Paolo Bosi : l’Arte Scevra

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Paolo Bosi est un sculpteur singulier. Il prête une attention particulière aux objets sans importance, qui n’imposent pas leur présence, aux petites choses sans prix, sans connotation de valeur. Des petits riens comme ce petit fil de fer rouillé trouvé par terre, juste un peu façonné par des mains humaines.

Un bout de fer qui a eu son utilité un jour. Il a été fabriqué – a donc été l’objet de préoccupation d’une conscience humaine pendant quelques minutes ou quelques heures avant de perdre son utilité. Il a ensuite été abandonné puis perdu sur un chemin, n’intéressant personne… à part l’artiste qui le trouve, s’en émeut, l’accroche sur son mur et décide de le magnifier par une sculpture 200 fois plus grande. Une œuvre d’art, qui sera exposée - dans un musée peut-être. Destin extraordinaire de ce bout de fil de fer abandonné qui se retrouve  « objet d’Art » par la grâce du regard curieux d’un artiste qui sait que tout est beau dès lors qu’on veuille bien l’aimer.

 

Bosi

« Laisser sortir l’objet de la chose »

Travaillant sur des choses aussi simples que l’intérieur et l’extérieur, Paolo Bosi creuse un bois brut pour créer des vides, des espaces intérieurs plus intimes. Des cavités qui jouent comme des pièges à regard, des trappes à vision.

Ces vides intérieurs renvoient à l’intimité de l’enfant dans le ventre de sa mère, - la Maternité -, un thème récurrent avec celui de l’Ange qu’on reconnaît à ses grandes ailes d’oiseau qu’il couvre d’écailles comme celles d’un poisson préhistorique. Des représentations souvent masquées, illisibles mais toujours présentes.

Ses sculptures taillées dans le bois brut présentent un aspect rugueux, dérangeant, où souvent la matière s’agresse elle-même, tels ces pieux grossièrement taillés plantés dans des billots du même bois évoquant la représentation simplifiée de mines, comme dans le Super Mario de ses jeux d’enfance.

Bosi

La terre s’est ensuite intégrée à son travail au plein sens du mot. Les maquettes en terre qui préparaient ses sculptures ont probablement leur part dans ce glissement de matières.

La terre s’introduit dans les interstices, dans ce jeu entre intérieur et extérieur où la lumière joue le rôle principal. Un besoin de remplir en partie les espaces dégagés, de retourner l’ordre des choses (l’arbre est planté dans la terre, ici la terre pénètre l’arbre).

La terre s’encastre dans le bois, agissant comme élément de protection ou système de blocage, comme si ses billots pouvaient se retourner ou bouger.

Récemment, un autre élément s’est rajouté : une poignée, un manche, qui renvoie au geste primordial de prendre. Nous offrant le moyen évident de se saisir de l’objet, il crée de fait la tentation de l’empoigner, de le maîtriser. Dans ces sculptures en bois brut qui font penser à des vieux outils agricoles, la terre s’impose au bois, se montre plus forte que lui.

Bosi

Depuis plus de vingt ans, le sculpteur considère que chacune de ses œuvres constitue une étape, un passage. Il s’agit toujours d’évacuer des anciennes choses pour trouver une nouvelle liberté débarrassée des systèmes, des choses apprises dans la vie ou à l’école.

Aller toujours un peu plus loin pour trouver la cohérence qui donne à l’œuvre sa solidité et délivrer un message concentré, comme ses mines, prêtes d’exploser.

Alain Amiel