Jean Genet aurait 100 ans cette année…

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Délicatesse de souvenir d’un ami, devoir de mémoire.

Antoine Bourseiller, qui a bien connu Jean Genet, a mis en scène au Théâtre National de Nice en 2004, Le Bagne, pièce commencée en 1958 et restée inachevée. Il présente en cette année anniversaire de sa naissance, une adaptation théâtrale de son premier roman Notre-Dame-des-Fleurs.

 

La personnalité de Genet interpelle, la beauté de son écriture fascine. Tout au long de l’année, colloques, ouvrages, radios, ont consacré de belles heures de rencontres et de souvenirs à Jean Genet, et présenté des analyses de son œuvre. Tahar Ben Jelloun, vient de publier Jean Genet, menteur sublime. On parle plus de l’homme actuellement, qu’on ne joue ses œuvres. Toutefois la chorégraphie, Funambule, de Angelin Preljocaj sera reprise en mai 2011, et un hommage lui a été rendu à L’Odéon. Un grand portrait de Genet sur la façade du théâtre réalisé par Ernest-Pignon-Ernest annonçait le spectacle, Le condamné à mort, dit par Jeanne Moreau et chanté par Etienne Daho au cours de deux soirées. Spectacle suivi de l’enregistrement d’un CD Radical Pop Music/Naïve. Ce poème d’une grande musicalité, première œuvre écrite à Fresnes en 1942, à la mémoire d’un jeune détenu, exécuté pour avoir tué son amant, précède l’écriture du roman Notre- Dame- des-Fleurs. Et bel enchaînement le TNN a fêté lui aussi pendant quatre jours, Jean Genet, avec la création mondiale de Notre-Dame-des-Fleurs dans l’adaptation théâtrale d’Antoine Bourseiller. Le metteur en scène rappela avant le spectacle, les liens de Jean Genet avec Nice où il travailla dans une maison de transports. De là il entama son premier grand voyage à pied, partant par l’Italie, l’Europe centrale, la frontière russe, l’Allemagne… Et c’est par Marseille que le spectacle commencera sa tournée au Théâtre du Gymnase le 7 au 9 avril 2011.

Divine et Notre-Dame-des-Fleurs au firmament

Ce premier roman écrit en prison à Fresnes, bouleversa la littérature française, par son sujet, son phrasé et l’univers qu’il révélât. Sur scène on découvre les années 40 à Pigalle et Montmartre, l’histoire d’un jeune assassin d’une grande beauté, ses amours homosexuels avec des travestis, avec Divine. Le spectacle est axé sur Lou, garçon de la campagne, qui devient Divine, splendide travesti parisien, ses amours avec Mignon, et avec ce jeune assassin, Notre -Dame -des –Fleurs. Antoine Bourseiller les mène au firmament. L’esprit de Genet est là, son monde fantasmé en prison, son goût pour le travestissement, et sa dimension mystique. La représentation théâtrale est une féerie où s’exprime la poésie du texte, la vie chaotique de Genet. Elle donne vie à ses personnages imaginés et rêvés depuis son lieu de réclusion. Les comédiens sont tous excellents, papillons lumineux ou sombres. Citons Baptiste Amann qui incarne avec justesse et recul Jean Genet, Benjamin Tholozan, sensible et inoubliable Divine et Lou ; Guillaume Fafiotte, si juste en Notre-Dame-des-Fleurs, jeune condamné à mort, Yoann Parize, dans le rôle de Mignon, voleur et caïd des nuits à Pigalle et amoureux de Divine, et aussi Marcel Mankita, Ivan Corl, Julien Urrutia, Jacqueline Scalabrini.

L’hommage qui est rendu à Genet nous rappelle combien son écriture est belle, son imaginaire foisonnant et comme il se prête à la scène. C’est aussi une invitation à le lire et le relire.

Brigitte Chéry