Trois jeunes artistes au MAMAC

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Expositions

Trois artistes, Assan Smati, Vincent Ganivet, Sarah Sze ont chacun investi une des 4 salle du 1er étage du Mamac de Nice. La disposition de ces salles carrées, reliées entre elles par des coursives, permet cette juxtaposition d'œuvres très différentes, qui dessinent un parcours original.

 

Commençons par ce qui nous a paru le plus intéressant, par l'installation intitulée The Uncountables (Encyclopedia), 2010, de Sarah Sze, artiste américaine née en 1969.

 

Sarah SzeDès la coursive qui mène à la salle, un fil tendu amène progressivement notre regard jusqu'au cœur et au sommet de l'installation qui envahit l'espace. Le spectateur s'approche, indécis, fasciné par le foisonnement, le sentiment de fragilité, la maitrise de l'espace qui se dégagent de cet enchevêtrement savamment ordonné d'étagères et d'objets, subtilement ponctués par des lumières sur réelles. Difficile de décrire l'impression de familiarité immédiate que l'on ressent pour tous ces objets et pour les étagères qui les suspendent dans le temps et dans l'espace. Tout ici est question de dosage, de placement d'un objet par rapport à l'autre, de sa couleur... Ces objets nous sont certes familiers, mais leur agencement si particulier, dans cet ensemble improbable, en équilibre, en porte a faux, nous oblige à nous interroger sur la fragilité et l'instabilité de notre monde, malgré l'actuel degré de sophistication de nos civilisations contemporaines. En cela, le travail de Sarah Sze qui interroge aussi fortement la complexité du monde qui nous entoure, apparaît comme véritablement contemporain.

 

Par de petits geste qu'elle revendique, elle inscrit son installation dans le lieu qui lui est attribué, donnant l'impression qu'elle l'a spécialement conçue pour lui.

Sarah Sze nous dit qu'elle a emprunté le titre à un essai de Jorge Luis Borges publié en 1942 qui décrit un catalogue encyclopédique d'un monde vu à travers le regard d'un taxonomiste (1).

Les photos ne restituent qu'une partie de l'émotion que l'on ressent lorsqu'on se trouve au milieu de cette magnifique installation.

 

Vincent GanivetVincent Ganivet, né en 1976, occupe magistralement une autre salle avec 3 sculptures à la fois simples et spectaculaires, réalisées avec des parpaings bruts, de petites cales en bois et des cordages ou des sangles. Le contraste entre la pauvreté de ces matériaux et le résultat quasi vertigineux de ces sculptures est saisissant ; inquiétant aussi pour le spectateur qui se demande immédiatement « comment cela tient-il ? ». On pense inévitablement à des voûtes gothiques qui seraient réduites à leur plus simple squelette, dépouillées des cathédrales construites autour...

Présentées dans de nombreux lieux d'exposition dont la collection Lambert à Avignon, le Palais de Tokyo à Paris, ses sculptures grandioses défient l'espace et l'attraction terrestre.

Peu de commentaires accompagnent le travail d'un artiste qui déclare « aimer bien jouer des paradoxes » et pousser ses constructions jusqu'à l'extrême limite de l'écroulement...

 

 

La première salle d'exposition est consacrée à Assan Smati, né en 1972. Il nous est présenté comme un artiste « complet » qui peint, sculpte, grave etc. Il met en scène des œuvres figuratives, colorées : Chevaux bleus, centaure rose, têtes gigantesques, corps humains à tête de hyène, crânes affublés d'appendices... L'essence de son travail prolifique se concentre dans les deux très grands tableaux que nous qualifierons de « néo-retro » Löwes 2010 (5,40 X 2,82 m) et Pink Flamingos, 2010 (2.90 X 6 m).

Assan Smati

 

par Christian Depardieu

(1) Taxonomie : science de la classification des êtres vivants, classification de toutes sortes d'éléments