Mécénat : Karine Partouche

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Silvia Valensi : Pourriez-vous nous décrire votre rapport exacte aux œuvres d’art ?

Karine Ellena-Partouche : Je suis sans doute collectionneuse, dans le sens où les œuvres d’art ont toujours marquées les grandes évènements de ma vie, la naissance de mes 3 enfants par exemple. Un type d'oeuvres correspondra toujours à une étape particulière de notre vie, qu’elle soit d’ordre émotionnelle ou intellectuelle et donc forcement évolutive. Mais mon rapport à l’œuvre n’a pas un sens d’appropriation ou de dépendance. Je recherche plutôt leurs découvertes, leurs signifiances, l’art a toujours un rôle d’ouverture au savoir, à la connaissance et, évidement, à la liberté de pensée. Je suis dans une attente vis-à-vis de l’art qui me fait penser à une montagne de livres qui attendent d’être lus.

 

SV : Les artistes partagent avec les grands entrepreneurs une même idée forte, celle de vouloir modifier le cours des choses. Vous sentez–vous proche des artistes pour cette raison ?

KEP : Oui, pour changer le cours des choses, il faut savoir anticiper, pressentir les changements sociétaux. Les grands artistes ont souvent marqué par leurs œuvres, les moments clés d’une époque. Je me sens proche d’eux aussi parce qu’ils savent être au cœur de toutes les souffrances, les polémiques sociales, politiques ou spirituelles. Ils se battent pour des idées fortes, comme ces «chevaliers sans peurs », prêts à tous les « combats contre les démons »(Hermann Hesse).

SV : Comment faîtes-vous entendre la voix de l’art au sein du groupe Partouche ?

KEP : Comme un challenge, un défi entreprenarial,un engagement auquel je suis très attachée, et convaincue. Nous mettons nos stratégies managériales au service d’intérêts non lucratifs, d’actes philanthropiques qui ont un apport inestimable en terme de valorisation humaine.

Le cadre des expositions change la donne émotionnelle, d’un dialogue qui se noue entre les artistes , les clients et les employés du groupe.

Les artistes bénéficient d’un public averti, habitué des galeries et des musées, qui est déjà client , et sensible à la qualité artistique des lieux .

Les employés sont souvent fiers des expositions,leurs implications nous révèlent leurs personnalités, et renforcent nos liens.

SV : Qu’est-ce pour vous avoir un esprit contemporain ?

KEP : C’est être réceptive,je le ressens ainsi. Mais, je ne vois pas comment ne pas être envoutée ,absorbée par ce monde qui nous entoure ?Je suis dans une perpétuelle fascination de la vie, de la nature humaine..Cela est dû sans doute à mes parents qui m’ont transmis ce que j’appelle « mon pouvoir magique », qui est la clé de tous les savoirs.

SV : Pensez-vous qu’il y a un lien entre l’art et le luxe ?

KEP : Lors d’une exposition à Paris, devant une toile de Rothko, j’ai ressenti un luxe inouï, celui d’accéder immédiatement au rêve.

Voilà, pourquoi je pense que l’art et le luxe sont intimement lié à notre imaginaire, à notre volonté de «sublimer le présent ».Tous deux agissent par ces moyens, mais aussi ont le pouvoir de nous inciter à changer nos habitudes, nos acquis, nos valeurs. Ils sont des actes de rébellion, ils nous engagent à faire ce que l’on désire de dire et de faire.

Je pense que leurs discours se rejoignent souvent, si l’on adopte ce point de vue.

mécénat

SV : Être mécène , qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Accélérer le processus de reconnaissance d’un artiste ?

KEP : Je dirai d’abord la transmission de la culture bien sur, mais surtout lui offrir d’autres opportunités. Je saisis parfaitement les difficultés qu’un artiste peut avoir pour s’imposer auprès du grand public,il faut donc lui offrir un maximum d’opportunités.

J’ai toujours été interpellée par les messages véhiculés par l’art, c’est pourquoi il faut exposer toutes les œuvres qui peuvent avoir un sens important pour tous. Il est dommage que des œuvres doivent attendre la reconnaissance des musées, des galeries, et être soumises aux critères temporelles du marché de l’art. Autrement dit , certaines œuvres en harmonie avec l’air du temps , seraient en décalage au moment de la consécration ultérieure de l’artiste, parce ce qu’elles ne seraient pas exposées à un moment significatif.

Il ne faut pas oublier que c’est grâce aux mécènes que les génies et les grands artistes ont pu accéder plus rapidement à la gloire.


Silvia Valensi