Pierrick Sorin dans tous ses états.

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Nantais et familier du Lieu unique, Pierrick Sorin investit le rez-de-chaussée de l’ancienne usine du célèbre « Petit Beurre LU » pour une rétrospective d’envergure qui réunit des courts-métrages, des installations vidéo mais aussi des dispositifs optiques visant à surprendre le spectateur.

A travers des farces burlesques, qu’il s’agisse de fragments autobiographiques (Une vie bien remplie) ou de micro événements (L’homme qui a perdu ses clefs), il s’intéresse avant tout à la banalité de la vie quotidienne et met en scène des moments d’oubli, des actes manqués ou tout simplement l’insignifiance des choses. Parallèlement, la galerie Melanie Rio présente Curiosités domestiques, quelques vidéos et projets de réalisations scénographiques (La Pietra del Paragone, 2007).

 

 

 

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Artiste plasticien et vidéaste français, Pierrick Sorin, né en 1960, est passionné par le cinéma muet de Buster Keaton, Charlie Chaplin et Méliès. Adepte de l’auto-filmage, il mêle dans ses films tous les ingrédients classiques du divertissement : déguisement, comique de répétition, gag, etc., ce qui les rend d’autant plus accessibles pour le spectateur. Ainsi, dans Les réveils (1988), l’artiste s’est filmé pendant un mois chaque matin, témoignant d'un échec répétitif et quotidien. Il répète qu’il se sent fatigué, se promet chaque jour de se coucher plus tôt, puis on le retrouve aussi fatigué le lendemain. La série intitulée Pierrick et Jean-Loup (1994) questionne, elle, l’image télévisuelle, sous la forme de micro-fictions. Plus ludiques, les hologrammes à l’effigie de l’artiste (Titres variables), traduisent une volonté de manipuler des personnages miniaturisés, qui s’agitent dans une machine à fabriquer des images. A mi-chemin de l’écran de télévision et de l’aquarium, ces espaces fictionnels parodient l’image de l’artiste sur un mode ironique. Véritable anti-héros, son double apparaît comme un improbable Charlot ou un nouveau Mr. Bean. Le spectateur s’amuse de ce vieil enfant sans âge et solitaire, confronté à une réalité étrange, qu’il semble ne pas comprendre. Par ailleurs, Pierrick Sorin dédouble cette image de soi en la répercutant dans le couple regardeur/regardé. En effet, le spectateur pénètre une intimité. Il entre en quelque sorte dans l’intériorité de l’artiste, assistant aux différents moments de sa vie quotidienne, tantôt absurdes ou dérisoires. Par ces mises en scène fictives, l’artiste vidéaste ne rejoint-il pas les vidéos dévalorisantes du danois Peter Land, qui se filme en train de tomber d’un escalier, ou les expérimentations cinématographiques dans lesquelles Andy Warhol mange un hamburger ? On peut se demander si l’artiste nantais ne risque pas de s’enfermer dans la dévoration de sa propre image, tant il s’attache à focaliser sur tous ses défauts : nervosité, obsession, déprime, etc. Depuis 2006, Pierrick Sorin a ouvert sa pratique à d’autres domaines, comme la scénographie et la mise en scène, démultipliant son univers grâce à d’astucieux trucages.

 

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Adepte de l’ironie et des jeux de trompe l’œil, l’art de Pierrick Sorin va au-delà du simple déguisement. Derrière son apparente esthétique de l’idiotie, se révèle un art de la mise en scène, dans la tradition dadaïste. Parce que Sorin est l’habile révélateur du dérisoire, il souligne la singularité du réel, alliant magie et grotesque.

par Isabelle Le Pape