Bernar Venet ou La force du retrait

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Histoire de signes
Raphaël Monticelli : J’entends : « Tu as vu mes signes noirs ? » . Je regarde la toile au fond jaune éclatant sur laquelle glissent chiffres et lettres ordonnés - on dit symboles - les équations mathématiques. J’opine. Puis, je tourne la tête et regarde Bernar Venet qui me désigne - par delà la fenêtre, devant la maison - une petite retenue d’eau sur laquelle passent - entre murmures d’écoulement et frisures de lumières - deux cygnes noirs.

 


Savoir accueillir l’inattendu

R.M. : L’homme est accueillant, attentif, disert, chaleureux. Je ne sais s’il est vraiment sûr de lui, mais il est assuré de son affaire, de sa démarche, comme ne demandant qu’à elle et, d’elle seule, attendant tout. Si on le voit satisfait c’est, soudain, pendant ce bref moment où elle lui ouvre une porte inattendue. C’est cette ouverture, cet appel sans cesse en dehors de lui, qui le tire et le guide. Sans repos. Pas d’art, ici, sinon du choc. Ou de l’arrachement. Pas de ronronnement, pas de routine, mais des moments de chaos, de tumulte, de phosphorescence, de fulgurance, qui naissent - toujours - d’une irruption immotivée du réel ou d’une façon inattendue et immotivée de le percevoir quand des regards innombrables l’avaient tenu pour trivial. Un heurt inattendu qui l’a laissé, un temps, sans voix, sans mouvement, comme suspendu face à l’incompréhensible et à l’inconnu.

Dessin d’une trajectoire
R.M. : Bernard Venet est né à Saint-Auban (Alpes de Haute-Provence) en 1941. La ville, c’est Péchiney pour qui toute sa famille travaille. L’enfance, c’est la découverte de sa propre habileté plastique et, très tôt, la rencontre avec l’art. La fin de l’adolescence, c’est l’immersion dans le milieu artistique niçois où il rencontre Arman puis tous les artistes de l’École de Nice avec qui il noue ses amitiés. Il rejoint très tôt New York - il a 25 ans - où il découvre le minimalisme et fait la connaissance du milieu artistique, de Marcel Duchamp à Donald Judd. Après moins de dix ans de débordante activité artistique, à 30 ans à peine, il décide d’arrêter. Mais il reprend à 36 : « en 6 ans, dit-il, je me suis formé. J’étais un autre Bernar Venet. J’avais effectué une conversion du regard. »
Les chocs, ce sont les rencontres des œuvres et des artistes mais aussi des irruptions inattendues du réel, goudrons ou tas de charbon. Ce sont aussi ceux que lui offre sa propre activité quand, au hasard d’un faux mouvement, il ouvre la série des accidents.

par Raphaël Monticelli

Pour lire l'article dans sa version intégrale, voir le magazine papier "performArts n°5"

Légendes et crédits photo :
Visite des ateliers, photo Marcel Alocco