MONACO DANCE FORUM ET LES BALLETS DE MONTE CARLO

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Monaco Dance Forum et les Ballets de Monte-Carlo reviennent durant les fêtes de fin d’année en proposant, sur scène au Gimaldi Forum, Le Sacre du Printemps et Café Müller pièce majeure de Pina Bausch par le Tanztheater Wuppertal, pour un hommage exceptionnel à la grande chorégraphe allemande disparue l’an dernier. La Compagnie des Ballets de Monte Carlo interprétera La Belle, une chorégraphie de Jean-Christophe Maillot qui permettra de retrouver les personnages mythiques des Contes de Perrault. Des soirées magiques à venir !*

 


 

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L’hommage rendu aux Ballets Russes par le Monaco Dance Forum et les Ballets de Monte-Carlo s’est achevé cet été sur une sélection de spectacles exceptionnels dont certains nous ont particulièrement enthousiasmé.

 

monacoIl fallait un lieu clos et spacieux pour présenter La danse des sapeurs-pompiers de Krisztina de Châtel. Sur une fiévreuse musique de Rossini, tous les thèmes concernant l’incendie sont abordés dans une dissertation chorégraphique qui rappelle qu’une passion unit les pompiers et le feu. Intégrés dans le ballet, les pompiers monégasques y participent en prenant le risque de l’urgence d’une intervention. Danseuses et danseurs se transforment en flammes qui les courtisent et les séduisent en les enlaçant dans une ardente histoire passionnelle : les feux de l’amour, dit-on. Peu à peu les flammèches s’éloignent pour un ballet de voitures de pompiers avec ou sans échelle. Le tuyau devient prétexte à des mouvements langoureux ou saccadés, alors que la montée de la grande échelle se fait dans un ralenti tout cinématographique. Parfois des exploits acrobatiques relèvent du cirque ou d’une réelle corrida avec d’évidentes références à la tauromachie, toujours avec beaucoup d’humour : pimpon, pimpon… En enfer, les pompiers sont harcelés par les flammes qui les lèchent, les entourent, les enlacent. Ambiance incendiaire garantie !

- « Ils ont mis le feu ! » se dit le public enthousiaste.

Alonzo King chorégraphe au nom royal a créé Writing Ground, un ballet qui illustre un texte poétique de l’écrivain Colum McCann. La formidable énergie de chaque mouvement des danseurs des Ballets de Monte-Carlo magnifie les mots de l’auteur. La sublime Bernice Coppieters dérive de l’un à l’autre avec grâce pour ce « cérémonial » sacré, soutenu par des chants rituels de toutes les religions.

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Avec Last Touch First, Jiri Kylian et Michael Schumacher nous ont offert le spectacle le plus étonnant et novateur, où toute l’énergie s’installe crescendo dans la façon épurée de jouer entre équilibre et déséquilibre. D’abord un leitmotiv en mode mineur, lancinant, répétitif, puis la musique, de plus en plus conceptuelle, s’intensifie, se dramatise avec d’obscurs chuchotements. Dans un décor tout en nostalgie comme d’anciennes cartes postales, des couples se forment entre caresses et regards. Au début, ils ont des gestes infimes, ralentis, avec toujours des ponctuations de mouvements isolés plus rapides et une agressivité qui met en alerte. Arrive un drame fait de rien, de solitude peut-être. Les mouvements s’accélèrent, s’emmêlent, se transforment en une bagarre non détectée qui trouble les éléments du décor suggestif (un lupanar ?), mais jamais vulgaire.

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En repoussant très loin les limites de la danse avec des gestes qui paraissent dictés par la folie, Emio Greco et Pieter C. Scholten ont présenté en première mondiale Para/diso, d’après Dante. Seuls auraient accès au paradis les innocents, les simples d’esprit, les autistes enfermés dans leur monde intérieur. Le chorégraphe retrouve ici le sens littéral du mot « chorée », maladie nerveuse faite de mouvements incontrôlés. Dans une lumière céleste et un camaïeu de rideaux gris, les danseurs prennent des allures de guingois, des démarches de travers, jusqu’à se blesser en allant de chutes en rechutes. L’agitation fait système et la nervosité se mue en émotion.

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7 to 8 and de Shen Wei était une autre création mondiale. Notre imagination nous a permis d’y voir un désastre d’aujourd’hui : la pollution due au pétrole qui s’échappe et recouvre chacun englué dans une marée noire, telle une mouette mazoutée. Les danseurs transforment leurs corps en volatiles recouverts de noir visqueux et gras, aux mouvements entravés par le pétrole. Le cou de l’oiseau plonge vers le sol, sa démarche est contrainte et lente, sa tête à l’affût, ses ailes en attente : les danseurs sont affectés d’un mal qui nous ronge tous.

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The Rite Thing de Chris Haring a gardé un hermétisme inéluctable à toute chorégraphie inspirée par la vie de Nijinsky. Les danseurs des Ballets de Monte-Carlo y explorent avec un souffle poétique de nouvelles formes. Jean-Christophe Maillot a repris des pièces déjà présentées dans le cadre de ce centenaire, Schéhérazade, où l’on retrouve Bernice Coppieters avec ses longues jambes nerveuses et ses bras immenses qui battent l’air, et, sur une musique de Ravel, le très sensuel Daphnis et Chloé, où l’on admire la scénographie d’Ernest Pignon-Ernest. Les corps des deux adolescents qui découvrent l’amour s’envolent, même lorsqu'ils sont plaqués au sol.

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Dans les lieux superbes que sont les terrasses du Casino et la salle Garnier, plus que jamais la danse aura régné à Monaco, avec des propositions forcément disparates mais toujours réunis par l’audace et d'une exceptionnelle qualité.

Caroline Boudet-Lefort

 

* du 17 décembre au 3 janvier