Les maux pour le dire de Motobécane

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Depuis les neuf mètres carrés de sa celllule, Tiot Victor, surnommé Motobécane, écrit. Il raconte dans son « cahier de vérité » les circonstances de cette aventure qui l’ont amené à dissimuler pendant plusieurs mois cette petite fille dans son grenier. Amandine, battue par sa mère, ne voulait plus rentrer chez elle et aimait la compagnie du tendre bourru rencontré au hasard d’un chemin alors qu’il sillonnait la campagne avec sa mobylette bleue.

Victor, âme simple, est un « un cul-terreux qu’a poussé dans la betterave et qu’ « on a mis à la ferme ». La vie n'a pas été tendre avec ce grand gaillard au corps désarticulé qui vit dans une triste solitude, sans amour ni affection avec son chien, sa mère alcoolique et son pochard. Et, c'est une belle amitié qui va se créer entre l'homme isolé, un peu considéré comme le benêt du village, et la petite fille. Adapté du roman de Paul Savatier « Le Ravisseur », la pièce est inspirée d’un fait divers qui s’était déroulé en 1975 dans le sud de la France, faisant grand bruit à l’époque. L’homme condamné à quatre ans de prison pour enlèvement et séquestration, mettait fin à ses jours quelques temps après sa libération. Jacques Doillon en avait tiré un film : « La drôlesse ». Manquait la version théâtrale.

 


motobécaneBernard Crombey auteur et interprète, très imprégné de ses origines nordistes, replace l’histoire pour donner plus de force encore à son texte dans le nord de la France, dans son creuset nord-picard et dresse, entre rire et émotion dans une langue d'une étrange rugosité comme musique sauvage qui traduirait la tendresse et l'authenticité du pays d'où elle vient, l’autoportrait de cet homme et de sa relation avec cette enfant qui le touchait par sa douceur, lui qui n’avait également toujours connu que taloches et mercuriales. Ce qui pourrait apparaître comme une incongruité ajoute alors à la vérité, à la poésie et à la générosité de cette relation hors norme, proche du dangereux glissement vers la séduction, et qui va se heurter de plein fouet à la réalité policière et judiciaire. Très vite accusé de mauvais gestes quand la petite fille un jour s’échappe, pour aller chercher ses poupées, Victor va se retrouver derrière les barreaux. «Il vous faudrait un très grand grenier, si vous voulez cacher tous les enfants battus » plaisante le juge.


 

NOTION DE FRONTIERE

 

motobécaneL’interprétation en solo de Bernard Crombey, grand rude avec un visage taillé à la serpe, est remarquable. Mise en scène minimaliste. Un plateau de bois de trois mètres sur trois légèrement incliné où évolue le comédien symbolisant la cellule qu’il arpente. En arrière plan, la mobylette et son fatras de bouteilles vides. Crombey est d’une présence physique impressionante. « Il fronce les sourcils, ses yeux ne font qu’un trait ; le menton en avant, debout les mains dans les poches ou assis sur le plateau en pente, il dit son texte, presqu’en le crachant : tout exprime dans son jeu la frustration, la solitude, la force de sa lutte pour sa dignité » soulignait Télérama. Crombey nous entraîne dans ce texte dur et émouvant qui nous laisse en interrogation sur la notion de frontière.


Geneviève Chapdeville Philbert



 

Motobécane de et par Bernard Crombey

Co-mise en scène : Catherine Maignan - Lumières et scénographie : Yves Collet

Théâtre Toursky - 17 décembre 2010

Le 7 janvier 2011 à Vernou-la-Celle-sur-Seine (Salle de la Fontaine Martin) (77)

Le 25 janvier 2011 à Tergnier (02)

Les 26, 27 et 28 janvier 2011 à la Comédie de Picardie - Amiens (80)

Le 11 février 2011 à Chaumes en Brie (Foyer Rural) (77)

Le 4 mars à 2011 Chenoise (Salle Polyvalente) (77)

Le 5 mars 2011 à Savins (Foyer Rural) (77)

Le 12 mars 2011 au Théâtre de Fontainebleau (77)