Création mondiale de la pièce de Henning Mankell au Théâtre national de Nice : Des jours et des nuits à Chartres.

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Daniel Benoin semblait en avoir fini avec la guerre de 1939-1945, avec les meurtrissures et les violences de la seconde guerre mondiale qui ont nourri une quinzaine de ses créations, pourtant il aborde encore ici par l’intermédiaire de la pièce de Henning Mankell, le sujet de l’épuration au moment de la Libération.

 

 

 

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Suivant le souhait de l’auteur suédois, cette pièce écrite depuis deux ans, devait être créée en France, en premier. Elle évoque avec beaucoup de recul un épisode connu par le célèbre cliché de Robert Capa, la tondue de Chartres : Simone, une jeune femme humiliée et promenée dans les rues de Chartres, avec son enfant dans les bras (né d’une relation amoureuse avec un jeune soldat allemand) et entourée d’une foule moqueuse. Henning Mankell propose une fiction sur le regard et les réflexions de Capa et sur l’histoire de cette jeune femme tondue et emprisonnée dans l’attente du jugement de cet amour interdit.

À travers de nombreux flash-back, l’histoire de cette jeune fille insouciante et irresponsable se dévoile, la rencontre, l’interdit, l’emprisonnement, sa peur continuelle, le comportement de ses gardiens, des épisodes de conflits, les haines, les rancoeurs. Si le texte est assez peu inventif, avec de nombreux clichés, le décor minimaliste, les teintes grisées, et l’interprétation des comédiens lui donne une certaine texture. Fanny Valette dans le rôle de Simone, coupable d’aimer et victime à la fois, traduit des sentiments primaires qui atteignent la dimension tragique des jeunes amours interdites. Olivier Sitruk a le double rôle du photographe et d’Helmut, le soldat allemand, (amoureux de Simone). Il passe avec aisance du soldat endoctriné, au jeune homme amoureux et à celui de Capa. A travers ses prises de vues, par son objectif, son travail en labo photo, Henning Mankell, a imaginé toute l’histoire d’amour et le drame qu’elle déclenche. C’est sur lui, Robert Capa/Olivier Sitruk, photographe, sur son personnage, son regard, ses réflexions que repose la pièce. Il entre en scène le premier et reste seul en final pour mentionner la fin tragique de la vie de Simone.

La pièce démarre par un effet scénique, un cliché des six personnages isolés, figés, qui marque le ton donné à la mise en scène de Daniel Benoin. Elle se terminera par la photo sous l’angle connu, tous les personnages sur scène, père et fille ressemblant tellement aux personnages historiques. Obturateur ouvert, obturateur fermé, les scènes s’ouvrent et se ferment, avec des moments intimes comme la visite du père, (Paul Chariéras) à Simone en prison, leur comportement et leurs gestes sont très forts. La scène de menaces d’Edith (Gaële Boghossian), veuve de guerre, est plus proche de la violence des rancoeurs et des haines de l’époque. Une certaine légèreté passe parfois, avec un passage sur l’amitié insouciante entre Simone et Marie, (Juliette Roudet), mais le drame est sous jacent. La musique de Miles Davis ponctue la mise en scène. Les gardiens, interprétés par Bastien Bouillon, et Paulo Correia s’ajoutent aux acteurs de ce microcosme très représentatif selon Daniel Benoin du macrocosme de la société française de l’époque.

Il y a un aspect pédagogique dans ce théâtre sur l’Histoire, une volonté d’expliciter, un travail de mémoire cher à Daniel Benoin, pas vraiment de message, mais la création d’une ambiance et une certaine sympathie pour Simone en tant que victime. Bien que la situation romanesque imaginée pour cette pièce soit très éloignée de l’authenticité de l’histoire des Chartrains, ces regards croisés induisent une réflexion intime, sur l’être humain et sur l’époque où nous vivons. Le temps des historiens est maintenant arrivé.

par Brigitte Chéry

Création mondiale le 24 septembre joué au TNN jusqu’au 23 octobre 2010, et en tournée ensuite.

Théâtre National de Nice Promenade des Arts

063000 Nice Tél/04 93 13 90 90