Succès en série à l’Opéra de Marseille !

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Rarement donné, l’Andréa Chénier d’Umberto Giordano n’a malheureusement pas attiré les foules dans la salle phocéenne ! Confiée à Claire Servais, cette production monégasque est d’une rare élégance, mettant en lumières ces temps révolutionnaires et l’aube de temps nouveaux. Dans cette fresque historique, d’une intensité bouleversante, les beaux et sombres décors de Dominique Pichou, mais aussi les sublimes costumes de Christian Gasc font ressortir ce drame humain et des sentiments qui s'exacerbent autour de l’Amour.

 

 

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Claire Servais signe une mise en scène sobre et intelligente, utilisant le livret de Luigi Illica, proche de la réalité historique. Comme souvent dans les opéras véristes, Andréa Chénier joue sur l’émotion qui conduit aux larmes. Les passions s'y expriment au premier degré, sur une toile de fond la plus réaliste et historique possible : la terreur. La direction scénique trouve véritablement sa plénitude dans la seconde partie de l’ouvrage.

Dans la fosse, on est touché par la justesse d’approche du maestro Fabrizio Maria Carminati, récemment nommé comme premier chef invité de l’Opéra de Marseille. Il parvient à équilibrer les masses orchestrales et offre de belles couleurs à cette partition passionnante. Il permet aux chœurs de se révéler excellents et se montre attentif à une équipe équilibrée de comprimari.

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Pour les voix, on a connu un Zoran Todorovitch plus en forme ! Il était souffrant, ce qui n'est pas l'idéal pour interpréter ce rôle particulièrement difficile et éprouvant vocalement pour un ténor. Il incarne cependant un André Chenier de belle tenue scénique, précis vocalement bien qu'il lui manque une certaine énergie vocale.

On retiendra le Gérard de Marco di Felice dont la voix puissamment timbrée contribue à un supplément d’âme. Il est un Gérard inoubliable avec une force d’expression rare. Irène Cerboncini est une Madeleine de Coigny sans reproche. Elle offre une Mamma Morta d’une forte intensité dramatique et apporte une indéniable vérité à son personnage tiraillé par les différents évènements qu’elle subit.

Varduhi Abrahamyan offre sa belle voix de mezzo-soprano à la valeureuse Bersi.

Tous les seconds rôles : Eugénie Grünewald, André Heyboer, Partick Delacour, Rémy Corazza se révèlent exemplaires. Quelle belle cohésion entre la fosse et le plateau !

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De Giordano à Mascagni et Leoncavallo il n’y a qu’un pas. La production de Jean-Claude Auvray de Cavalleria Rusticana et d’I Pagliacci des Chorégies d’Orange retrouvait la salle phocéenne pour cinq représentations où il était difficile de trouver une place. Ces deux opéras des compositeurs Mascagni et Leoncavallo dressent deux portraits de la passion amoureuse et tragique, dominée par la jalousie, aux accents d’un vérisme outrancier.

Si les costumes de Rosalie Varda sont forts colorés dans l’ouvrage de Leoncavallo, ils se déclinent en noir, blanc et gris chez Mascagni.

Jean-claude Auvray signe une mise en scène puissante et sobre de Cavalleria Rusticana avec une touche réaliste. Il s’appuie sur les beaux décors de Bernard Arnould remarquablement mis en lumières par Laurent Castaingt.

Sous la baguette de Fabrizio Maria Carminati, l’orchestre offre de belles couleurs aux deux partitions. Il obtient un équilibre parfait entre fosse et orchestre. On peut se réjouir de cette nomination pour l’avenir de cette précieuse formation musicale. Sur scène, Beatrice Uria-Monzon est une magnifique Santuzza. Ses graves profonds contribuent à merveille à la dimension tragique du personnage. L’artiste française irradie la scène. Elle est jalouse à souhait !

À ses côtés, on a plaisir à retrouver Luca Lombardo, trop rarement distribué à Marseille qui est un Turriddu viril d’une belle santé vocale. Il y apporte une souplesse vocale expressive, devenue rare de nos jours. Il forme à la scène un couple idéal avec Béatrice Uria-Monzon. Aujourd’hui dans la plénitude de ses moyens vocaux, on le retrouvera à l'opéra de Tours dans Faust en avril puis dans Gabriele Adorno de Simon Boccanegra en mai.

Carlos Almaguer est quant à lui un Alfio exemplaire.

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La frivole Lola de Patricia Fernandez possède des intonations délicieusement aguicheuses. C’est un plaisir de retrouver l’immense Viorica Cortez dans une Mamma Lucia très présente.

On l’aura compris, on tient là une représentation de l’ouvrage de Mascagni qui entrera dans l’histoire de la scène phocéenne. L’accueil triomphal du public en témoigne.

On pensait avoir tout entendu mais il fallait aussi compter sur l’extraordinaire ténor russe Vladimir Galouzine qui nous offre le plus beau clown cocu Paillasse que l’on puisse voir de nos jours. On songe à l’incarnation du regretté ténor italien Mario Del Monaco...

Chez Galouzine, la montée de bestialité se fait sans hurlements, mais avec une augmentation insensible de la puissance d’émission. Longtemps on se souviendra de son déchirant Vesti la giubba qu’il bisse généreusement devant une salle en liesse lors de la dernière représentation. Rarement on aura entendu un cri plus déchirant !

Le Tonio vipérin de Carlos Almaguer se hausse au niveau de Paillasse. Natalyia Tymchenko s’identifie à Nedda avec aisance. Etienne Dupuy et Stanislas de Barbeyrac se révèlent excellents respectivement en Silvio et Beppe.

On se souviendra aussi de la mise en scène d’une redoutable efficacité de Jean-Claude Auvray dans un cadre fellinien évoquant le film la Strada. Ces déchirements véristes continueront à faire vibrer le cœur des marseillais…

On se souviendra aussi de la remise de la légion d’honneur à Renée Auphan par le Maire de Marseille Jean-Claude Gaudin dont l’attachement à la Culture et son Opéra n’est plus à démontrer. Ce fût un moment rare d’émotion. Les mots choisis par le chef d’orchestre Jean-claude Casadesus pour relater le parcours de Renée Auphan résonneront longtemps dans nos mémoires. Souhaitons à son assistant Maurice Xiberras, devenu directeur de l’Opéra de Marseille un avenir aussi lumineux !

Il semble que ce phare lyrique méditerranéen soit entre de bonnes mains. L’ère Xiberras commence sous les meilleurs auspices…

Sergio Alexandre

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