45ème édition du Midem...

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Rendez-vous annuel des représentants les plus divers de l'industrie musicale, le Midem se présente à la fois comme un lieu d'activités mercantiles où se décide par la signature de nombreux contrats la distribution musicale mondiale, mais aussi comme un espace d'information et de réflexion (conférences et débats) autour des nouvelles perspectives qu'offre le marché de la musique. Parallèlement, des concerts ou plutôt show-cases sont organisés afin d'assurer la promotion de musiciens ou labels auprès de ces professionnels venus du monde entier.

 

Lors de cette édition 2011, cet aspect plus ou moins artistique semblait en retrait avec une diminution des concerts, notamment ceux ouverts au public. Certains jeunes groupes (souvent les plus intéressants car non formatés pour l'instant par les maisons de disques) se sont produits dans des conditions pas toujours valorisantes, certes au cœur du marché, pendant la journée (opération Scene Fringe) mais du même coup, devant un public très restreint (souvent une dizaine de personnes dont les collaborateurs proches) avec quelquefois les applaudissements destinés non à l'artiste mais au conférencier du stand Networking tout proche... Ces groupes se produisaient toutefois dans trois bars branchés Cannois durant la soirée, dans une ambiance plus chaleureuse.

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Les autres concerts se déroulaient à l'hôtel Martinez ou dans le night club du palais, présentant des musiques gravitant autour de la variété, de la pop, du rock et de l'électro. Les styles les moins « vendeurs » tels que la musique classique et le jazz ont presque déserté les scènes du Midem, alors qu'habituellement, une place assez conséquente leur était accordée, lors de plusieurs grandes soirées. Cela s'expliquerait, en partie, par le désengagement financier d'organismes partenaires de la filière musicale tels que la SACEM ; ceux-ci ont en effet préféré soutenir les soirées French Vibes dédiées aux artistes de la pop et du rock français « au fort potentiel à l'export» comme l'a souligné, lors de la présentation de cette édition, Luc Charles, nouveau directeur artistique...

Nous avons tout de même assisté aux deux uniques concerts de jazz de cette édition. À eux deux réunis, ils n'excédaient pas une heure ! Au programme, le Brésil : tout d'abord, Gisbranco, duo féminin réunissant deux pianos et deux voix dont la musique, assez éloignée du jazz (pas vraiment d'improvisation nous a-t-il semblé), s'apparentait à du Richard Clayderman vaguement jazzy, avec de surcroit, des voix féminines édulcorées... Quoi qu'il en soit une musique peu inspirée, ce qui produisit un incessant va et vient de la part du public qui n'est pas si dupe... La deuxième proposition dénotait un peu plus de crédibilité grâce à un quintet mené brillamment par le pianiste Hamleto Stamato. Avec un répertoire constitué de compositions originales aux influences brésiliennes, cette formation distillait un jazz de facture traditionnelle doté cependant d'une énergie assez captivante.

cannes

Côté classique, la soirée intitulée Classical Night se démarquait des évènements programmés lors des éditions précédentes où nous avions pu apprécier de prestigieux interprètes aussi bien que de jeunes talents, proposant des programmes d'une grande diversité. Cette année, tout se résumait en un concert d'un peu moins d'une heure de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, dirigé par Yakov Kreizberg. L'absence de maître de cérémonie rendit la soirée un peu terne et confuse (aucune indications sur les œuvres jouées, aucun programme distribué et une erreur d'horaire inscrite sur les billets). Le chef russe avait en fait choisi de nous faire découvrir des œuvres peu connues : tout d'abord l'Ouverture Carnaval d'Antonin Dvorak, une pièce courte marquée par les couleurs d'un imaginaire folklorique d'Europe de l'Est ; entrainante et solaire, celle-ci contrastait avec l'œuvre proposée ensuite, romantique et plus intimiste : la Sérénade n°1 de Johannes Brahms. Cette œuvre de jeunesse du compositeur allemand se déroulait en six mouvements mettant à jour un lyrisme particulièrement affuté. La présence de cet orchestre au Midem visait également à promouvoir son propre label (OPMC CLASSICS) dont la création s'inscrit dans le programme artistique spécifique mené par Yakov Kreizberg depuis 2008 (plus de détails dans un prochain article dédié à l'OPMC).

Saul William

Mais l'intérêt de ce Midem résida essentiellement dans la (re)découverte de Saul Williams, qui se produisait dans le cadre de la seconde soirée Midem Talent. On connaissait déjà cet artiste pour l'incarnation du personnage principal du film Slam de Marc Levin (Caméra d'or 1998). Certains se souviennent aussi de son intervention cinglante programmée en 2006 à Jazz à la Vilette dans le cadre de la thématique Black Rebels. Son art hybride libère une poésie engagée, portée par un hip hop que l'on pourrait qualifier de baroque, mais aussi par un rock électro audacieux. La présence du slameur au Midem accompagnait la promotion de la sortie prochaine d'un album intitulé Volcanic Sunlight, titre évoquant avec justesse l'esprit qui habite la musique de Saul Williams : une rage salutaire, alliée à un flux poétique dont la ferveur et la lumière se révèlent particulièrement pénétrantes. L'engagement artistique de Saul Williams détonnait face à la musique poprock un peu lisse proposée précédemment sur cette scène du Martinez. On espère que les programmateurs présents dans la salle auront saisi toute la force et la profondeur de cet artiste et n'hésiteront pas à le proposer dans leur lieu de diffusion...

Quoi qu'il en soit, ce concert nous permit de terminer cette manifestation dans de bonnes dispositions... La prochaine édition du Midem se tiendra du 29 janvier au 1er février 2012.

Géraldine Martin