Le Barbier de Séville

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Un "Barbier " avec un casting Italien a conquis le public Israélien.

Pays de contrastes aigus, Israël est actuellement déchiré par des guerres politiques intestines, submergé par des politiciens corrompus, frappé par la sécheresse et par une immigration clandestine massive en provenance du Soudan. On dirait le début des sept plaies d'Égypte perpétrées par Moïse. De bonnes raisons pour modérer l'enthousiasme du public pour un opéra écrit il y a 200 ans en Italie. Eh bien non ! Le Barbier sera donné onze fois devant des salles combles. Pour commencer, à Tel Aviv, dans la maison de l'Orchestre Philharmonique, devant un public qui apprécie. 3000 places vendues entre 50 et 100 € !

 

Revenons à notre Barbier de Séville : Rossini a réécrit l'opéra de Beaumarchais, 30 ans après Paisiello qui avait composé son Barbier, une œuvre maintenant oubliée. La première fut donnée en 1816 au théâtre Argentina a Rome. Grâce aux fans de Paisiello, ce fut un colossal fiasco ! Qu'à cela ne tienne, Rossini avait seulement 24 ans mais il était déjà une idole régnant sur le Bel Canto Italien. Il quitta la salle après le deuxième acte. A ceux venus chez lui pour le consoler, la domestique déclara : « Le maître dort ».

Rossini passera ses dernières années dans son hôtel particulier à Passy. Il écrivit 39 opéras, dont beaucoup composés très vite. Le Barbier fut apparemment composé en 12 jours ! Beaucoup d'opéras d'un seul acte, des Intermezzo comme Signor Bruschino ou farsa Il cambiale del Matrimonio. (La farce du Contrat de Mariage). Tout comme les grands opéras qui sont présentés aujourd'hui, tel en 1815, Torvaldo e Dorliska, dramma semiseria, en 2 actes ou, en 1817, La Cenerentola, ossia La bontà in trionfo opéra en 2 actes d'après Cendrillon de Charles Perrault ils ont la signature indélébile de Rossini. Des airs pour toutes les voix d'une grande complexité vocale et qui servent aujourd'hui de banc d'essai à de nombreux protagonistes et, du point de vue orchestral, présagent toujours la grande ruée crescendo vers le "Finale", qui a fait surnommer Rossini "Mr. Ascensione" !

Pour les afficionado du Maitre, il y a le festival Rossini à Pesaro sa ville natale sur la côte Adriatique. Chaque été sont présentés des opéras peu connus, ainsi que des soirées musicales : piano et voix ; piano et instruments a cordes. Rossini a écrit en France 14 volumes de musique, des péchés de vieillesse rarement donnés.

L'histoire du Barbier se déroule à Séville, dans les années 1800. Le comte Almaviva, entouré de musiciens, donne la sérénade à Rosina, une belle vierge dont Don Bartolo et le protecteur et qui pourtant, songe à l'épouser. Fameuse sérénade du Comte Sono Lindoro . Figaro entre, fameux duo Al idea, suivi de Factotum, l'air qui a fait de Figaro le Barbier le plus célèbre du monde. Bien qu'il soit au service de Don Bartolo, le Comte Almaviva réussit à convaincre Figaro de l'aider à séduire Rosina grâce aussi à un portefeuille bien garni (beau duo). Rosina fait une apparition surprise au balcon. Una voce pocco fa deviendra aussi un des airs les plus souvent chanté.

Le comte et Figaro concoctent divers stratagèmes pour pénétrer dans la maison de Don Bartolo : en tant qu'officier ivre titubant ; comme professeur de musique. Don Bartolo n'est pas dupe et surveille le jeune couple d'un œil soupçonneux. C'est l'occasion d'entendre des airs de Don Bartolo qui sont des merveilles d'escalade technique. Enfin apparait le vrai professeur de musique Don Basilio. Son air Calunia est aussi un morceau de musique qui, aujourd'hui encore, est la carte de visite de toute grande basse. Enfin, une petite apparition qui vaut son poids d'or (Vocal !) : Berta la femme de chambre qui se plaint du mal du monde et se désespère d'un emploi cruel.

Dernier acte : Pendant une nuit orageuse (ainsi que la musique le souligne) le Comte et Figaro pénètrent dans la maison de Don Bartolo par la fenêtre (superbe trio A la scala del balcone). Le notaire qui vient pour enregistrer le mariage de Rosina et de Don Bartolo va changer d'avis, aidé en cela par un portefeuille bourré de ducats et célèbre finalement le mariage de Rosina avec le Comte Almaviva.

Beaucoup de texte ont été écrits au sujet du contexte social de cet opéra. En pures conjectures car Rossini n'avait pas des grandes préoccupations sociales. Il aimait bien vivre, il aimait la bonne chair et avait moult maitresses, souvent les chanteuses pour qui il écrivait des rôles. Il aimait aussi cuisiner et bien manger (le tournedos Rossini est un plat original)

Les voix ce soir : Pour commencer la belle basse de Fiorello mène la chorale dans la sérénade.

Le Conte Almaviva est un grand rôle pour les ténors lyriques et Juan Francisco Gatell s'y prête a merveille ; une belle voix légère, argentée, fluide, avec d'excellentes fioritures.

Le Figaro de Pietro Spagnoli, baryton, est parfait, à la fois fourbe et jovial, d'une belle couleur et d'une bonne portée.

Mais le César de la soirée va sans doute à Alfonso Antoniozzi. Jamais je n'ai entendu un Don Bartolo si versatile, d'une technique si éblouissante, délivrée au rythme comparable à celui d'une Ferarri. Cette voix peut surmonter tous les obstacles techniques de Rossini avec une allégresse et une facilité jamais entendue. On espère le revoir souvent ici et ailleurs...

Daniella Lugassy, un pur produit Israélien (Tzabra comme le fruit) a volé la vedette féminine. Bien que titulaire d'un petit rôle, celui de Berta, cette soprano possède un don de comédienne qui la fera sociétaire de la maison de Molière. Elle a fait rire la salle avant même de commencer à chanter. Puis, sa voix a fait le reste : chaude, veloutée, immaculée, techniquement parfaite dans tout le registre. On souhaite que de grands chefs d'orchestres l'entendent pour la voir et l'entendre au palais Garnier, à la Bastille ou a Monte Carlo !

Rosina est un rôle clef pour les Mezzos. Rossini l'a écrit pour la cantatrice Isabella Colibran, qui sera plus tard sa femme. Marianna Pizolatto, douée d une belle voix a fait de son mieux pour rendre justice a ces grand vocalises et au grands airs en solo et en duo avec le Comte ou avec Figaro. Dans le rôle de Figaro, Carlo Cigni tout jeune basse, a une voix impressionnante. Il parait que la valeur n attend pas le nombre des années.

Roberto Abbado de l'illustre famille de chefs d orchestres, reconnu dans le monde entier, conduit d'une baguette sure, laissant toutefois le champ libre aux chanteurs. Il mène une belle prestation avec le concours appuyé de l'excellent Orchestre Philharmonique Israélien (considéré comme l'un des meilleurs au monde, dont Zubin Mehta est le fameux directeur).

Pour les amateurs enthousiastes d'opéra en Israël, ce fut une très joyeuse soirée. La salle, pleine à craquer n'a pas cessé d'applaudir dans la tradition Israélienne d une façon rythmée, rappelant "Le Hora" Israélien.

Rossini et les Italiens reviendront certainement en Israël. Aux armes ! Réservez dès maintenant !


par Peter Hermès