1973 de Massimo Furlan

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Dans "N°10" Massimo Furlan rejoua, seul, la demi-finale du mondial de foot de 1982. Dans 1973, c'est au concours de l'Eurovision d'être revisité. Marc Augé, anthropologue, Bastien Gallet et Serge Margel se sont laissés embarquer dans le projet.

 

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« Je me souviens de cette soirée d’avril. C’était en 1973. Comme à chaque fois, ma sœur et moi attendions ce moment depuis des semaines. Enfin ça commençait et nous pouvions rêver. Comme nous, des millions de téléspectateurs avaient les yeux rivés sur l’écran de télévision. C’était la soirée la plus importante de l’année. C’était l’heure du concours Eurovision de la Chanson. Nous étions italiens nés en Suisse. Et dans ce concours bien sûr notre cœur battait pour le concurrent italien. Pourtant, ce soir-là, les choses se déroulèrent autrement : la prestation du concurrent suisse me stupéfia. Un jeune homme souriant, blond et grand, aux cheveux longs, chantait. Il était jeune, il semblait tellement à l’aise. Pourtant il était suisse. Il ne ressemblait pas aux gens que je croisais dans la petite ville d’Ecublens près de Lausanne. Il semblait heureux. » Il y a comme ça des objets inclassables, sans valeur esthétique que l’on aime, comme ces boules de verre où la neige tournoie quand on les retourne, qui sont là sur une étagère ou une table en complet décalage avec l’ensemble du décor. 1973 de Massimo Furlan, création Festival d’Avignon 2010, où se rencontrent fantômes de chanteurs de variétés des années 70, deux philosophes, un animateur de mariage fils de Umberto Tozzi, et un anthropologue est une étrange péripétie intellectuelle.

 

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Marc Augé, anthropologue, Bastien Gallet et Serge Margel se sont laissés embarquer dans le projet de Massimo Furlan de ressusciter le concours de l’Eurovision 1973. Une résurrection qui est en fait une transformation. Au delà du burlesque de la situation, la reproduction à l'identique autant que possible, c'est-à-dire au fond pas vraiment ... est une façon pour Massimo Furlan de se pencher sur l'histoire de la télévision et de croiser mémoire collective et culture populaire avec comme base de travail l’enregistrement du concours Eurovision de la chanson qui a eu lieu le 7 avril 1973, filmé et diffusé en direct par la radio télévision luxembourgeoise. 17 pays sont représentés : la Finlande, la Belgique, le Portugal, la Norvège, Monaco, l’Espagne, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Suisse, le Luxembourg, la Yougoslavie, l’Italie, la Suède, les Pays-Bas, l’Irlande, Israel.

IMAGE-MEMOIRE

« Le Concours Eurovision de la chanson (première édition à Lugano en 1956) était dans les années 1970 un des rares moments télévisés où l’on réunissait, à priori, ce que l’Europe faisait de mieux en matière de variété. Ce concours se conformait à un rituel de présentation immuable : un chanteur par pays était sélectionné afin d’interpréter une chanson, accompagné d’un orchestre. Les émissions de variété commençaient à peine à l’époque et il était rare de voir des chanteurs sur un plateau télévisé. On en était alors aux premiers balbutiements de ce qu’allait devenir par la suite la musique et la chanson à la télévision » indiquent Massimo Furlan, scénographe, et Claire de Ribaupierre, dramaturge.
« Le Concours Eurovision avait aussi cela de particulier dans le paysage télévisuel qu’il était international. Il était diffusé depuis le pays hôte, qui changeait chaque année, et chaque pays le retransmettait en direct. Il revêtait une certaine importance et un certain prestige pour les pays qui y participaient. L’information était traitée avec sérieux et révérence. C’était peut-être l’émission la plus suivie non seulement par les publics nationaux mais par le public européen. Bien qu’aujourd’hui ce concours disparaisse au milieu des cinquante émissions quotidiennes de variétés, qu’il ait perdu son sens peu à peu - car la télévision, la musique et la communication ont changé et qu’il ne lui reste plus que son côté pathétique (participer au concours actuellement est plutôt considéré comme un échec dans la carrière d’un musicien) - pour des générations comme la nôtre, il représente un souvenir mêlé d’émotion qui nous ramène à un temps précédent l’offre médiatique saturée d’aujourd’hui. Il y avait alors peu de télévision et chaque proposition nous semblait précieuse.
Le concours Eurovision ne s’est pas renouvelé dans son fonctionnement général. Pourtant, depuis quelques années, de nombreuses émissions s’en sont inspirées, en axant leur déroulement autour de la question du lauréat, du « winner ». Dans ces shows télévisés, la question de l’élimination et de l’élection d’un vainqueur est centrale ».

