Garder une fenêtre ouverte

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Rencontre avec Frédéric Ballester,
Directeur des expositions de La Malmaison à Cannes

 

Alain Lestié : Après diverses expériences, en particulier aux musées de Marseille, puis comme galeriste à Cannes ou expert auprès de l’Europe et des tribunaux, vous dirigez depuis plusieurs années ce lieu bien particulier, à la fois par son caractère architectural, sa situation sur la Croisette et son insertion dans une ville où les arts plastiques n’ont jamais été une préoccupation essentielle.

 


Frédéric Ballester : Le lieu a manqué d’identité, avec un statut hésitant de la galerie municipale au centre d’art qu’il devient. Son adresse et la lisibilité qu’il fallait lui donner impliquaient l’ambition d’évènements majeurs, avec une volonté de s’écarter des voies trop coutumières des institutions existantes. S’il n’y a pas de ligne esthétique fixe, il y a néanmoins la volonté de défendre une certaine marginalité dans laquelle s’inscrit désormais la peinture et celle de poursuivre une idée de la modernité, telle que Les demoiselles d’Avignon de Picasso en inaugure la déconstruction ; maintenir une certaine idée de l’art, au-delà des concepts de circonstances qui le réduisent à une sociologie du moment.
Ce qui fait de La Malmaison un lieu désaxé et oblige à inventer des pratiques spécifiques comme travailler à partir de collections, choisir dans l’intimité du regard singulier d’un collectionneur. Ce fut le cas pour l’exposition des illustrations d’André Masson ; ce le sera à nouveau pour celle d’Arman ouverte depuis le 7 juillet 2006, avec un ensemble de pièces uniques, d’œuvres monumentales et de maquettes inédites. La présentation déborde des salles de la Croisette vers les pelouses du Grand Hôtel, mais aussi vers la médiathèque Ranguin qui montre une vingtaine de pièces et la villa Domergue où sont réunis les multiples. Il s’agit de proposer un point de vue spécifique, que se soit sur un travail très connu, ou sur une œuvre mal connue comme celle de Léonor Fini, il y a quelques années.



portrait Ballester


A.L :
Tout le long de la Côte, on assiste à un regain d’intérêt pour l’art et les structures se lancent ou se relancent pour élargir leurs offres ; dans un contexte peut-être moins favorable comment envisagez-vous l’évolution de la « Malmaison » ?
F.B. : La programmation, tout en poursuivant cette politique d’évènements majeurs, s’élargira vers une certaine contemporanéité, en particulier vers les domaines de la photographie et du papier. Une part du programme continuera par exemple à explorer les aspects majeurs mais méconnus du surréalisme, déliée des contraintes de l’actualité. La programmation reste souple pour saisir les opportunités et garder une fenêtre ouverte pour une rencontre exceptionnelle.
Mais l’avenir de La Malmaison passe aussi par l’important projet de créer un centre d’art occupant la totalité du bâtiment, permettant de déployer des expositions d’une envergure très supérieure, de montrer un fond, déjà fourni et dont les perspectives de développement, par donations et achats, s’annoncent prometteuses. Le maire soutient le projet, le cahier des charges est établi, reste à finaliser le tout dans des délais raisonnables…

Propos recueillis par Alain Lestié