Matisse et Derain

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Deux expositions : Matisse et Derain, un été fauve et Matisse et ses amisMatisse et Derain, Derain et Matisse, durant l’été 1905 à Collioure… D’emblée le spectateur se positionne dans une lecture quasiment mythique de l’histoire de l’art, plongeant dans une référence incontournable de la naissance de l’esthétique fauve, de l’éclatante lumière méditerranéenne et de cette très productive rencontre entre les deux artistes.

Presque un scénario rêvé de tourisme culturel mais à exactement un siècle de distance, 1905-2005, centenaire oblige, on ne peut que constater certains positionnements qui nous questionnent. Tout d’abord le déséquilibre qui agit dès l’intitulé par un classement orthographique inversé, avec la prééminence de Matisse (1869-1954) par rapport à Derain (1880-1954). Sans aucun doute, la longue dérive de Derain vers le retour à l’ordre fonctionne comme un contrepoint à la lumineuse pertinence de Matisse qui lui, navigue d’un pointillisme de jeunesse en 1904 aux gouaches découpées de la fin de sa vie, donc à la couleur pure, réponse personnelle à une abstraction jugée trop simple. La complicité réelle entre les deux créateurs, qui se déroule sur seulement deux mois, trouve son point d’orgue dans les deux portraits croisés où chacun met en scène son alter ego, tout en essayant de confirmer la virtuosité fauve de sa palette. L’exposition se propose également de mettre en lumière les autres séjours de Matisse à Collioure en 1906, 1907, 1911 et 1914. La tentative de rendre compte du lien existant entre les paysages et leur représentation au travers de photographies est intéressante mais risque de nous faire glisser vers un certain comparatisme naturaliste. Deux cent quarante-deux œuvres (peintures, dessins et aquarelles) permettent de se faire une idée de l’explosion plastique libératrice qu’a représenté cet épisode fauve, entre l’aîné Henri et le cadet André au travers de cette co-production inédite entre les Musées Départementaux de Céret et du Cateau-Cambrésis. L’éblouissement demeure formulé par l’extrapolation de cet espace presque blanc du port de Collioure où règne en maître l’essence même de la couleur, son possible toujours recommencé.

 

par Christian Skimao

Janvier 2006