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« L’objet « 1973 » est un objet musical qui parle de la musique. Où en est la musique en 1973 ? Quelles sont les avant-gardes? Quel est le contexte musical des ces années 1970 en Europe et aux Etats-Unis ? Quelle esthétique, quels genres, quelle orchestration, quelles voix, quelle amplification ?.
Ce projet questionne donc une forme spécifique de la culture populaire – une manifestation télévisée qui s’adresse à une très large audience – et il ouvre par là des perspectives pour une discussion sur la culture de masse et ses spécificités. Il touche alors deux dimensions spécifiques : l’une est commerciale, elle concerne la musique comme marché économique, comme phénomène de globalisation, de standardisation, et l’autre est plus symbolique et émotionnelle : comment et pourquoi se réunit-on autour d’une telle manifestation, qui se présente comme une sorte de rituel ? Dans une perspective anthropologique, il s’agit d’essayer de comprendre ce que signifie se rassembler pour élire le meilleur. Cela nous rassure-t-il ? Cela crée-t-il de la communauté ? du lien ? On se trouve donc simultanément sur la voie de l’uniformisation d’un genre, la musique de variété internationale, et sur la survivance de caractéristiques locales » poursuivent le metteur en scène et la dramaturge.


« Mémoire historique et mémoire individuelle
Ce projet parle de la question de la mémoire et de l’oubli. Il fait ressurgir un événement que notre génération, née dans les années 1960-70, a conservé dans son souvenir. Il donne à repenser à ce que la télévision était alors. Il questionne donc à la fois une mémoire collective - celle d’un contexte précis, l’Europe dans les années Pop et ses formes de représentation (images, costumes, musique, chorégraphie) - et une mémoire plus individuelle - chacun pouvant replonger dans sa propre histoire à l’évocation de l’événement que représentait l’Eurovision ou raviver un souvenir précis à l’écoute d’une chanson en particulier. On sait combien la musique est un vecteur mémoriel important.
Avec ce travail on découvre qu’un processus s’enclenche, que la mémoire s’active, mais que, dans le même temps, c’est l’oubli qui surgit. On ne se souvient plus des concurrents, la plupart n’ayant pas marqué l’histoire de la chanson ! On a oublié le cérémonial télévisuel de l’époque, la lenteur de la manifestation, la sobriété et le sérieux de l’émission. Tout nous semble soudain lointain et effacé, brumeux ».

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RE-ENACTEMENT

« Le projet 1973 s’inscrit, comme d’autres projets de Massimo Furlan, dans la ligne de ce que l’on pourrait nommer selon le lexique anglo-saxon, le re-enactement ou le travail de reprise. Avec Numéro 10 ou avec Numéro 23, la performance est liée à un événement de l’histoire du football, à un match spécifique. Ici il est question de refaire une émission télévisuelle dans son entier, au plus juste. Il s’agit de rejouer une archive, de reprendre un événement de l’histoire, un concours de chanson, une soirée d’avril 1973. C’est un morceau de temps passé qui resurgit et qui propose un canevas, un scénario précis. Mais, bien entendu, la reprise n’est pas identique à l’original. Ce ne sont pas les mêmes acteurs, ce n’est pas la même époque, ce n’est pas le même contexte. Il est question d’un écart conséquent entre l’original et la copie ».

« Et cet écart questionne l’histoire de la télévision et l’histoire de la musique, il s’inscrit dans une histoire des représentations » concluent les créateurs. « Et surtout, l’événement premier, le concours eurovision, un événement télévisuel, devient, par le phénomène de la reprise, une comédie musicale : il change de forme, il acquiert un autre statut.
Dans ce projet « single player », c’est une sorte de course poursuite qui s’engage, le performer devant assumer plusieurs concurrents à lui seul et tenter de représenter au plus juste l’original. A chaque fois qu’il sort de scène, il enfile rapidement un nouveau costume, une nouvelle perruque, change de physionomie, cherche à interpréter la chanson le plus fidèlement possible.
Le projet se base sur le phénomène de l’incompétence. Comme on le sait, le moteur du burlesque est le plus souvent l’inaptitude. Le héros burlesque est celui qui ne sait pas et dont le « non-savoir » déclenche une série d’accidents, provoque le rire. L’incompétence, dans le cadre de ce projet, soulignera l’écart entre la première et la deuxième fois. Le résultat sera comique, mais non pas cynique. Il ne s’agit pas de mettre en scène une distance et une posture ironique vis-à-vis de l’événement Eurovision et de se moquer des participants de l’édition 1973. L’interprète, comme dans le burlesque d’ailleurs, incarne avec le plus de sincérité et d’authenticité possible son personnage. Le résultat est la vision et le souvenir de l’enfant sur un événement passé, lointain : et l’enfant ne connaît pas l’ironie, il ne maîtrise pas le cynisme. Il est dans la découverte, la curiosité. Tout l’étonne, tout l’atteint ».

