Création réussie du Freischütz de Carl Maria Von Weber à l’Opéra de Toulon !

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Spectacles

Il aura fallu attendre 2011 pour entendre et voir Le Freischütz de Weber à l’Opéra de Toulon, tant les occasions sont devenues rares en France de retrouver l’un des premiers chefs d’œuvre du romantisme allemand (avec l’Undine d’E.T.A Hoffman ou Der Vampyr de Marschner).

 

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Je ne dirai jamais assez combien les directeurs d’opéra des villes de province sont de véritables héros des temps modernes. Avec des budgets plutôt étroits, ils parviennent à monter des productions dont les qualités musicales et scéniques n’ont rien à envier à celles de la capitale ou de certains festivals… Depuis l’arrivée de Claude-Henri Bonnet, il souffle à Toulon un vent nouveau et l’on s’en réjouit ! On y entend désormais Janacek, Weill et bien d’autres injustement oubliés par cette belle cité. Toulon est ainsi redevenue une capitale lyrique du sud de la France.

Lors de la seconde représentation, des spectateurs des quatre coins de l’hexagone sont venus découvrir cette nouvelle production, confiée au directeur de la Criée, en partenariat avec l’Opéra-Théâtre de Saint-Étienne.

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Disons que la perception de l’œuvre par Jean-louis Benoît me laisse dubitatif. Sa mise en scène volontairement sobre, ôte toute dimension fantastique et hoffmanienne à l’ouvrage. Il voit en Max un psychopathe et nous invite à nous introduire dans son crâne, une descente dans un trou béant… On plonge dans les cales d’un navire comme une réminiscence fellinienne, lors de la scène capitale de la gorge aux loups.

Marie Sartoux signe de beaux costumes aux couleurs d’automne qui parent les paysans. Le décor de Laurent Peduzzi est particulièrement réussi. Mais à quoi sert un beau décor si on ne l’utilise pas sur le plan scénique ? Quelques toiles peintes m’évoquent en fond de scène l’univers de Friedrich, un romantisme pictural qui sied parfaitement à l’ouvrage de Weber. Plus grave, les principaux protagonistes semblent livrés à eux-mêmes sur scène. Le diable incarné par un personnage muet, façon mime Marceau, se retrouve simple spectateur en fond de scène…

Heureusement dans la fosse, Laurence Equilbey transcende l’orchestre. Elle livre une lecture quasi idéale de la partition. Sa direction précise et enthousiaste obtient un équilibre parfait entre fosse et orchestre. Le chœur, malgré une diction aléatoire, apparaît correct sous son impulsion. Elle retrouve les couleurs authentiques de l’œuvre.

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Sur scène, le Kaspar de Roman Lalcic est un fringant tentateur au timbre séduisant. Le Max du ténor Jürgen Müller, souffrant lors des deux premières représentations, apparaît totalement éteint vocalement et dénué de toute force dramatique. Dans la gorge aux loups, le Samiel de Jean-Michel Fournereau est de bonne tenue malgré une projection limitée. Bartlomiej Misiuda campe un Ottokar plein de noblesse face à l’ermite de Fernand Bernardi. Le Kuno de Nika Guliashvili et le Kilian d’Igor Gnidii n’appellent aucun reproche. L’Agathe de Jacquelyn Wagner est pour moi une révélation. La voix est somptueuse. Quelle ligne de chant ! Cette jeune artiste qui avait ébloui la scène phocéenne dans Cosi fan Tutte sous l’ère Auphan semble promise à une immense carrière. Dommage qu’elle soit totalement livrée scéniquement à elle-même… Mélanie Boisvert est une Änchenn convaincante qui donne beaucoup d’allure à son solo.

Ces femmes-là nous éblouissent et l’on en redemande…


Sergio Alexandre


operaLa mise en scène de Jean Louis Benoit pour ce Freischütz est bien dans la ligne de ce qu'il propose au théâtre : Épurée et sobre. Tout à fait la griffe Benoit !

Dommage que, dans ce cadre d’opéra, son savoir faire soit si peu utilisé ! Ainsi, dans la scène de la gorge aux loups transformée en cale de bateau les possibilités scéniques ne sont pas exploitées et les comédiens-chanteurs (hors mis Mélanie Boisvert qui semble avoir de son propre chef investi énergiquement son rôle) semblent flotter dans un vide de direction. On aurait presque envie d’appuyer sur la touche PLAY pour les voir bouger et s’exprimer également corporellement dans l’espace au sein du décor de Laurent Peduzzi et des superbes costumes de Marie Sartoux, alors que la beauté du chant de Jacquelyn Wagner nous emporte dans un sublime sensoriel.

Gageons que La Rondine de Puccini prochainement programmée réveillera la scène merveilleuse de l’Opéra de Toulon.

Geneviève Chapdeville Philbert



 

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Le Freischütz de Carl Maria Von Weber

Opéra de Toulon 28 et 30 janv – 1er fév 2011

Direction Musicale : Laurence Equilbey

Mise en scène : Jean Louis Benoit


La Rondine de Giacomo Puccini

Mise en scène Gino Zampieri

Direction Musicale : Giuliano Carella

25 février au 2 mars 2011

www.operadetoulon.fr