Le voyage de Victor ou l'amnésie comme ultime palliatif au chagrin.

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Après un accident, Victor semble avoir tout oublié. Une femme est là pour l'aider à se retrouver, littéralement. Mais qui est-elle ? Que s’est-il passé réellement lors de cet accident ? Macha Méril et Guy Bedos interprètent Le Voyage de Victor de Nicolas Bedos, qui signe aussi la mise en scène de ce qu'il présente comme une comédie. Mais, le duo donné gagnant père et fils peut s’avérer devenir un piège et la séduction garantie vis-à-vis du public être mitigée de déception.

 

 

Bedos« A travers le personnage de Victor et son trouble, j'ai voulu traiter du deuil impossible, la fuite, la folie douce et finalement la liberté que nous avons tous d'inventer et de revisiter à notre guise nos vies, quand nous n'avons pas la force d'en assumer tous les chapitres » indique Nicolas Bedos dans une note d’intention. « Ainsi Victor est libre, libre comme un enfant. C'est un homme qui redémarre selon son bon vouloir. C'est pourquoi je voulais - sur ce motif assez grave - fabriquer une pièce finalement plutôt gaie, entre son rêve et la réalité. Victor ne sait plus s'il aime le thé ou le café, s'il est de gauche ou de droite, il renifle son passé, l'évite, tâtonne, va et vient entre lui et lui. Bref, il joue. Et cette femme qui vient l'aider - et dont les motivations restent mystérieuses - devient dès lors une mère, une infirmière, une femme, LA femme, TOUTES les femmes, celles qu'il désire, celles qu'il redoute, celles qu'il maudit, celles qu'il adore (…) Cette pièce m'est littéralement tombée de la plume, en très peu de temps, les brèves séquences s'enchaînant presque malgré moi, sous mes yeux surpris de premier spectateur ».

Si le sujet abordé dans le Voyage de Victor est des plus touchants et intéressants (le déni comme remède à la douleur de la réalité), la rapidité avec laquelle Nicolas Bedos affirme avoir écrit son texte se ressent et l’ensemble gagnerait à être retravaillé dans la progression de l'intrigue et le rythme qu’il lui donne ; puisqu’il signe également dans cette première version, la mise en scène.

 

BedosPar ailleurs l’interprétation, que Nicolas Bedos a choisi de confier à son père, ne suffit pas à lisser et enrober le travers. Bien au contraire : le bonbon est trop sucré. Guy Bedos sur scène fait du Bedos, ce qui ne sied pas au personnage. C’est dommage, au regard de l’émotion que le comédien - par ailleurs d’un relationnel très agréable hors scène - avoue à interpréter ce texte écrit par son fils. « Dans cette histoire, il y a beaucoup de choses personnelles. Nicolas s’est inspiré de moi le matin, de mes angoisses. Il me fait dire des choses qui sont très troublantes, notamment autour de ce fils, puis me fait endosser ses histoires personnelles de nanas. C’est une prise de risque, d’autant plus que pour cette fois-ci, mon expérience ne me sert à rien. C’est la première fois que je joue un tel rôle. Là, je n’ai aucun moyen de protection». Et, dans ce duo, l’interprétation de Macha Méril, qui dit pourtant être très intéressée par son personnage, offre ici une prestation un peu pâle, peut être pour être dans le ton de son partenaire et remplir ce rôle d’accoucheuse entre père et fils.

 

Si Victor a peut être perdu la mémoire, Guy Bedos semble ici avoir oublié d’oublier qu’il était Guy Bedos et Nicolas qu’il dirigeait son père. Père et fils (dont ce n’est pas le premier travail théâtral : on se souvient de Sortie de scène) semblent ici se raconter une histoire qui leur est personnelle, mais où ils ne nous embarquent pas. A tel point qu’on en vient par moments à penser que la pièce gagnerait à avoir une autre interprétation masculine, à défaut de voir Guy Bedos, réellement poussé par son fils, aller enfin au bout du voyage de Victor.


par Geneviève Chapdeville Philbert


Le voyage de Victor de et mis en scène par Nicolas Bedos

Avec Macha Méril et Guy Bedos

Théâtre Toursky, Marseille, 14 et 15 janvier 2011

28 janvier Théâtre Comoedia, Aubagne (13)

19 mars Théâtre de l’Hôtel, Casino Barrière, Lillle