FLATEURVILLE OU LE HANGAR DE MARCEL

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Village imaginaire et non moins réel né de la folie douce de l’artiste pluridisciplinaire Laurent Godard, Flateurville convoque chacun à la créativité. Déambuler dans ses espaces librement dessinés, c’est se laisser guider par l’enfance de l’art… Ou pas !

 

A l’origine de ce village entre rêve et réalité, Laurent Godard (pas « le fils de » !) voulait épater sa progéniture. Le voilà lancé dans un projet artistique un peu fou qui l’amènera de Paris à New-York en passant par Marrakech au sein d’espaces « réceptifs ». L’idée est de mettre en scène dans des lieux réhabilités une histoire écrite au fil du temps sur des parchemins ou divulguée à travers dessins, photos et vidéos.

Prenez par exemple le hangar de Marcel ouvert au public tous les jeudis moyennant la modique somme de 5 euros pour des soirées artistiques, culturelles et conviviales. L’ancienne imprimerie du Parisien qui l’accueille dans pas moins de 600 m² s’est transformée en un espace labyrinthique. On entre par la grande salle de jeux qui héberge toiles d’artistes invités ou en résidence, un open bar, du mobilier chiné, des objets insolites et hétéroclites ainsi que des vidéos. On poursuit la visite par une vraie chambre (avec salle de bains attenante) dont les murs sont tapissés de photos jaunies représentant les ancêtres – une histoire compte toujours des origines ! Et un « flatorama », sorte d’écran vidéo que l’on retrouve en plusieurs endroits. Vous êtes invité à prendre la guitare, vous reposer ou bien écrire sur les murs. Parce qu’ici, tout le monde a droit à sa part de rêve et peut participer à l’œuvre collective ! En attendant l’inspiration, on poursuit avec la pièce suivante où trônent les peintures grand format de l’artiste LG qui manie la technique du dripping façon Jackson Pollock. La suite est improbable : un espace grandiose, conçu comme un décor de cinéma en carton-pâte figurant plus ou moins une forêt vierge, un salon oriental et flanqué d’une belle scène pour accueillir concerts, happenings et autres fantaisies pour les habitants de Flateurville. Et oui, parce qu’ici, pour profiter des lieux et louer les espaces, mieux vaut avoir sa carte de membre proposée par les gentilles hôtesses ! Vous continuez la visite par le bureau des plaintes. Marqué par les westerns américains, LG ne retiendra finalement que la prison et le bureau du shérif. On y trouve installées de vieux tubes cathodiques sur lesquels défilent en boucle des courts-métrages surréalistes du Godard prime jeunesse qui capte celle de sa fille. La dernière salle est sensée vous plonger dans une séquence nostalgique : l’enfance des années 70. Tables d’écolier, jouets mécaniques, poufs invitant à la pause, dans un décor rose bonbon.

On sort du tour de manège, pour les uns ébahis, pour les autres un peu sceptiques Bien sûr, on adhère au concept de créer un lieu alternatif où l’expression artistique peut se déployer sans les conventions habituelles et les canons de représentation de l’art des institutions, on trouve ingénieux l’idée de faire vivre un lieu foutraque où tout un chacun peut à loisir investir un endroit hors du commun, prêt à accueillir ses intentions artistiques… Mais rapidement se pose la question ? Qui profite vraiment de cette invitation à jouer les artistes ? Qui finalement assiège les lieux si ce n’est son créateur bricoleur ? Bref, les intentions affichées et le très beau site internet ne suffisent pas à nous convaincre d’une réelle implication collective mais plutôt à y voir un prétexte à louer ce lieu ponctuellement pour pouvoir y vivre et diffuser son œuvre picturale, théâtrale et vidéaste que l’on est en droit de trouver sans consistance.

Hangar de Marcel : 24 cours des petites écuries Paris 10ème

http://www.flateurville.com/

Aurèle M.