MONDRIAN – DE STIJL

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Expositions

La vaste rétrospective du Centre Georges Pompidou permet de mieux comprendre Mondrian (1872- 1944), artiste féru de théosophie, ayant cherché à construire une nouvelle esthétique.

 

Mondrian bénéficie enfin d’une grande exposition parisienne après plus de quarante ans où il fut oublié des institutions françaises. L’associer au groupe De Stijl, dont il fit partie au temps de sa vie hollandaise, permet au public de découvrir un parcours croisé passionnant. Pour ce peintre, né dans une famille calviniste très conservatrice, ce fut l’époque de son intérêt pour la théosophie et de la recherche de son vocabulaire plastique : un langage universel qui puise largement ses sources dans une grille perpendiculaire. Les années parisiennes lui permettent, en 1912, de découvrir le cubisme de Picasso et de Braque qui déterminera son œuvre. Il cherche alors à restituer l’esprit de l’objet et non sa forme, les lignes de tension qui le constituent et non qui le dessinent. Ses premières toiles paysagistes insistaient déjà sur les éléments rythmiques. Plus tard, s’avérant grand amateur de jazz, les notes finiront par rythmer ses œuvres.

 

mondrianA Paris, il francise son nom néerlandais Piet Mondriaan, en supprimant un « a ». Il s’engage dans une abstraction de plus en plus radicale qui influencera la création artistique du XXe siècle. Avec un vocabulaire esthétique visuel d’une grande efficacité, il imprimera aussi sa marque dans quantité de produits de consommation, design, meubles, vêtements - transcendés en robes sublimes par Yves Saint-Laurent. Les compositions de cet artiste sans concession sont devenues des évidences qui font partie du panorama artistique, symbole d’une modernité mondialisée. Il se dégage de sa peinture de paysages géométriques à l’atmosphère mélancolique pour s’affirmer dans des lignes régulières où les arbres deviennent géométriques. Il choisit de privilégier la couleur par rapport au motif, des couleurs franches, intenses, pures, dans des lignes puissantes soulignées de noir. Pourtant les couleurs primaires (rouge, jaune, bleu) en carrés et rectangles pris dans un jeu de lignes droites pourraient donner un résultat austère. Sa recherche l’oriente vers un cubisme très abstrait où il démontre que, pour lui, une couleur n’existe que par une autre couleur, une dimension par une autre dimension, une position par opposition à une autre position. Son projet moderniste aurait été de faire travailler les artistes pour des productions industrielles, geste inverse à celui de Duchamp qui a ramené les productions industrielles dans le champ de l’art.

Lors de la montée du nazisme, Mondrian part à Londres, puis il se réfugie à New York, jusqu’à sa mort en 1944.

L’exposition insiste sur les œuvres des années parisiennes. Elle rassemble une centaine de tableaux, de nombreux documents d’archives, des extraits de films et des photographies. Son célèbre atelier du 26 rue du Départ à Montparnasse a été reconstitué grandeur nature. Mondrian avait alors des contacts avec l’avant-garde artistique de l’époque : Arp, Léger, les Delaunay, Le Corbusier, Hélion, les dadaïstes, les futuristes, les constructivistes…

L’exposition au Centre Pompidou se croise avec une seconde qui présente le mouvement d’avant-garde De Stijl dont Mondrian fut l’un des plus célèbres initiateurs. Six salles sont consacrées à ce groupe constitué aux Pays-Bas en 1917. En le fondant, le peintre et écrivain Théo Van Doesberg avait désigné l’abstraction comme idéal et diffusé des théories néo-classiques en Europe grâce à une revue De Stijl (Le Style) qui a joué un rôle important et, dans sa recherche d’un langage universel, Mondrian y participa.


Caroline Boudet-Lefort