Parcours : Béatrice Heyligers, le plaisir des photos et le jeu des images

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Bel accrochage de photographies à la Galerie des Docks à Nice à la vue plongeante et superbe sur le port de Nice, où Nicole Mahieu présente deux facettes du travail de Béatrice Heyligers.

Une partie de l’exposition est consacrée à des photographies argentiques de théâtre des années 1966 à 1976 réalisées à Paris en free-lance pour le Nouvel Observateur, l’Express etc., période pendant laquelle le théâtre est en pleine ébullition.

Les photos regroupées sur panneaux prêts à circuler, ont déjà régalé lycéens et collégiens que l’artiste a rencontrés. S’il y a des portraits d’écrivains comme Jacques Prévert, le Clézio, Mauriac ou de peintres que l’on découvrira au cours de la visite, c’est d’abord sa passion pour le monde du Théâtre qu’elle nous donne à voir. Des moments privilégiés qu’elle a partagés au sein des troupes à Paris où elle a photographié la naissance de spectacles qui s’avéreront des moments phares de la carrière de comédiens, des grands de la scène. Expressions sublimes qui résonnent dans notre mémoire et participent à l’histoire du théâtre, avec une qualité de réalisation et une superbe présence du noir et blanc qui s’impose, couleur du souvenir, que salue Alain Crombecque. Par l’œil de l’artiste apparaissent Maria Casarès et Sami Frey mis en scène par Jorge Lavelli, Jean-Claude Drouot dans Le Cimetière des voitures, des mises en scènes de Jean-Louis Barrault, Peter Brook, Bob Wilson, Jean-Pierre Vincent, Alfredo Arias, Patrice Chéreau, Ariane Mnouchkine, Daniel Benoin (Ghetto)… Dès 1977, elle travaille au Théâtre de Nice sous les directions de Jean-Pierre Bisson, Jean-Louis Thamin, Jacques Weber.

 

 

affiche

Pour en voir encore plus il faut se référer au livre de Béatrice Heyligers, théâtre, mémoires vives.* Les images sont accompagnées de propos spontanés des metteurs en scène et des comédiens confrontés des années plus tard au souvenir de ces spectacles. Le livre s’ouvre sur une superbe vue du théâtre des Bouffes du Nord, espace vide, lieu essentiel dans lequel s’est développée une œuvre : celle de Peter Brook, suivie par les propos et des commentaires de Lucien Attoun et Alain Crombecque. Ensuite, il suffit de se laisser aller au fil des photographies et des textes.


Béatrice parle avec beaucoup d’émotion de son travail de prise de vues et de laboratoire, du moment où l’image apparaît dans le révélateur, moment magique qui découvre une expression inattendue, saisie à la volée, inespérée. « Une joie d’enfant qui rappelle celle ressentie lorsque l’image des décalcomanies décollée avec éponge et eau se dévoilait », dit-elle. C’est à une même sorte d’alchimie à laquelle se livre encore Béatrice Heyligers dans ses recherches récentes de la deuxième partie de l’accrochage intitulées Mirages. L’artiste « nous invite à voyager au pays de nulle part où le jeu de miroir révèle un monde étrange, poétique, jubilatoire ». Avec ses propres photos, elle joue avec la symétrie qui révèle des éléments inattendus, des images étonnantes qui provoquent le même plaisir que celui du révélateur mais qui ne pourraient exister sans le regard de l’artiste. Mirages, miracles, miroirs qui dialoguent avec le visiteur.


Béatrice Heyligers aime aussi jouer avec le plaisir esthétique et les nouvelles technologies auxquelles elle a goûté en réalisant le DVD  « Jeu Vocal, chant spontané » de Guy Reibel*. Il s’agit d’une initiation au chant et à la création musicale sous une forme spontanée. Il fallait à ce compositeur et professeur de composition au conservatoire de Paris (CNSM) pendant plus de 25 ans, l’œil d’une professionnelle du spectacle, son esprit de concision pour aller à l’essentiel. Béatrice en a filmé les différentes étapes avec les enfants des écoles, des musiciens animateurs, des chœurs et un quatuor de chanteurs professionnels. Plus tard Béatrice Heyligers a réalisé un film imaginé et scénarisé avec Guy Reibel « Hamadoun »ou « les tribulations d’un métis du monde » sur lequel Guy Reibel a composé un opéra, une commande de la MPAA, qui a été présenté à l’auditorium Saint-Germain à Paris en 2010.

Le parcours de Béatrice Heyligers ponctué de moments forts, riches d’expériences trop longues à citer, passe aussi par le CIRM, sous la direction de Michel Redolfi, différentes revues d’architecture, tourisme, jardins ou musées. L’artiste goûte au numérique, aux effets miroirs présentés dans l’exposition et continue de suivre la création contemporaine, spécialement la scène et les créations du Théâtre National de Nice.


par Brigitte Chéry


*Livre en vente au Théâtre de Nice et au cours de l’exposition, à la Galerie des Docks.

*DVD produit par MK2 et le CRDP de Nice avec le soutien de l’Education Nationale, distribué par la Fnac, Harmonia Mundi, le CRDP de Nice, la boutique Radio France et sur www.mk2.com

Exposition : Galerie des Docks, 11, quai des Deux Emmanuel Nice

Jusqu’au 14 février, du lundi au samedi de 10 h à 12h30 et de 14h30 à 18h30

Le samedi en présence de l’artiste de 16h à 18H30

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