ROMÉO ET JULIETTE NEW-LOOK

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Le marseillais Théâtre Gyptis présente cette saison Roméo et Juliette.
Françoise Chatôt, metteur en scène, situe le drame shakespearien sous l’occupation française entre be-bop et lamentos de Monteverdi.

 

roméo

« Je souhaitais depuis longtemps créer Roméo et Juliette, mais je ne savais pas pourquoi. Intimement » indique Françoise Chatôt dans ses notes de mise en scène. « Puis, je me souvins de la réponse que me fît mon père à ma question : Pourquoi t’es-tu marié si tôt ? C’était la fin de la guerre, me dit-il. On ne savait pas si on allait vivre ou mourir demain, il fallait vivre. » Ce souvenir lointain éclaira soudain toute la pièce et c’est ainsi que je décidai de la situer dans le contexte de la fin de la seconde guerre mondiale ». « Par ailleurs, relisant Vie et Destin de Vassili Grossman, je me rends compte que, durant cette bataille de Stalingrad – évidemment épouvantable -, les assiégés festoient au fond des caves, chantent, dansent, blaguent, philosophent et aiment avec une intensité manifestement exacerbée par l’imminence de la mort... Je souhaitais rendre cette alternance de beauté, de gaîté et d’amour fou avec ces moments de violence presque archaïques, une atmosphère de danger traversée de lumineuses accalmies, le sourire de deux amants transcendant toute angoisse, dans une nature de paradis omniprésente ».

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Des mots et une mise en scène finale qui résonnent particulièrement en ces moments actuels guerriers et de trouble international.

Apologie de la mort ? Non. Triomphe de la vie dans son incandescence.

Violence des temps ? Certes, mais celle-ci n’est-elle pas récurrente qui fait que « l’on doit vivre aujourd’hui comme si l’on devait mourir demain ? »

José Maria Alves, assistant d’Angelin Preljocaj et également interprète de Mercutio dans son ballet, a réglé les danses et combats auxquels se mêle (notamment) la musique de Monteverdi dans l’univers musical tressé par Alain Aubin au sein d’un décor dépouillé, mettant toutefois en œuvre une importante machinerie. Ainsi, le lit nuptial de Roméo et Juliette, suspendu comme peut l’être le temps à la fois irréel et limité des deux amoureux et qui atterrit lorsque l’heure sonne du départ nécessaire du jeune marié banni... Ou encore, le célèbre balcon sobrement symbolisé. « Tout ce qui appartient au plateau de théâtre lui-même doit être visible et participer à la mise en abîme » indique le scénographe Claude Lemaire. « La cheminée, les passerelles, le plafond technique, les projecteurs à vue, pas de frises, pas de pendillons pas de boîte noire et son confort tamisé de l’illusion mais le théâtre à l’état brut : le champ libre pour y dire la violence de l’amour ».


Geneviève Chapdeville Philbert

Roméo et Juliette de William Shakespeare, Théâtre Gyptis, Marseille, jusqu'au 2 avril 2011, mise en scène Françoise Chatôt


 

 

ITV Roméo et Juliette, Victoire Belezy et Guillaume Clausse

 

ITV Françoise Chatôt


 

Bande annonce du spectacle