Olivier Debré s’expose à Chenonceau

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Laure Menier, propriétaire et conservateur du château de Chenonceau en Touraine, invite depuis de nombreuses années un artiste durant l’été. C’est ainsi que la grande galerie au dessus du Cher offre ses murs cette année aux carrés d’Olivier Debré.

Olivier Debré est né en 1920 et est mort le 2 juin 1999. Petit fils de peintre, il se plait à aller passer ses étés dans la demeure familiale, en Touraine, dans l’atelier de son grand-père Édouard Debat-Monsan. C’est ici, à Nazelles près d’Amboise qu’Olivier peint ses premières toiles, inspiré par les paysages et les lumières si caractéristiques des bords de Loire. Entré à 17 ans à l’école des Beaux-Arts en section architecture, c’est sans doute durant ces années qu’il acquiert un goût toujours plus prononcé pour les formes géométriques, allant à l’encontre des tendances du moment. Au cœur de ses formes rectilignes il exprime une liberté créative totale, expérimente différentes techniques, travaille très vite sur des carrés, des petits formats de 180x180 cm tout comme sur des dimensions telles que 310x180 cm. Dans l’expression de son art, l’expérience physique est indispensable. Pour lire ses toiles, il faut se dégager des références classiques, porter un regard neuf et renouer le dialogue avec des œuvres majeures du XX° siècle. Oublions l'étiquette de deuxième école de Paris qui lui est si fortement attachée pour entrer dans l’univers d'un artiste aux productions singulières : sculptures, dessins, réalisations monumentales…

 

- Ses œuvres picassiennes deviennent totalement debrésiennes -

Très influencé par Picasso à l’après-guerre, Debré utilisa très tôt la technique du collage, dessinant chaque objet de lignes grasses tout en introduisant son propre univers coloré. Peu à peu il se détache de ces influences picassiennes et trouve son chemin. Lors d’entretiens en 1996 Olivier Debré s’exprimait explicitement sur la peinture : « l’art, la peinture en l’occurrence vient des profondeurs de l’être, du tréfonds. Il échappe en fait à la volonté individuelle ». C’est sans doute la raison pour laquelle ses œuvres ont leur alphabet, dans une surface unifiée, rythmée par des torsions, des ruptures, des courbes et des méandres. Sa peinture est tactile, elle se lit autant avec les yeux qu’avec la main tant la matière est aussi importante que la couleur. Olivier Debré peint sur des toiles posées au sol, d'abord pour des raisons pratiques car il utilise des peintures très liquides qui couleraient si la toile était accrochée au mur. Mais peu à peu il développe cette nécessité et l’intègre à sa démarche artistique « tout acte est la traduction d’une idée ou dune attitude morale. Lorsque je peins par terre, il existe une adhésion physique, sensuelle, presque sexuelle. Quelquefois pour les effets de dripping, je peins en position verticale (…) mes dégoulinades entraînent la peinture dans la réalité par la trace même de leur courant ou je me trouve plongé ».

Dans cette continuité de peinture à corps, il réalisera le rideau de scène de l’opéra de Hong-Kong en 1989, dans un hangar à avions. Pour appréhender la totalité de l’œuvre, il se déplace dessus comme sur un paysage limité, y vit, y fait le touriste. Toujours en expérimentation raisonnée, Olivier Debré recherche la sensation, l’émotion, la vie.

Le château de Chenonceau a réussi à rassembler des œuvres très personnelles de ce peintre lyrique à l’abstraction fervente. On parcourt son univers en une quarantaine de toiles qui nous mènent des fjords de Norvège aux bords de la Loire, du Mexique à Hong Kong, le tout dans une ivresse chromatique irréelle. L’adéquation entre le lieu et l’œuvre est évidente et l’on emporte avec soi des images de sérénité absolue, d’ondoiements colorés, de transparences et d’opacités. Le rêve continue bien au-delà…

par Hedwige Pfister le 12 Juillet 2008


 

Olivier Debré, peintre voyageur, de la Touraine ou Monde
jusqu'au 5 novembre 2008
Château de Chenonceau - 37150 Chenonceaux France Ouvert tous les jours
Tél. 0 247 239 007
www.chenonceau.com

Un livre exceptionnel par le regard porté sur l’œuvre du peintre et le choix des iconographies : « Olivier Debré » par Eric de Chassey, éditions Expressions contemporaines, 49 € TTC, 240 pages, bilingue anglais-français