Roman Opalka au Musée National Marc Chagall à Nice

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Roman Opalka


Lorsqu'on pénètre dans l'aile du Musée consacrée à l'exposition, les toiles de Roman Opalka sont situées de part et d'autre. Une impression de vide, d'austérité, de dépouillement se dégage de l'univers des nombres peints dans des subtiles nuances de gris sur des toiles à dominante blanche. Arrivé à l'entrée de l'auditorium, on se trouve face à une série de photos de l'artiste, traitées dans les mêmes tons blancs et gris que les tableaux. A ce moment, suivant la recommandation du Conservateur, Maurice Fréchuret, on se retourne et on revient sur ses pas. C'est alors une autre exposition qui apparaît, avec de chaque coté, des séries de photos portraits de l'artiste. Le contraste est d'autant plus grand avec les grandes toiles colorées de Marc Chagall qui réapparaissent lorsqu'on se retrouve au cœur du musée.

 

Depuis, 1965, Roman Opalka, armé d'un pinceau n°0, chargé de peinture noire, peint des nombres en progression sur des toiles blanches. En même temps, il les nomme à voix haute et les enregistre. A partir du nombre 1.000.000 en 1972, il ajoute à chaque nouvelle toile, un centième de blanc de plus dans la peinture des nombres, ce qui les fait tendre de plus en plus vers le blanc sur blanc.

 

Qu'est-ce qui fait que les expositions de Roman Opalka, toutes si semblables, dégagent une aussi forte impression à chaque fois ?

Devant les œuvres d'Opalka, on est mis en présence à la fois du mouvement, symbolisé par la progression des nombres et de la saisie d'une immobilité. Opalka écrit* qu'il « a condensé l'acte de peindre jusqu'à ne plus obtenir que la substance qu'il génère... »

Aucun artiste contemporain ne nous fait autant prendre conscience du temps qui passe.

 

Roman OpalkaCe qui frappe, c'est qu'on ne peut s'empêcher de penser que le but ultime correspondra inéluctablement à la mort de l'artiste. Loin de nous détourner de cette fin ultime, il nous entretien dans cette progression vers le blanc absolu, lorsqu'il décrit le « projet de vie » auquel il s'astreint quotidiennement. Ses auto portraits photographiques avec la même expression et la même chemise blanche renforcent son interrogation sur le temps et sur la mort. « Ceci afin de mémoriser une partie de mon changements physique et de son reflet psychique » écrit-il*.

 

par Christian Depardieu

Exposition jusqu'au 9 février 2009 www.musee-chagall.fr

cf : Olivier Vargin : Regards sur l'art polonais de 1945 à 2005, l'Harmattan 2008