Pagès le Magnifique

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Bernard Pagès au MAMAC de Nice

 

PagèsLes œuvres sont là. Indubitablement, elles imposent leur présence. Dans l’approche qu’elle a donnée pour le catalogueiii, Nicole Caligaris en parle comme « des mouvements dans un corps fixe » et ajoute « qu’elles appellent le mouvement de mon corps entier »… Présence et appel au corps à corps : deux conditions d’une rencontre très physique. Et il en est bien ainsi : les œuvres de Bernard Pagès invitent le spectateur à entrer, s’il le désire, dans le jeu qu’elles proposent, dans le rapport particulier qu’elles entretiennent avec l’espace où elles sont placées ; elles l’accueillent, sans aller le chercher ; elles s’imposent dans leur espace, mais ne s’imposent pas à lui. Que le passant soit indifférent, s’il le peut, elles n’en seront pas moins présentes. Indubitablement.

 

L’œuvre est là. Elle nous invite à faire remonter tout ce qui, enfoui sous nos pieds, se met en mouvement dans l’instant des rencontres. Une invite à l’invention.

Autant que cette présence, ce qui frappe dans l’œuvre de Pagès, depuis les années 60, c’est le foisonnement formel. Objets de toutes tailles, variables par leur position, leur volume, par leur prise d’espace comme par leur positionnement et la façon de se présenter et de se développer. Ils suggèrent force et liberté de création. Le foisonnement des formes doit peu aux effets de ressemblance ou aux lignes et formes géométriques ; il est pourtant rempli d’échos de ce qui nous structure, nous organise et nous tient. Les formes de Pagès semblent ne pas devoir leur apparence à quelque chose d’extérieur à elles, elles poussent, bourgeonnent, fleurissent, s’étendent pour des raisons et des motifs et selon des processus qui semblent ne dépendre que d’elles, de leur économie propre, de leur métabolisme. Les œuvres de Pagès présentent un caractère organique auquel, tout comme Nicole Caligaris, Yves Ravey est sensible dans son approcheiv. Ce caractère produit un effet de présence, l’impression que ces formes sont à la fois nécessaires et improbables… vivantes.

A la variété des formes fait écho celle des matériaux. Cependant, les éléments qui entrent dans la composition des œuvres ne sont pas choisis d’abord pour leur aspect, leur forme, leur histoire, ou les anecdotes qu’ils véhiculeraient. Le choix premier de Pagès, c’est de mettre ensemble du disparate ; il se saisit de ce qui est à sa main, à notre main, à notre portée : le bois, de toutes qualités et sous toutes ses formes, brut, à peine équarri, usiné, poncé, poli, avec une prédilection pour les variétés méditerranéennes, les mortiers de toutes qualités, colorés ou non, les bétons présentant tous les agglomérats possibles, incorporant la brique et la pierre, les granulats, le métal et d’abord tel qu’on le rencontre dans le bâtiment et les travaux public, dans le béton armé, mais aussi IPN, tiges diverses, fils de fer, clous, boites et bidons… D’autres matériaux peuvent ou ont pu apparaître, plus rarement. Et c’est cette variété matériologique qui, en grande partie, donne leur richesse formelle aux œuvres de Bernard Pagès.

par Raphaël Monticelli