le visiteur. Organisée sur une proposition de Robert Badinter – ex-garde des Sceaux et auteur de l’abolition de la peine de mort en France - cette passionnante exposition est fort bien présentée. Assassins, victimes, juges, tous sont conviés !

 

Le point de départ est 1791, date du premier code pénal français. A la fois chronologique et thématique, l’exposition se déroule de la Révolution à nos jours et se termine par une œuvre de David Lynch, Do you want to know what I really think ?

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De tout temps, le crime a fasciné une multitude d’artistes. La représentation de la mort est un des thèmes les plus anciens de l’art, des grottes préhistoriques aux champs de batailles couverts de cadavres, en passant par les sacrifices religieux et les crimes passionnels. Tout a commencé par le meurtre du père commis par Œdipe, puis celui du frère par Caïn, celui du roi par le peuple lors de l’exécution de Louis XVI, sans compter la mort du Christ crucifié par les soldats.

De nombreux artistes mirent en images crimes, prisons et décapitations : la guillotine, la « machine à faire voler les têtes », a fonctionné pendant près de deux siècles en France. Une guillotine est d’ailleurs exhibée, rappel saisissant de milliers d’exécutions au nom de la justice. « On peut avoir une certaine indifférence sur la peine de mort, ne point se prononcer, dire oui ou non tant qu’on n’a pas vu de ses yeux une guillotine. » Cette phrase de Victor Hugo est inscrite juste au-dessus, comme quantité d’autres, parsemées sur les murs des différentes salles thématiques, dont la lecture renforce l’impact des œuvres exposées. Ainsi celle d’Alexandre Dumas « Cette tête encore vivante a remué les lèvres pour dire « Misérable ! J’étais innocente ! » On s’interroge : combien de temps une tête coupée vit-elle encore ? Pense-t-elle ? Souffre-t-elle ? Robert Badinter rappelle que Victor Hugo s’engagea très tôt dans la lutte contre la peine de mort, une peine qui implique de commettre un crime pour un autre. Quelques dessins de l’écrivain sont à découvrir.

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La décapitation est omniprésente : Saint Jean-Baptiste, Holopherne, etc. magnifiquement peints par Géricault, Gustave Moreau, et d’autres qu’on ne peut tous citer, tant le Musée d’Orsay regorge de têtes coupées ! David, Munch, Picasso, etc. sont présents. Une salle entière est consacrée à Marat, assassiné dans sa baignoire au nom de la Révolution par Charlotte Corday.

On passe des massacres de la Révolution aux crimes romantiques commis par les brigands ou voleurs de grand chemin qui ont largement inspiré Goya ou Delacroix. Aujourd’hui, dans la presse, on parle plus librement de sexe que de mort, alors qu’autrefois on étalait à la une les crimes les plus horribles avec force détails racoleurs et dessins cruels : une femme sciée en deux, un enfant cuit par sa mère dans une marmite, ou le cadavre retrouvé aux Etats-Unis d’une jeune femme mutilée et décapitée qui inspira à James Ellroy Le Dahlia noir. Perversité et sadisme sont de la partie avec des crimes sexuels où la femme est violée, étripée, éventrée. Parfois le crime n’est que suggéré. Il n’en est pas moins odieux ! Ainsi Le viol de Degas. Les faits-divers ont toujours retenu l’attention des artistes, partagés entre horreur, trouble, et fascination.

En matière de crimes, la parité n’existe pas. La femme - intrigante, femme fatale, infanticide ou sorcière - peut être aussi bien victime que criminelle. Soit qu’elle utilise un poison secret, ou qu’elle passe à l’acte dans un geste de folie. Médée, Judith, Salomé, Lady Macbeth, Mata Hari et d’autres ont inspiré de nombreux artistes. Femmes assassines et vengeresses, les sœurs Papin, Germaine Berton ou Violette Nozière furent célébrées par les surréalistes qui virent en leurs crimes des défis à l’ordre social. Eros et Thanatos sont de la fête, invités par André Masson, Hans Bellmer, Giacometti, Magritte (L’Assassin menacé). La mort devient une créature fantastique loin de la morale bourgeoise.

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Une salle est consacrée aux institutions pénitentiaires : le bagne et la prison, mais aussi la potence, la guillotine et même la chaise électrique illustrée par Andy Warhol. La Ronde des prisonniers est la représentation imaginaire d’un cauchemar de Van Gogh. L’anthropologie criminelle et scientifique est figurée par Bertillon, Gall et Lombroso. Ce dernier est connu pour avoir tenté d’énoncer les caractéristiques du criminel-type grâce à l’étude des cerveaux et des formes des crânes !

Se complait-on à la vue de la mort ? On ne peut rester indifférents à cette exposition du Musée d’Orsay qui porte le spectacle de la violence à un tel niveau d’intensité glacée et glaçante.


Caroline Boudet-Lefort


Crime et châtiment, Musée d'Orsay, 1 rue de la Légion d'Honneur, 75007, Paris.