Une sélection de Geneviève Chapdeville Philbert


 

ITV Massimo Furlan par Geneviève Chapdeville Philbert

 

1973 un projet de Massimo Furlan
création Festival Avignon 2010 -
Le Merlan scène nationale Marseille 11 et 12 mars 2011

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Débat avec Marc Augé Serge Margel et Bastien Gallet Marseille 12 mars 2011 (en 2 parties)

réalisation Geneviève Chapdeville Philbert

1ère partie


2e partie


 

Marc Augé, anthropologue

furlanMarc Augé est né le 2 septembre 1935. Il a présidé l’École des hautes études en sciences sociales de 1985 à 1995. Directeur de recherche à l’ORSTOM jusqu’en 1970, puis directeur d’études à l’EHESS, il a effectué de nombreuses missions en Afrique, principalement en Côte d’Ivoire et au Togo. Depuis le milieu des années 1980, il a diversifié ses champs d’observation, effectuant notamment plusieurs séjours en Amérique latine et essayant d’observer les réalités du monde contemporain dans son environnement le plus immédiat (Paris, la France).*

Bibliographie
Principales publications

1969 Le rivage alladian. Organisation et évolution des villages alladian, Paris, ORSTOM.

1975 Théorie des pouvoirs et idéologie. Étude de cas en Côte d’Ivoire, Paris, Hermann.

1977 Pouvoirs de vie, pouvoirs de mort.  Introduction à une anthropologie de la répression, Paris, Flammarion.

1979 Symbole, fonction, histoire. Les interrogations de l’anthropologie, Paris, Hachette.

1982 Génie du paganisme, Paris, Gallimard.

1994 Pour une anthropologie des mondes contemporains, Paris, Aubier.

2001 Les formes de l’oubli, Paris, Rivages.

2002 Journal de guerre, Paris, Galilée.


Bastien Gallet

furlanBastien Gallet est né à Paris en 1971 et y vit. Il a enseigné la philosophie à l’Université de Metz. Il est l’un des codirecteurs des éditions Musica Falsa (MF). Il a été de 1999 à 2004 producteur à France Culture (émissions Voix carrossable, Elektrophonie, Festivités, Le chantier) puis pensionnaire à la villa Médicis (section littérature). Après avoir dirigé le Festival Archipel, à Genève, il fut l’un des commissaires de l’exposition La force de l’art (2006, Grand Palais, Paris). Parmi ses publications, citons : Le boucher du prince Wen-houei (Éd. MF, 2002) ; des textes dans les deux volumes du collectif Fresh Theorie (Éditions Léo Scheer, 2005 & 2006) ; Anastylose.

 

 

BIbliographie


Marsyas : Fiction burlesque avec flux lactique, flûtiste, vaches révolutionnaires, métamorphoses, transsexualité, écorchement, histoire d’amour, église de village et assemblée de saints. Il s’agit d’un conte bizarre, excessif et drolatique : un homme se fait écorcher vif par celle qu’il aime, un troupeau de vaches fait la révolution, une fille et un garçon se métamorphosent et se rencontrent dans une église de village au milieu d’une assemblée de saints. Tout est parti du mythe de Marsyas, ce faune flûtiste écorché  (….)

Le boucher du prince Wen-houei : enquêtes sur les musiques électroniques : Ouvrage indisponible chez l’éditeur. Le héros de ce livre a plusieurs noms, il est DJ (en cabine), producteur (en studio), performeur, turntablist, toasteur, MC, remixeur, etc. Ces mots disent trop ou trop peu. Je leur ai préféré des figures. Celle du boucher que j’emprunte à Tchouang-tseu (la parabole qui donne son titre au livre), celle du forgeron que je trouve chez Deleuze et que je rattache à Empédocle, celle de l’arpenteur (de la musique pop et des zones sub- ou péri-urbaines, le club-maison (...)


