SACRE OISEAU !

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Dans un monde qui semble n'obéir qu'aux caprices de l'imagination, la fable philosophique L’oiseau Vert de Carlo Gozzi réinvente, dans une nouvelle mise en scène de Sandrine Anglade, la commedia dell'arte et interroge l'illusion théâtrale.

 

 

 

oiseau vert

« Voilà dix-huit ans que Tartaglia, le roi de Monterotondo, est parti à la guerre. Pendant son absence, la reine Ninette, sa femme, accusée d'infidélité par la reine mère Tartagliona, a été enterrée vivante sous l'évier de la cuisine du palais. Depuis dix-huit ans elle y survit dans le plus grand secret, grâce aux soins d'un mystérieux Oiseau Vert. Ses jumeaux, que Pantalon, premier ministre du roi, était chargé de supprimer, ont été recueillis nourrissons par un couple de charcutiers, Truffaldino et Sméraldine. Ignorant leur origine, les deux enfants ont grandi dans la pauvreté et ont étudié dans les livres la philosophie. La pièce commence le jour du retour du roi Tartaglia à Monterotondo. Ce même jour, les jumeaux découvrent qu’ils sont des bâtards, et partent en quête de leur véritable identité. Ce voyage initiatique fera d’eux brutalement des nantis et mettra à l’épreuve leur philosophie tandis que l’oiseau vert s'occupe de la reine Ninette, enfermée sous un évier par la reine-mère Tartagliona » dont le fils, le roi Tartaglia, est fort occupé quant à lui par une guerre qui dura 18 ans. Le monarque « tombera alors amoureux de sa fille, Barbarine, qu'il avait abandonnée dans une rivière lorsqu'elle était bébé avec son frère jumeau. Le premier ministre Pantalon va alors tout faire pour éviter le mariage entre le père et sa fille. À l’issue du voyage de Truffaldino et Sméaldine et après de multiples épreuves, métamorphoses et sortilèges, l’Oiseau Vert, recouvrera sa forme humaine. Par ses révélations, il dénouera toutes les intrigues, et rendra à tous justice. Ainsi, la reine-mère sera transformée par l'oiseau vert en tortue avec son conseiller poète qui, lui, deviendra âne. » En résumé : un bon géant, un méchant roi, des enfants abandonnés, des pommes qui chantent et de l’eau qui danse sans oublier une bonne fée, une pauvre reine séquestrée et un philosophe statufié mais bavard…. Autour de ces personnages traditionnels du conte et de la fable se tisse le canevas de cette Commedia dell’Arte dans ce quelle a de plus originale et de plus efficace.


TOUTE L’ENERGIE ET LA VIVACITE DE LA COMEDIA DELL’ARTE


Nouvelle création de Sandrine Anglade, « L'oiseau Vert » de Carlo Gozzi « est une fête de féérie loufoque menée par onze comédiens ». La comédie vénitienne datée de 1765 « mélange savamment la farce et le conte, la truculence et le merveilleux » et « on y retrouve toute l'énergie et la vivacité de la commedia dell'arte ». Moins connu en France que son contemporain Carlo Goldoni, le dramaturge vénitien est pourtant l’auteur de la pièce dont Sergueï Prokofiev s’inspira pour composer son célèbre opéra L’Amour des trois oranges, où l'on riait d'un prince neurasthénique tombé amoureux d'une princesse « sortie d'une orange dans une atmosphère à la fois onirique et satirique » et pour la mise en scène duquel, créée à l’Opéra de Dijon en mai 2010, Sandrine Anglade reçut le prix le prix du Syndicat de la critique du meilleur spectacle lyrique en région.

 

oiseau vert

L'ACTEUR DANS TOUS SES ETATS

« La pièce joue à heurter les niveaux d’écriture et les registres de langue, de la prose aux alexandrins. Ici les mots foisonnent convoquant la verve et la candeur de l’acteur. Il faut se frayer un chemin dans cette féerie, trouver le fil pour organiser l’éclectisme de cet étonnant kaléidoscope » explique Sandrine Anglade. « Truculence et merveilleux, sur fond de fable philosophique (…) Energie, vivacité, faconde. Une ronde haletante où l’acteur dans tous ses états » doit ici « jouer d’une dextérité absolue pour juxtaposer des instants de totale « innocence », sans lien de mémoire entre eux (être soudain triste, soudain heureux, soudain en colère, soudain émerveillé). Surprendre et se surprendre toujours. Jouir et jouer de l’étonnement permanent. »

 

 

oiseau, vert

MANIFESTE POUR L INTELLIGENCE DU THEATRE

«  Carlo Gozzi, au coeur du xviiie siècle italien - et contre Carlo Goldoni - réinvente un monde pour des masques de la commedia dell’arte qui se meurent. Il s’empare de la tradition pour la détourner, et à l’égal d’un Shakespeare, leur crée un univers poétique qui leur est propre. C’est à l’imaginaire du spectateur qu’il fait confiance. Il s’agit de croire, avec la naïveté du regard d’un enfant. La clé est là : croire ou ne pas croire, croire que l’on croit, jouer à croire… Mais il faudrait écrire aussi sur Calmon, cette statue moraliste dont la force du discours sous-tend l’oeuvre toute entière. (…) Cette parole-là sonne aujourd’hui comme un manifeste pour l’intelligence du théâtre » précise la metteur en scène qui, « pour donner corps à la magie de l’Oiseau Vert, a choisi des comédiens aux personnalités physiques fortes. Des comédiens dont la présence scénique et la folie créative font resurgir toute la puissance du théâtre de Carlo Gozzi ».


Par Geneviève Chapdeville Philbert



 

L’oiseau vert de Carlo Gozzi sur une Mise en Scène  de Sandrine Anglade

Théâtre du Gymnase – Marseille 18 / 22 janvier 2011

 

 

 

oiseau vertL’Oiseau Vert de Carlo Gozzi - Mise en scène : Sandrine Anglade. Traduction et adaptation : Nathalie Fillion. Barberina : Priscilla Bescond, Pantalon : Patrice Bornand, Brighella : Pierre-François Doireau, Ninette : Emilie Gavois-Kahn, Tartaglia : Damien Houssier, Sméraldine : Christine Joly, Oiseau vert : Thierry Mettetal Renzo : Augustin de Monts, Truffaldino : Laurent Montel, La reine Tartagliona : Jean-Paul Muel, Pompéa : Tania Tchénio. Accompagnement : Guitare, théorbe, luth, percussions.

Coproduction Cie Sandrine Anglade, Opéra de Dijon, Maison de la Culture de Bourges/Scène nationale, Ferme de Villefavard en Limousin, Théâtre de Cachan. Avec la collaboration du Jeune Théâtre national et le soutien de la DRAC d’Ile-de-France, du conseil général du Val de Marne et de la ville de Vincennes. Remerciements à l’Arcal, compagnie nationale de théâtre lyrique et musical (pour les prêts de studio et atelier) et au Théâtre Dijon-Bourgogne/Centre Dramatique National (pour le soutien logistique).