Musique Ethiopienne

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Le festival « Banlieue bleues » a clôturé son édition 2006 par un concert entièrement dédié à la musique d’Ethiopie. Sur scène, trois artistes représentatifs de cette riche tradition : le barde aveugle Mohammad Jimmy Mohammad, le légendaire saxophoniste Getatchew Mekuria et le chanteur le plus adulé en Ethiopie et dans la diaspora éthiopienne, Mahmoud Ahmed.

 

Avec Mohammad Jimmy Mohammad, au physique fragile, à l’absence de tout jeu de scène, mais au grand charisme, on s’attend à un concert aussi austère que minimaliste. Pourtant très vite, sa voix riche en vibrato prend de l’ampleur et s’installe une pulsation alimentée par des accompagnateurs éthiopiens d’autant plus hiératiques que l’ambiance s’échauffe. En arrière plan, le batteur Hans Benning, vieux routier de la scène alternative hollandaise, sème un peu de pagaille dans le concert qui passe du registre de la nostalgie à celui de la fête.

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La prestation de Getatchew Mekuria était très attendue. Ce saxophoniste mythique serait le chaînon manquant entre Fela et les saxophonistes hurleurs à la Jay Mc Nelly (ou bien une version exotique d’Albert Ayler). Comme il joue essentiellement à Addis et parce que ses rares productions discographiques ne rendent pas totalement justice à ses qualités, notre curiosité et notre appréhension étaient grandes. Nous n’avons pas été déçus. La richesse de son jeu, la puissance et la fluidité du son de son ténor et surtout son timbre rugueux, l’apparentent à la lignée des sax qui « en ont » et il côtoie Sonny Rollins, Pharoah Sanders et Gato Barbieri. Getatchew était accompagné par une joyeuse bande de musiciens hollandais, le groupe « The Ex » qui, quelque part entre John Lurie et Mano Negra, célèbre la fusion entre musique improvisée et musique traditionnelle. Ces bataves étant aussi déjantés que Getatchew, la rencontre de ces deux folies a donné lieu à un échange plein de bonne humeur, bien loin de la réputation guerrière que l’on accole à sa musique.

Mahmoud Ahmed n’est pas, à proprement parler, un musicien rare dans nos contrées puisqu’il donna, entre autres, un concert mémorable en juillet dernier à Arles.

Cette année à Bobigny, il était accompagné par un big band de Boston (l’Either Orchestra) qui, plutôt que de resservir les sempiternels standards d’Ellington, a inscrit à son répertoire les compositions de Mulatu Astatqè à qui l’on doit une partie de la BO de Broken Flowers de Jim Jarmush. L’orchestre est excellent. S’il ne l’était pas, ce serait pareil, tant est grand le charisme de Mahmoud. Son entrain, la puissance de sa voix et son swing sont tels qu’il peut soulever l’enthousiasme de n’importe quel public. En quatre chansons seulement (il fallait conclure, le dernier métro n’attend pas), il fut le clou de cette soirée comme c’est toujours le cas avec lui depuis plus de 30 ans.

Addis Abeba ne nous a certainement pas livré tous ses trésors musicaux ce 8 avril, à Bobigny. Des chanteurs et chanteuses, des membres des grands orchestres qui faisaient la richesse de la capitale éthiopienne dans les années soixante dix attendent peut être que l’on s’intéresse à eux. On peut toujours imaginer que nos festivals fourbus de Nice, Vence et Antibes aient l’idée d’aller tendre l’oreille vers la corne de l’Afrique afin de renouveler le souffle de leur programmation chroniquement asthénique.


Bernard Dupuis