SERGE MARGEL

furlanSerge Margel philosophe, chercheur au Fonds national suisse de la recherche scientifique est né à Genève en 1962. Maître assistant des archives Husserl de Louvain ainsi que Chargé de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales. , Il a publié, entre autres, "Le silence des prophètes. La falsification des Ecritures et le destin de la modernité", aux Editions Galilée, en 2006, et "La force des croyances. Les religions du Livre au seuil de la modernité", aux Editions Hermann, en 2009.

Commencer la présentation d'un philosophe en parlant du Football Club Etoile Carouge pourrait paraître saugrenu. Pourtant. De la même façon que Gilles Deleuze, dans son célèbre Abécédaire, répondait à la lettre T par «tennis», le Genevois Serge Margel répond à la question du «comment tout ceci a-t-il commencé?» par «football». Vêtu d'un blouson court et de bottes noirs, doté d'un air à la Jim Morrison, il s'explique d'une voix calme et attentive, et on sort de ses conversations avec la joie enfantine de celui qui a traversé avec aisance un monde parfois si obscur.
Dès l'âge de huit ans, Serge Margel joue au FC Puplinge. ……

lire la suite sur http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=442722

Bibliographie (extrait) :
*
Le Tombeau du dieu artisan. Sur Platon (Minuit, 1995).
*
Logique de la nature. Le fantôme, la technique et la mort (Galilée, 2000).
*
Destin et liberté (Galilée, 2002).
*
Corps et âmes. Descartes, du pouvoir des représentations aux fictions du dieu trompeur (Galilée, 2004).
*
Superstition. L"anthropologie du religieux en terre de chrétienté (Galilée, 2005).
*
Le Silence des prophètes (Galilée, 2006).
*
De l'imposture (Galilée, 2007).
*
Aliénation (Galilée, 2008).


Massimo Furlan

furlanNé le 8 octobre 1965 à Lausanne, de parents italiens, Massimo Furlan, après une formation à l’Ecole des Beaux-Arts de Lausanne (1984-1988), initie un cycle de travaux axés sur la thématique de la mémoire et de l’oubli. Il expose régulièrement depuis 1987. Il s’intéresse à la représentation scénique et collabore avec plusieurs compagnies de danse et de théâtre. En 2003, il fonde Numero 23 Prod, mettant l’accent sur la performance et l’installation. De là naîtront des projets tels que "Furlan Numero 23", "International Airport", "(Love story) Superman", "Palo Alto", "Numéro 10" et "Les filles et les garçons".

La démarche

Le fil conducteur des différents projets de Massimo Furlan est la biographie. Une histoire simple et banale, celle d’un enfant de parents italiens, né en Suisse, celle d’un adolescent comme un autre. Il n’y a aucune volonté de parler de soi pour soi, comme quelque chose de particulier. Les souvenirs évoqués sont ceux de tous, ceux d’une génération tout au moins, née dans le milieu des années 60. Le travail est centré sur la question de la mémoire. Les projets naissent d’une image-souvenir : la photographie d’un chanteur qui se trouvait dans la chambre de la sœur ("Je rêve/je tombe" et "Live me/Love me") ; les moments pendant lesquels, enfant, il jouait au football seul dans sa chambre en écoutant les matchs à la radio ("Furlan/ Numero 23" et "Numéro 10") ; ou bien quand, avant d’aller au lit, il était en pyjama avec un foulard autour du cou et qu’il s’imaginait être un Super héros ("(love story) Superman") ; ou encore, lorsque adolescent il tombait amoureux d’une fille et ne savait que lui dire ("Gran Canyon Solitude", "Les filles et les garçons"). Tout part toujours d’une anecdote, petite histoire vraie, constituée d’éléments simples. De l’anecdote, on passe au récit, à la construction de la fiction.

La suite sur : http://www.massimofurlan.com/presentation.php

One Shot ! "Numéro 10" Massimo FURLAN

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Massimo Furlan les projets  - video performarts réalisation Geneviève Chapdeville



 

Calendrier :


Eurovision 1973 - Nicole & Hugo - Baby, baby

http://www.youtube.com/watch?v=WIQSWoKbVvU&feature=related


Eurovision 1973 - Anne-Marie David - Tu te reconnaîtras

http://www.youtube.com/watch?v=ltkPaUBlXnQ&NR=1


Eurovision 1973 - United Kingdom - Cliff Richard - Power to all our friends

http://www.youtube.com/watch?v=UBz8IPX6ZsM&feature=related


france gall eurovision 1965

http://www.youtube.com/watch?v=-d2mnuhJahUInt