L’Illusion Conjugale

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Jeanne (subtile Isabelle Gélinas) pousse son conjoint Maxime (attendrissant Jean-Luc Moreau) à « avouer » ses différentes infidélités. Toutefois, c'est parce qu’elle connait déjà la vérité et qu'elle mijote une vengeance. Mais laquelle ?

 

 

illusion conjugaleUn couple bourgeois ciselé de réussite décide de remettre les compteurs à zéro. Euh, en fait c’est madame qui amène habilement monsieur sur le terrain glissant de la confiance et de l’aveu. Elle voudrait savoir précisément le nombre de maîtresses que son mari, qu’elle sait volage, a eu. Monsieur finit par s’y résoudre, mais ce sera donnant-donnant. Combien de son côté avoue-t-elle d’écarts ? S’il avoue douze conquêtes, elle n’en reconnait qu’une seule. Epouvante et colère du mari : si elle n’a eu qu’un seul amant, c’est donc que la relation a été profonde. De qui s’agit-il ? Car bien sûr pour Maxime, il ne peut s’agir que d’un salaud qui fait partie de l’entourage amical du couple.

C’est le début d’une grave remise en question, de suspicions légitimes, d’accusations en tout genre, de jalousies intolérables, qui aboutissent à une vérité bien inattendue, tout autant qu’à un mystère qui semble rester entier. On ne vous en dit pas plus.

« On s’amuse comme des petits fous. Après plus d’un an, on trouve encore des idées nouvelles à insérer dans notre jeu. Je me rends compte en interprétant le rôle de toutes les nuances qu’on peut trouver par exemple dans les différents regards que je peux donner en direction de l’un ou de l’autre » aime à dire malicieusement Isabelle Gélinas. « Il y a même des gens qui nous ont dit qu’ils sont revenus voir la pièce pour mieux saisir, sentir toute la finesse du jeu et du texte. »

Ici pas d’amant caché dans le placard … mais plutôt un ami invité et soupçonné. Toutefois, Claude (serein et décalé à souhait José Paul) l’est il bien finalement l’amant ? Car, s’il y a bien une femme et deux hommes en scène, la pièce d’Eric Assous n’est pas un vaudeville. Plutôt le théâtre d’une vérité peu à peu déshabillée sur le couple. Les salles combles, et les réactions tout autant que les silences du public en étant le quatrième partenaire.

illusion conjugale

« Sois toi-même,   c’est le conseil que me donnait Louis Seigner qui a été mon maître » souligne Jean Luc Moreau alors que le personnage de Maxime, éternel premier de la classe imbu de certitude, semble à des années lumière du comédien. « Mais justement, c’est ça qui fait que la prestation va être réussie : être soi même, d’autant plus que le personnage est éloigné de vous. Et y aller ». Le comédien et metteur en scène, que l’on sait prolixe, affirme encore ici sa complicité avec Eric Assous, Molière 2010 de l’auteur francophone vivant pour cette comédie qui a également été nominée quatre fois notamment pour le travail des comédiens.


ETRE SOI MEME D AUTANT PLUS QUE LE PERSONNAGE EST ELOIGNE


« Au théâtre on se retrouve régulièrement dans des situations incroyables. J’étais avec Roland Giraud ce soir de décembre 2004 où, à 18 h 00, on lui a annoncé l’assassinat de sa fille deux heures avant la représentation d’Avis de Tempête. Comme on le sait il a joué ce soir là, et en scène ….. il avait une fille à qui il demandait « mais où étais tu ma chérie ». … Egalement, en 1977, la fille de Michel Serrault a été retrouvée morte avec deux travestis, suite à un accident de voiture, alors qu’il interprétait « La cage aux folles ». Je pourrais donner d’autres exemples. C’est ce qui nous protège, une sorte de catharsis, qui en même temps pourrait nous rendre fragile. D’où l’importance d’aller chercher très loin en soi ce qu’il y a de plus vrai pour être dedans » indique encore celui à qui la Comédie Française ouvrait ses portes en 1969, qu’il quittera en 1972 pour une plus grande liberté, et pour notre plus grand plaisir, même si les interprétations du théâtre classique ont longtemps jalonné sa carrière. A l’actif de Jean Luc Moreau aujourd’hui 24 mises en scène, dont notamment « L’Avare » de Molière monté aux Bouffes du Nord et « Au quatrième tome, il sera 17 heures 89 minutes » présenté au Festival d’Avignon, avec un tournant affirmé au début des années 2000 vers la mise en scène de livrets bien plus contemporains. Nommé directeur du Théâtre des Variétés en 2005, Moreau collabore comme on le sait avec Laurent Ruquier pour « Tous au Théâtre » et entend défendre la promotion, d’une part, et la place, de l’autre, du théâtre à la télévision, même si « rien ne vaut une tournée pour rencontrer le public ». « Elle nous enterrera tous », « Les Belles-sœurs », « Marzouk, avant ce sera mieux » et « Chat et souris » sont quelques unes des dernières – nombreuses - propositions du comédien et metteur en scène qui campe désormais sur la place du théâtre dit grand public. Jean Luc Moreau finalise actuellement avec Alain Delon et sa fille Anouchka la mise en scène de « Une journée ordinaire », là encore d’Eric Assous, prévue pour être présentée au public à partir de janvier 2011 aux Bouffes Parisiens. Si les deux hommes se connaissent pour avoir déjà travaillé ensemble au cinéma, c’est la première fois que Jean Luc Moreau dirige Delon, alors qu’un premier metteur en scène de ce projet a déjà claqué la porte.


par Geneviève Chapdeville Philbert

 



 

L’Illusion conjugale de Eric Assous, Molière 2010 Auteur francophone vivant

Avec : Isabelle Gélinas, Jean-Luc Moreau, José Paul

Marseille Théâtre Toursky - 19 et 20 novembre 2010

 

Une journée ordinaire

afficheEntre un père et une fille, la séparation est inéluctable. Un jour elle part avec un autre, il faut l’accepter, faire bonne figure. Pas facile de donner à un inconnu ce qu’on a de plus précieux. Julie a 20 ans. Elle rêve de liberté et d’émancipation. Et en plus elle est amoureuse. Seulement voilà, elle vit avec son père. Veuf depuis douze ans, il n’a pas l’intention de voir Julie quitter la maison. Alors la gamine lui propose un marché. Lui présenter son amoureux et, en retour, faire la connaissance dans la même soirée de la femme que son père voit de temps à autre.

Une pièce de Eric Assous sur une mise en scène de Jean Luc Moreau

Avec Elisa Servier, Anouchka Delon, Christophe de Choisy, Alain Delon
Théâtre des Bouffes Parisiens - Du vendredi 21 janvier au samedi 12 mars 2011

www.bouffesparisiens.com