Big Bang

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Destruction et Création dans l'art du 20ème siècle

 

L'exposition « Big Bang », qui se tient au Centre Pompidou est voulue particulièrement différente de celles que nous avons l'habitude de prendre en considération. Bruno Racine, le président du Centre Pompidou affirme que « dans cette exposition une vision thématique remplace la présentation se fondant sur la chronologie et sur la division entre les disciplines différentes » (arts plastiques, architecture, design, photographie, cinéma, médias nouveaux).

 

L'exposition offre une approche dynamique à l'art du 20ème siècle jusqu'à nos jours, tout en suivant, non pas l'idée didactique de l'Histoire de l'Art, mais le projet de mettre en évidence l'idée fondamentale de "la destruction créatrice" en tant que moteur de la création.


big bang


L’expo Dada, qui a lieu à l'étage supérieur du même Musée, a certainement poussé les organisateurs de Big Bang vers une expérience nouvelle de l'accrochage de la collection, propriété de l'institution même. Salle après salle, on étale de manière tout à fait inédite, un grand nombre de thématiques diverses, telles que: la défiguration, le chaos, l’espace géométrique, le monochrome, le conceptualisme, la transparence, l’aléatoire, le miroir/l’entropie, le primitivisme/l’archaïsme, le sexe, la guerre, la subversion, la mélancolie, etc. L'exposition s’essaie donc à une relecture attentive de la culture en sa totalité afin de valoriser l'importance qu'a, en ce moment, l'idée de la création liée à la puissance d'une autre force, celle de la destruction.

L'idée de la création a été imposée au sein de la société comme le caractère le plus opérant qui mettant en lumière l'intelligence humaine.

Catherine Grenier, commissaire général de l'exposition, affirme dans son texte que la créativité, à la base du développement de l'individu, est une invention moderne surtout liée à la désaffection de la tradition. En effet la création, comme expression de la créativité, s'oppose aux valeurs anciennes qui réglaient la société entière, telles que les normes, les règles, la tradition et souligne comment l'innovation et l'imagination avaient peu d'incidence sur les systèmes sociaux du passé. La psychanalyse et les sciences humaines ont ensuite accompagné cette transformation au point de favoriser une vraie mutation anthropologique de la collectivité, où la créativité doit être soutenue et maintenue active en permanence, comme principe refondateur de la société. Mais ce sont surtout les artistes croyant en l'idée de "destruction" comme élément vital capable d'alimenter la créativité, qui vont soutenir que la création n’existe pas sans destruction. "L'artiste détruit pour créer, mais à l'inverse, on peut dire aussi qu'il crée pour détruire".

En 1913 Marcel Duchamp avec son œuvre "3 stoppages-étalon" fait tomber au sol des fils d'un mètre de long, qui se déforment dans leur chute. Il n'hésite pas là à défier le système métrique, en créant une figure nouvelle de l'unité de longueur. Cette sculpture aléatoire, fruit du hasard et d'un geste absurde de l'artiste, devient un acte subversif que toute la génération en révolte des années 60 va suivre attentivement, attaquant en même temps directement l'objet de leur propre travaux : le tableau. C'est donc pendant cette période que les premiers Happenings se présentent comme des procès spectaculaires, parfois violents, comme une mise en scène d'un event à compartiments, où le public est invité par l’artiste à participer directement. L'indétermination, l'interdisciplinarité, l’event sont les catégories qui marquent le plus la production dans l'art de ces années. La notion même de sculpture et toutes ses techniques habituelles liées aux matériaux nobles et durs se trouve bouleversée par le choix de matériaux inédits et fragiles comme: le papier, les tissus, la poudre, le sable, les liquides, le plâtre, etc. Ces matériaux malléables et souples ont donné aux artistes une possibilité de créer des silhouettes mobiles, transformables et remplaçables à volonté. Les Avant-gardes ont sans doute contribué à construire des nouvelles formes d'art, mais elles ont aussi soutenu un "travail destructif" décisif et important. Ce processus a offert l'occasion de créer une telle quantité d'idées et de procédés dans la création artistique et dans la culture en général, qu'il a fait du 20ème siècle l'une des plus grandes périodes d’innovation linguistique et d’imagination créatrice. L'exposition "Big Bang, destruction et création dans l'art du 20ème siècle" a le mérite de produire un catalogue qui reconnaît mieux les problèmes de cette période, pose des questions incisives et profondes à propos de la valeur de l'Art, de l'Architecture, du Design dans leur fonction opérante du milieu social et politique.

par Enrico Pedrini

Juin 2005