Anna Caterina Antonacci magnifique DIDON à l’Opéra de Toulon

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Une diva sublime, pour une mise en scène originale mais empesée. Didon et Enée de Purcell en création à l'Opéra de Toulon.

 

Didon

« Venez, Amours, les ailes lourdes de chagrin / Et parsemez de roses son tombeau / Doux et tendres, comme son cœur/ Veillez ici et ne vous éloignez jamais » La reine de Carthage, Didon, hésite à déclarer sa flamme au prince troyen Enée que le destin a envoyé sur les rivages de Carthage. Encouragé par sa cour et sa suivante Belinda à avouer son amour, Didon cède. Pendant ce temps, des sorcières complotent dans une caverne et se réjouissent de la ruine de Didon et de Carthage, et se préparent à faire lever une tempête : au cours de celle-ci, Enée est trompé par un mauvais esprit qui lui prédit la nécessité de retourner en Italie. Enée s'apprête donc à partir, laissant Didon en proie à la douleur. La reine de Carthage dit adieu au monde, blessée à mort de cet abandon ». (Classica - Guide de l'opéra - novembre 2000).

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Tel est le synopsis de Didon et Enée d’après le livre IV de l’Enéïde de Virgile qui a inspiré Purcell pour ce mini-opéra écrit en fait parait-il à l’origine pour …. un pensionnat de jeunes filles, sur des vers à la qualité discutable, sans possibilités de virtuosité vocale (puisque destiné à des voix juvéniles, amateurs de surcroit), sans aucun déploiement orchestral possible, et avec un déséquilibre dans la distribution : une seule voix d’homme au milieu de sopranos. Et, pour finir de compliquer la tâche des interprètes actuels, le document originel de sa création est perdu. L’on est même plus exactement sûr de sa date de création, longtemps située en 1689.

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"Les plus récentes recherches musicologiques replacent Didon et Enée » d’Henry Purcell « dans une toute autre perspective » que celle communément retenue. «  Cet ouvrage aurait (en fait) été composé en 1683-1684, dans l'ombre du Venus and Adonis de John Blow ; les représentations de 1689 n'auraient donc été qu'une reprise, avec les aménagements musico-dramatiques que cela suppose. Didon et Enée ne serait pas exempt de connotations politiques à l'égard de Charles II et des intentions royales quant aux institutions musicales anglaises ; finies donc les prétendues références allégoriques aux souverains de 1689, donc entre Didon et la reine Mary, et entre Enée et Guillaume III. La partition parvenue jusqu'à nous serait tronquée, expliquant ainsi l'incroyable fossé séparant Didon et Enée et les autres oeuvres lyriques de Purcell, composées dans les années 1690 ».

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« Manqueraient un prologue chanté et la fin de l'acte Il, sans compter sept nouvelles danses et l'attribution à une voix masculine de la Magicienne et du Marin. En attendant le fruit de nouvelles recherches, ainsi nous apparaît Didon et Enée : une oeuvre incomplète et remaniée, sans que quiconque puisse préciser si la reprise de 1689 l'a ou non bonifiée. Mais quoiqu'il en soit, de tels travaux contribuent à déchirer le voile de respect enserrant cet intrigant ouvrage et force les interprètes à interroger le seul texte musical." (Opéra International - septembre 1993). « On a appris récemment que c'est probablement à la cour, en 1684, que l'ouvrage, conçu comme un pendant du Vénus et Adonis de John Blow, a vu le jour et qu'il était agrémenté d'un prologue, de danses et d'"effets spéciaux ". La version qui nous en reste, sujette à nombre d'incertitudes musicologiques mais parfaite dans son elliptique sobriété, ne serait donc que le résultat des nombreux remaniements opérés au fil des reprises." (Le Monde de la Musique - novembre 2003)

Que de handicaps, pour ce qui est finalement un chef-d’œuvre où musiciens et artistes doivent s’en remettre à leur intuition et leur culture musicologique pour choisir l’enchaînement des morceaux qui leur paraît le plus conforme.

« J’ai déjà interprété Didon deux fois à des moments différents de ma vie, c’est comme un rôle qui me suit » indique Anna Caterina Antonacci. « Et, j’ai trouvé très intéressant ici à Toulon cette idée originale de Massimo Gasparon de situer l’histoire au milieu d’une fête dans un palais aristocratique. C’est comme un divertissement, du théâtre dans le théâtre. Mais, au milieu de ce divertissement, il y a un moment de vérité. On sort du paraître, et pour quelques secondes, les personnages sont dans le vrai ».

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Toutefois, la mise en scène, création 2011 pour l’Opéra de Toulon, de Massimo Gasparon, prise entre deux strates de l’Ode à Sainte-Cécile, ne restera pas probablement pas dans les mémoires malgré les décors et costumes de Pier-Luigi Pizzi ( déjà vus, semble-t-il à Monte Carlo il y a huit ans pour un Viaggio à Reims). Didon et Enée se retrouvent ainsi dans une « atmosphère » Charles X. Pourquoi pas, mais cela n’apporte rien, sinon des tableaux figuratifs, esthétiquement beaux, certes, mais purement décoratifs, surtout un peu lents tout autant que longs et qui n’utilisent pas vraiment (mis à part le dénivelé offert par une fenêtre haute) les possibilités scéniques du décor en triptyque de Pier-Luigi Pizzi qui semble ici simplement rétrécir l’espace scénique. Par ailleurs, il est certain que les Arts Florissants de Sir William Christie souffrent peu la comparaison. Mais, sans aller jusqu’à une telle exigence, il est clair que le chœur toulonnais semble peu à son aise sur le répertoire baroque. La direction d’orchestre de Giuliano Carella est quant à elle égale à ce que rend ce chef désormais lié à l’opéra toulonnais : dynamique, précise et ici bien accordée au continuo de la Compagnie des Bijoux Indiscrets ainsi qu’ au clavecin de Claire Bodin.

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Markus Werba, baryton, à contrario du personnage falot habituel, incarne ici un Enée « sonore et viril, un être volontaire, hésitant dans une belle gestuelle entre amour et devoir. (Arts et Spectacles) Le rôle de Belinda va comme un gant à Sophie Desmars, elle y est claire, optimiste, intelligente et efficace. Sans tomber dans le grotesque Svetlana Lifar fut une grinçante magicienne. Les autres nombreux petits rôles sont bien en place ».

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Mais, c’est Anna Caterina Antonacci qui nous embarque totalement en cette soirée de création toulonnaise. Carmen, Medea, Vitellia et Agrippina, Cassandre, Elisabetta dans Maria Stuarda, Ermione, de Rodelinda et Donna Elvira notamment. Quelques uns des rôles interprétés par la diva. Belle femme dotée d’un français parfait, grande chanteuse, la Antonacci s’est toujours située entre deux tessitures : mezzo et soprano. Elle a fait comme beaucoup sa transition vers le soprano.

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Toutefois, beaucoup de rôles qu'elle a chanté et chante l'ont été par des mezzos. Mais, Antonacci est surtout une remarquable tragédienne, ce qu’elle vient encore de démontrer à Toulon et campe ici une Didon majestueuse tout autant qu’émouvante, «  si fraîche, si lisse, que sa voix nous fait brusquement comprendre que son amour pour Enée a pu être un premier, un tout premier amour d’adolescente ».

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« D’une grandeur toute racinienne, d’une violence mesurée, elle nous empoigne dès son entrée et ne nous lâche plus. Le pathétique dès lors se redouble de cette innocence. Contraste au dernier air, rendu bouleversant, par l’insupportable souffrance qui naît de cette fraîcheur. Avec en prime l’émotion, sans la sentimentalité. Visage et voix sont sublimes de beauté ».

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Jouer serait-il aussi important que chanter pour la belle diva ? « Le théâtre ne m'intéresse pas moins que la musique. Lors de ma première Médée au Théâtre du Capitole, la préoccupation dramatique m'a accompagnée dans ce rôle très difficile et magnifique. Je choisis des rôles qui me passionnent. Ainsi, je suis très contente d'avoir abordé Rachel de « La Juive » à l'Opéra de Paris ». Et, c’est dans la capitale française que l’italienne, originaire de Bologne, vit depuis quatre ans. « Pour rester le plus près possible de mon fils, Gillo, j'ai besoin de vivre dans une ville qui me permette de travailler et de voyager facilement. Paris est au cœur de l'Europe. Mais, j’ai beaucoup apprécié ce travail ici à Toulon, qui s’est passé dans des conditions très paisibles, très tendres. Comme en famille. Je suis à un moment de ma carrière où je commence à être toujours dans une sorte de caste. Travailler ici avec tous ces jeunes, et puis séjourner dans la ville, que je connaissais mais sans y avoir jamais résidé, ça a été un vrai bonheur. J’espère pouvoir revenir ».



Geneviève Chapdeville Philbert

 


 

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Didon et Enée d’Henry Purcell

Production et création de l’Opéra de Toulon 19 avril 2011


Interview de Anna Caterina Antonacci

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DidonAnna Caterina Antonacci doit chanter Elettra de Idomeneo. le 11 juin 2011 au Barbican Hall, Balthasar Neumann Ensemble sous la direction de Thomas Hengelbrock en version de concert. Le 9 juin, elle le chantera, en version de concert toujours. au Festival de Baden-Baden avec le Balthasar-Neumann-Chor également dirigé par Thomas Hengelbrock. Même équipe de chanteurs.
Idomeneo : Steve Davislim. Ilia : Camilla Tilling. Idamante : Christina Daletska. Un rôle qu’elle a déjà chanté en 2004 au Maggio Musicale Fiorentino sous la direction d'Ivor Boltor.

A venir : Une reprise de Carmen au Grand Théâtre de Luxembourg les 9, 11 et 13 mai 2011. Et puis Les Troyens à Londres

Discographie : sortie d’une Symphonie Fantastique. Encore une, direz-vous. Oui, mais Antonacci n’est pas une chanteuse d’enregistrement. Le fait est donc suffisamment rare pour être signalé.

(Symphonie Fantastique – Cléopâtre – Anna Caterina Antonacci - Rotterdam Philarmonic Orchestra – Yannick Nézet-Séguin

 

Extrait Carmen – Bizet - Près des remparts de Séville Antonacci – Kaufmann

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Anna Caterina singing "Il mio ben quando verra"

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Anna Caterina Antonacci - Berlioz - La Damnation de Faust - Strasbourg - 2008

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Didon et Enée d’Henry Purcell. Production et création de l’Opéra de Toulon 19 avril 2011

 

Opéra tragique en trois actes sur un livret de Nahum Tate d’après le livre IV de l’Enéide de Virgile.

Direction musicale Giuliano Carella - Mise en scène Massimo Gasparon

Décor et costumes Pier Luigi Pizzi – Lumières Marc-Antoine Vellutini -

Didon Anna Caterina Antonacci - Enée Markus Werba

Belinda Sophie Desmars Dame d’honneur / Vénus Yun Jung Choi

Magicienne / Esprit Svetlana Lifar - Première sorcière Cécile Galois -

Seconde sorcière Aurore Ugolin - Un marin Olivier Dumait

Orchestre et chœur de l’Opéra - Compagnie Les Bijoux Indiscrets (Continuo)

Nouvelle production de l’Opéra de Toulon - Création à l’Opéra de Toulon 19 avril 2011

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